L'inauguration du RER entre Nation et Boissy-Saint-Léger

12 décembre 1969
04m 45s
Réf. 01829

Notice

Résumé :

Le RER entre Nation et Boissy-Saint-Léger est inauguré le 12 décembre 1969. Une jeune femme, qui emprunte quotidiennement ce trajet, voyage sur le nouveau réseau.

Date de diffusion :
12 décembre 1969
Personnalité(s) :

Contexte historique

La région parisienne connaît une très grande expansion dans les années 1960. Il apparaît ainsi nécessaire d'améliorer les infrastructures de transport entre Paris et sa banlieue afin de fluidifier les échanges pendulaires croissants. Dans cette optique, un projet de réseau ferré est élaboré dès 1960. C'est le Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région parisienne, élaboré en 1965, qui entérine officiellement ce Réseau Express Régional, dit RER. Il vise en particulier à relier rapidement les villes nouvelles en construction dans la banlieue parisienne au centre de la capitale.

De très importants travaux sont alors entrepris, en premier lieu sur une ligne Ouest-Est qui doit relier Saint-Germain-en-Laye à Boissy-Saint-Léger. Le tronçon de Nation à Boissy-Saint-Léger est inauguré le 12 décembre 1969 par le ministre des Transports Raymond Mondon et mis en service le 14 décembre 1969. Long de près de 20 kilomètres, il dessert 11 gares et offre des possibilités de correspondance avec le métro à Nation. Le réseau poursuit ensuite son extension : la RATP ouvre aux usagers les tronçons Saint-Germain-La Défense en février 1970 et La Défense-Auber en novembre 1971. En 1971, la décision est prise essentiellement pour des raisons d'économie de ne plus faire exploiter le RER uniquement par la RATP mais également par la SNCF : le principe de l'interconnexion apparaît, désignant les points où le train devra passer d'un exploitant à l'autre. Trois tronçons sont construits simultanément, comme de nombreuses gares, dont celle de Châtelet-Les Halles. Le 8 décembre 1977, le président de la République Valéry Giscard d'Estaing procède à une triple inauguration qui marque la véritable naissance du Réseau express régional : le tronçon Auber-Nation de la ligne Est-Ouest, qui devient la ligne A du RER; le premier tronçon de la branche de Marne-la-Vallée; et la ligne B, qui est constituée de la ligne ferroviaire de Sceaux prolongée jusqu'à Châtelet-Les Halles.

Le RER continue par la suite son expansion. Le prolongement de la ligne B jusqu'à la gare du Nord, où est réalisée l'interconnexion, est mis en service en 1981, et en 1992 celui de la ligne A jusqu'au parc Disneyland. Les lignes C, D et E, toutes trois gérées par la SNCF, voient aussi le jour. En 2006, le RER compte cinq lignes - A, B, C, D et E -, desservant 246 stations, dont 33 dans Paris même, sur 570 kilomètres de voies. Alliant un réseau moderne à des lignes de banlieue déjà existantes, ce moyen de transport ferré a ainsi complètement bouleversé les déplacements au sein de la région parisienne, de même que l'aménagement de l'Ile-de-France.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet, diffusé le soir même de l'inauguration du premier tronçon du RER au journal télévisé de 20 heures de l'ORTF, est composé de trois séquences juxtaposées qui sont très différentes dans leur traitement et leur ton. Sont d'abord présentées des plans courants d'une cérémonie d'inauguration : fanfare, discours, personnalités. Dans une seconde séquence traitée de manière assez institutionnelle, c'est le directeur général de la RATP, Pierre Weil, qui explique lui-même aux téléspectateurs les prochaines mises en service du RER. Tel un maître d'école, il se montre très didactique et utilise une baguette pour indiquer sur une carte les futurs tronçons.

La troisième séquence diffère radicalement des deux précédentes. Le reportage suit en effet une voyageuse apparemment ordinaire prénommée Paola qui effectue tout d'abord son trajet quotidien entre Boissy-Saint-Léger et Nation par les moyens de transports habituels, puis à bord du nouveau RER. Il s'agit en fait d'une véritable mise en scène. Suivie par la caméra tout au long de ses deux déplacements, elle les commente en voix-off, d'un ton souvent très décalé. Ses commentaires, de même que ses réponses aux questions faussement spontanées posées par un journaliste dans un couloir de la gare de la Nation, n'ont qu'un seul but: exposer les mérites du RER en montrant surtout le très important gain de temps qu'il apporte aux usagers.

En cela, bien que son ton soit souvent décalé et se veuille humoristique, ce sujet de l'ORTF fait de la publicité en faveur du RER. En témoigne l'émerveillement de la jeune voyageuse devant les conditions du trajet et l'emploi d'appareils automatiques de compostage. La RATP a très certainement facilité et peut-être même suscité ce reportage: la soi-disant voyageuse-type a ainsi pu être filmée seule à bord d'un wagon flambant neuf du RER puis dans la gare de Nation, alors que l'ouverture au public n'avait pas encore eu lieu à la date de la réalisation du reportage.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
C'était jour de fête à Boissy, à Nogent et la Nation, avec une fanfare, des flonflons, des discours, comme pour toutes les inaugurations. Il y avait des ministres, des PDG, des directeurs, des sous-directeurs, bref, un millier de personnalités, et le train, bien sûr.
Inconnu
La ligne de Nation à Boissy-Saint-Léger, qui vient d'être inaugurée, sera ouverte au public dimanche. Dans quelques semaines, au mois de février, nous ouvrirons la section Etoile-Défense de ce même réseau régional. Deux ans après, fin 71, nous viendrons à l'Opéra, et fin 71, fin 72, on ira jusqu'à Saint-Germain.
Journaliste
Derrière cette carte, la vie de dizaines de milliers de gens qui va être bouleversée, des habitudes changées, comme pour cette jeune banlieusarde qui a comparé avec nous les deux voyages, l'ancien et le nouveau.
Paula
Je m'appelle Paula, je suis secrétaire bilingue dans une entreprise installée à la Nation, j'habite Boissy-Saint-Léger. Depuis cinq ans, tous les matins, je prends le train de huit heures vingt-six. Oh, c'est long. Je commence à connaître par coeur ce chemin. Avec les réseaux express ça va changer des choses. Pierre ne prendra plus sa voiture, il va être content. Françoise m'a dit que c'était vraiment sensationnel : des quais immenses, pleins de couleurs, et puis même la musique.
Journaliste
Paris-Bastille, et encore le métro, au total une bonne heure de transport pour Paula, tous les matins et tous les soirs. Voici de nouveau Boissy. Le voyage nouvelle formule maintenant, toujours avec Paula.
Paula
C'est pas mal, c'est clair, aéré. Hum, les banquettes un peu dures, quand même. Pas de cendrier. Tiens, il nous manque une hôtesse, comme dans les avions : le conducteur Dupont est heureux de vous accueillir à bord du métro express 2338. Nous roulons à la moyenne de soixante kilomètres et nous effectuerons le trajet Boissy-Saint-Léger-Paris en vingt-deux minutes pour deux francs cinquante.
Journaliste
Terminus Nation, tout le monde descend. Paula ? Finalement, vous avez gagné combien de temps ?
Paula
Trente-trois minutes le matin, trente-trois minutes le soir, donc ça me fait une heure six minutes de plus chez moi.
Journaliste
Et sur l'année ?
Paula
Bien voyons : deux cent soixante six heures et deux minutes de plus chez moi.
Journaliste
Quatre niveaux, mais plus de trente escalators comme celui-là. Trois kilomètres de couloirs, mais vous ne les emprunterez pas tous, bien entendu. Et maintenant c'est ici qu'il fait bon flâner : pratique, très pratique, encore plus pratique parce qu'automatique avec des billets magnétiques. Selon la RATP, cent cinquante mille voyageurs prendront très bientôt le métro express. Au fait, Paula, dans l'année, cela fera combien d'heures de gagnées en tout pour ces cent cinquante mille voyageurs ?
Paula
Trente-neuf millions neuf cent trente mille heures de gagnées par an.
Journaliste
Et que vous passerez chez vous, au lit le matin, à l'écoute vingt-quatre heures sur la 2, le soir.