La catastrophe de l'usine AZF à Toulouse

21 septembre 2001
03m 29s
Réf. 01836

Notice

Résumé :

Le 21 septembre 2001, l'explosion de l'usine chimique AZF ravage les quartiers sud deToulouse.

Date de diffusion :
21 septembre 2001

Contexte historique

Le 21 septembre 2001, une explosion survient à Toulouse dans l'usine chimique Azote de France (AZF), qui appartient au groupe pétrolier TotalFinaElf. Un stock de 400 tonnes de nitrate d'ammonium explose, creusant un immense cratère d'une quarantaine de mètres de diamètre et de 7 mètres de profondeur. L'explosion provoque la mort de 30 personnes, dont 21 employées sur le site, et en blesse quelque 2 500.

Les dégâts matériels sont considérables dans les quartiers Sud de Toulouse, situés dans un rayon de 1 à 2 kilomètres autour de l'usine AZF, qui ont été touchés par le souffle de l'explosion : 20 000 logements sont détruits ou endommagés, de même que de nombreux édifices publics, notamment des établissements scolaires. Le président de la République Jacques Chirac et le Premier ministre Lionel Jospin se rendent sur place le jour même, et un plan d'aide est élaboré dans les jours suivants. Survenant dix jours après l'attaque contre le World Trade Center à New York, l'explosion laisse sur le moment penser à un attentat terroriste. Cette thèse est cependant rapidement écartée par les experts qui s'orientent sur la piste de l'accident chimique. En mai 2006, un rapport final d'enquête confirme l'origine accidentelle de la catastrophe. Si à la suite de ces conclusions, la société Grande Paroisse, responsable de l'exploitation du site et filiale à 100% de Total, a été mise en examen, le procès n'a pas encore eu lieu.

L'explosion de l'usine AZF apparaît comme la plus importante catastrophe industrielle survenue en France depuis celle de Feyzin, près de Lyon, le 4 janvier 1966. Un incendie avait alors ravagé une raffinerie et coûté la vie à 18 personnes. La catastrophe d'AZF est l'occasion de lancer un débat sur les risques liés à l'implantation de certains sites industriels en milieu urbain. Si l'usine AZF, située au sud de Toulouse, à 5 kilomètres du centre, avait été construite en 1924 en pleine campagne, l'expansion de la ville l'avait progressivement intégrée à la zone urbaine. Elle n'avait pas été déplacée en dépit de son classement "Seveso", du nom de l'entreprise italienne dont l'explosion en 1976 avait répandu un nuage toxique sur la ville voisine. L'usine AZF se trouvait de fait au milieu d'une zone groupant environ 50 000 personnes et de nombreuses activités.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Un peu plus de deux heures après les faits, l'édition nationale du journal télévisé de France 3, le 12-14, s'ouvre sur l'explosion de l'usine AZF à Toulouse. Si la présentatrice résume brièvement la catastrophe, illustrée ensuite par un court sujet, le plus remarquable est bien le second reportage présenté. Il a en fait été diffusé quelques minutes auparavant par France 3 Sud, également dans le cadre du 12-14 qui mêle journaux régionaux et édition nationale. Ce reportage a été réalisé par une équipe de France 3 Sud, sur les lieux mêmes de la catastrophe, quelques instants seulement après l'explosion. Il s'agit donc à proprement parler d'un scoop puisqu'il fournit les premières images des dégâts causés par l'explosion et de l'usine dévastée. Il a d'ailleurs été primé à ce titre par le prix d'actualité du Festival du Scoop et du journalisme d'Angers en 2001.

Ce sujet s'apparente à un reportage de guerre. Il présente en effet des images très fortes de dévastations similaires à celles causées par de terribles combats: voitures fortement endommagées, innombrables débris jonchant le sol, personnes fuyant les lieux de la catastrophe, usine dont il ne reste plus rien, comme si elle avait été totalement rasée par un bombardement. Ces images ont en outre été filmées dans des conditions très délicates: elles ont été prises depuis une moto slalomant entre les débris et alors que l'explosion venait de se produire, laissant subsister un nuage toxique.

L'impact des images proposées par ce reportage choc est d'autant plus poignant que le journaliste Pierre Nicolas, qui a pu mesurer sur le champ l'ampleur de la catastrophe, invité à témoigner sur le plateau de France 3 Sud, les commente lui-même en direct. Son ton tragique reflète sa vive émotion, loin de la distanciation habituelle des sujets diffusés dans les journaux télévisés.

Christophe Gracieux

Transcription

Catherine Matausch
Madame, Monsieur, bonjour, et d'abord cette information que nous vous donnions dès midi : une très forte explosion d'origine encore indéterminée est survenue ce matin peu après dix heures dans une usine située dans la banlieue de Toulouse. Le premier bilan fait état d'au moins trois morts. Il y a de nombreux blessés : cent trente, sont trente se trouvent dans un état grave. La population de Toulouse est appelée à rester calfeutrée chez elle en raison de la progression d'un nuage toxique. Les premières images avec ce reportage ce matin de Laure Cornéjo.
Laure Cornéjo
La Société nationale des poudres explosives de Toulouse, c'est dans cette usine, située à environ trois kilomètres du centre-ville, que l'explosion a eu lieu. Il était dix heures quinze ce matin, une importante déflagration entendue dans toute la ville, des milliers de personnes se sont alors précipitées dans la rue. Sur les rocades, d'importants embouteillages se sont formés, il a fallu plusieurs dizaines de minutes aux services de secours pour accéder sur le site. Difficile encore de dresser un bilan, mais à cette heure de nombreux ouvriers travaillent dans le secteur. Il y aurait de nombreux blessés, notamment dans le dépôt des autobus de la ville qui se trouve juste en face. Un périmètre de sécurité a très vite été installé, compte tenu de l'activité de l'usine qui développe notamment le carburant utilisé par la fusée Ariane. La protection civile a elle aussi lancé un message : elle recommande aux Toulousains de rester calfeutrés chez eux car l'on parle ici d'un nuage toxique qui pourrait se répandre sur la ville.
Catherine Matausch
Donc je vous le rappelle, le dernier bilan fait état d'au moins trois morts et cent trente blessés dont trente se trouvent dans un état grave. Écoutez à présent le témoignage d'un de nos confrères de Toulouse, Pierre Nicolas. Il a vécu ces évènements en direct, il a été l'un des tous premiers à se rendre sur les lieux de cette explosion, survenue, je vous le rappelle, peu après dix heures quinze ce matin.
Pierre Nicolas
J'ai vu une catastrophe, il y a pas d'autre mot, pardonnez-moi je suis un peu choqué parce que j'en arrive à l'instant. On est parti avec une moto trois minutes ou deux minutes après l'explosion. Voilà, voilà comment ça c'est passé. On a d'abord, on est d'abord parti sur la rocade. Là vous êtes sur la rocade au sud de Toulouse. Évidemment la rocade est complètement bloquée, vous allez découvrir cette, un spectacle terrible. Regardez dans quel état est la rocade, il y a des morceaux de béton absolument partout, nous avons vu des voitures qui avaient été déformées par le souffle de l'explosion, on est quand même là à deux cents mètres de cette usine, des voitures véritablement déformées par le souffle de l'explosion, ou déformées par des, des projectiles, des morceaux de cette usine, des énormes pièces de béton qui ont été littéralement projetées à plusieurs centaines de mètres. Pour ceux qui nous écoutent, il faut savoir que les immeubles du côté de Labège, c'est-à-dire à l'autre bout de Toulouse, et là je vous parle d'immeubles situés à plusieurs kilomètres, les immeubles ont bougé. Il y a plus une seule vitre dans le quartier du Mirail. Dès que ça a explosé, vous voyez tout le quartier étudiant est parti, sans panique, mais est parti. Et là nous allons entrer à l'intérieur de l'usine, je pense que ce sont les premières images que vous pouvez voir puisque nous sommes, nous sommes arrivés en même temps que les pompiers. Ils portent des masques à gaz, il y avait une très forte odeur d'ammoniaque mais, à notre avis et à notre sens, simplement de l'ammoniaque. C'est un produit dangereux, fortement volatile. Regardez là, nous sommes, nous sommes arrivés au cratère, là où a lieu l'explosion de... Il reste plus rien.
Inconnu
Il reste plus rien et évidemment autour de nous, on va pas vous montrer ça, mais autour de nous c'était une désolation totale, des personnes blessées et évidemment des personnes mortes, un silence terrible et des gens qui appelaient à l'aide, malheureusement pas partout, je veux dire qu'il y avait plein de gens qui pouvaient plus appeler à l'aide, voilà.