L'ouverture du capital de France Telecom

22 septembre 1997
01m 20s
Réf. 01833

Notice

Résumé :

L'ouverture du capital de France Telecom, enjeu de la campagne électorale de 1997, annonce l'apparition de la concurrence sur le marché des télécommunications, souhaitée par l'Union Européenne.

Date de diffusion :
22 septembre 1997
Date d'événement :
23 septembre 1997

Contexte historique

L'ouverture du capitale de l'entreprise France Telecom résulte d'un long processus. Le 1er janvier 1991, France Telecom perd son statut d'administration et devient un établissement autonome de droit public. Puis, en juin 1993, la Commission Européenne fixe au 1er janvier 1998 l'ouverture totale du secteur des télécommunications à la concurrence. En ce sens, la loi Fillon de juin 1996 abolit le monopole de France Telecom. Cependant, l'ouverture du capital de l'opérateur historique est retardée par la dissolution présidentielle de 1997, et cette question se hisse au coeur de la campagne électorale. Finalement, Lionel Jospin est contraint de revenir sur ses promesses de campagne et autorise la mise en bourse de 20,9% du capital de France Telecom.

L'ouverture du capital de l'opérateur historique s'inscrit dans une nouvelle vague de privatisations, qui concerne également le Crédit Lyonnais et EADS. Le Parti socialiste renonce ainsi à la politique du "Ni-Ni", "ni privatisations, ni nationalisations" de l'époque mitterrandienne. Malgré ce retard, la réservation de titres France Telecom débute le 23 septembre et suscite un véritable engouement des particuliers. Plus de 3,8 millions d'entre eux souhaitent se porter acquéreurs. L'ouverture du capital de France Telecom se présente donc comme un succès populaire, un succès en outre couronné par un bon accueil des places boursières de Paris, avec une hausse du titre de 13,5% et de Wall Street (+ 9,6%) lors du premier jour de cotation, le 20 octobre 1997. Néanmoins, après une période de hausse conséquente, l'éclatement de la bulle spéculative des nouvelles technologies, et des choix de gestion contestés, France Telecom enregistre des pertes record (12,2 milliards d'euros pour le seul premier semestre 2002), et le titre, entré en bourse à 27,5€, chute autour de 10€, ce qui contraint son président Michel Bon à la démission.

L'ouverture du capital de l'opérateur historique se poursuit toutefois progressivement, et le 1er septembre 2004, Nicolas Sarkozy, ministre de l'économie et des finances, annonce une nouvelle cession de 9,6% du capital de l'entreprise, dont le capital n'est désormais plus détenu par l'Etat qu'à hauteur de 41 à 43%. France Telecom est désormais privatisée.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document diffusé lors du journal télévisé de France 3 se divise en deux parties : d'une part un reportage enthousiaste sur l'ouverture du capital de France Telecom, et d'autre part une analyse plus critique et plus distanciée, effectuée en plateau par une journaliste. La première partie tend à souligner l'engouement suscité auprès des particuliers par l'ouverture du capital de France Telecom. Un micro-trottoir montre des passants de différentes origines sociales semblant intéressés par l'achat de titres. Un analyste financier confirme quant à lui la sécurité du placement boursier tandis que Michel Bon, président de France Telecom, se montre lui aussi à l'évidence très enthousiaste. L'optimisme est effectivement de rigueur chez les promoteurs de l'opération. Comme le rappelle d'ailleurs la journaliste dans la deuxième partie du document, il convient d'effacer les souvenirs de discorde sur la question de l'ouverture du capital: discorde politique mais aussi opposition des employés de France Telecom, dont les manifestations, d'abord importantes, se sont progressivement essoufflées.

Le reportage précédant l'analyse s'inscrit d'ailleurs parfaitement dans cette stratégie de communication prônée par l'entreprise France Telecom et le gouvernement : il insiste sur l'enthousiasme des particuliers, et ne mentionne aucun des obstacles rencontrés par l'ouverture du capital. Par ailleurs, la multiplication de gros plans sur des cabines téléphoniques ou sur les cables du réseau France Telecom souligne l'importance historique de l'ouverture du capital d'une entreprise omniprésente dans le paysage français.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
C'est la plus grosse opération jamais menée sur le marché français : demain, vingt pour cent du capital de France Télécom seront offerts au public. On attend deux millions de souscripteurs. Hervé Godechot, Philippe Vallée.
Hervé Godechot
Ça vous intéresse les actions France Télécom qui vont être mises en vente ?
Inconnu
Ben oui mais j'ai pas eu le temps d'aller en acheter.
Hervé Godechot
Ça tombe bien, l'opération ne commence que demain. Selon France Télécom, deux millions de personnes pourraient vouloir entrer dans le capital de l'entreprise publique, nombreux sont ceux qui y voient une bonne affaire.
Inconnue
Toutes les privatisations France Télécom, de téléphone ont bien marché dans les pays européens, à mon avis ça devrait être bon.
Inconnu 2
Faut voir, faut voir combien ça coûtera.
Hervé Godechot
Réponse : cent soixante-dix à cent quatre-vingt dix francs l'action pour devenir propriétaire d'un petite partie d'un opérateur qui fait quinze milliards de francs de bénéfices. Pour les analystes, le prix est attractif, mais pas de quoi faire fortune pour les petits porteurs.
Gérard Augustin-Normand
C'est plutôt un placement de père de famille, c'est un placement qui exige patience et durée, mais c'est un placement avec un risque extrêmement limité.
Michel Bon
Nous sommes sur un marché qui est en très forte croissance. Le marché des télécommunications en France se développe à un rythme physique, qui est aujourd'hui de six à sept pour cent par an et dont nous pensons qu'il pourrait atteindre dix pour cent. Alors ça, pour un père de famille, c'est plutôt plaisant.
Hervé Godechot
L'enthousiasme de la direction de France Télécom ne fait pourtant pas oublier que dans cent jours l'opérateur public va se retrouver sur un marché très concurrentiel. S'il veut rester dans la course, il devra peut-être casser ses prix et réduire ses bénéfices aux dépends des actionnaires. Mais cet après-midi, pour le lancement de l'opération, le défaitisme était interdit. A propos, combien d'actions le Président de France Télécom va t-il acheter ?
Michel Bon
Le plus que je pourrais.
Hervé Godechot
C'est bien la moindre des choses.
Véronique Auger
A la direction générale de France Télécom, on nage dans le bonheur, tous les retards à l'allumage sont oubliés. On ouvre les réservations le 23 septembre au lieu de la mi-juin ? Pas grave : demain on sera pilepoil cent jours avant la date d'ouverture du marché des télécoms à la concurrence,e t cent jours, voyez-vous, c'est un joli slogan pour la communication. On a perdu deux mois ? Pas grave ! Pendant ce temps, les médias n'ont pas arrêté de parler de la privatisation de l'entreprise. Résultat : aujourd'hui, même sans pub, 85% des Français sont au courant de l'opération. Et puis autre avantage : on sait maintenant qu'il y a un consensus parmi les responsables politiques du pays et Michel Bon, le Président de France Télécom, y voit une garantie pour les petits actionnaires. Pourquoi ? Parce que les règles du jeu ne varieraient plus au gré des gouvernements. Quand on voit Michel Bon, tout sourire, on ne peut s'empêcher de penser à Christian Blanc. Le premier, tout en diplomatie, a obtenu gain de cause, le deuxième a crispé le débat autour d'Air France et il a perdu.