La destruction de deux barres d'immeubles à la Cité des 4000 de La Courneuve

23 juin 2004
02m 04s
Réf. 01839

Notice

Résumé :

Les deux barres d'immeubles "Ravel" et "Pressov" de la Cité des 4000 de La Courneuve sont détruites à l'explosif.

Date de diffusion :
23 juin 2004

Contexte historique

La Cité des 4000, dans la ville de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), est emblématique des grands ensembles édifiés en France dans les années 1960, et plus particulièrement de ceux bâtis en région parisienne. Achevée en 1964, elle a été construite par la Ville de Paris. Les quatre gigantesques barres accueillent alors des milliers d'habitants que la capitale ne peut héberger, notamment des rapatriés d'Afrique du Nord. Une population homogène de jeunes locataires vient habiter des trois ou quatre pièces, tous identiques, et munis d'installations qui leur permettent d'accéder au confort moderne. Cependant, à l'instar de la plupart des grands ensembles de France, la Cité des 4000 prend bientôt l'allure d'un ghetto social à mesure que ses habitants s'appauvrissent : de nombreuses familles en situation de précarité, en grande majorité d'origine étrangère, s'y installent. En outre, les immeubles de la Cité se dégradent rapidement.

La municipalité et l'Etat en prennent conscience, avec retard. Ils mettent d'abord en place un programme de rénovation de la Cité des 4000 à partir du début des années 1980. Puis il est décidé de détruire les grands bâtiments afin de désenclaver la Cité par rapport au reste de La Courneuve. La barre d'immeubles Debussy, comprenant 300 logements, est dynamitée la première, en 1986. La barre Renoir et ses 362 logements est ensuite démolie en juin 2000. Les deux barres Ravel et Pressov sont quant à elles dynamitées le 23 juin 2004. Hautes de 15 étages et longues de 156 mètres, et comprenant au total plus de 700 logements, elles avaient été vidées de leurs habitants six mois auparavant. Cette démolition réalisée en seulement 22 secondes apparaît comme la plus grande opération de ce genre effectuée en France. Ces destructions successives font à nouveau de la Cité des 4000 un exemple emblématique: elle incarne ainsi également le remodelage des grands ensembles. La démolition des barres Ravel et Pressov s'inscrit en particulier dans le cadre défini par la loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, promulguée en août 2003, et qui a prévu la destruction de 40 000 logements par an d'ici à 2008.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet rend compte de la destruction de deux barres d'immeubles à La Courneuve, le 23 juin 2004. Il est composé de trois séquences très différentes dans leur forme. La première est événementielle. Elle présente la destruction des barres par des plans très spectaculaires, habituels dans ce type de sujet : les immeubles s'écroulent comme des châteaux de cartes - c'est du reste la plus grande opération de démolition de barres d'immeubles jamais réalisée en France.

L'événement avait fait l'ouverture en direct du journal télévisé de 13 heures sur France 2. Dans ce but, le dynamitage avait été réalisé à 13 heures 01. Ce sont ces images que reprend dans un premier temps le reportage présenté par France 3 dans son édition du soir, le 19-20. La deuxième séquence consiste en un micro-trottoir. L'équipe de France 3 a cherché par ce biais à humaniser son reportage, en y intégrant quelques impressions, jugées significatives, d'habitants de la Cité des 4000 sur la destruction. Après les images froides de la démolition rapide et méthodique des barres, elles permettent de montrer qu'elles étaient avant tout des lieux d'habitation. La dernière séquence de ce sujet se présente également sous une forme différente puisqu'elle prend les traits d'une rétrospective. Celle-ci est uniquement constituée d'images d'archives commentées par le journaliste. Elles retracent l'histoire de la Cité des 4000 depuis sa création au début des années 1960 jusqu'à la destruction de la barre d'immeubles Renoir en 2000.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Retour en France. Il a fallu vingt-deux secondes à peine pour que s'écroule deux barres HLM de la Courneuve, hautes de quinze étages. Cette destruction spectaculaire entre dans le cadre du plan de rénovation des cités voulu par le gouvernement. Et pour les centaines d'habitants de ces immeubles c'est une page qui se tourne. Pierre Didier.
Pierre Didier
La technique est parfaitement au point. Cinq cent kilos d'explosifs scientifiquement disposés et les deux barres de quinze étages et de cent cinquante six mètres de long s'effondrent en vingt-deux secondes. 70% des huit cent familles qui vivaient là avaient voté pour la démolition. Ils ont été relogés, pour la plupart à la Courneuve.
Inconnue
C'est trop d'émotion, trop d'émotion !
Inconnue 2
C'est normal qu'on détruise, quand même, là ça fait campagne, maintenant, quand on regarde ça fait vraiment campagne maintenant.
Inconnue 3
Il faut sans doute réfléchir à un habitat plus humain, mais où la solidarité puisse toujours être là.
Pierre Didier
La cité des quatre mille était sortie de terre en 1961, à toute vitesse, au rythme fou de cent quarante appartements livrés chaque mois. C'est qu'il y avait urgence à vider les bidonvilles de la région parisienne. Mais dès le milieu des années soixante-dix, les immeubles se délabrent, les opérations de réhabilitation tardent et creusent des gouffres financiers. En 1981, lorsque les loyers augmentent, les habitants refusent de les payer.
Inconnue 4
Il y a des milliers de personnes ici, des milliers de mères de famille qui ont des enfants, et moi, moi-même je leur dis : gardez l'argent et faites manger vos enfants, les HLM se paieront après.
Pierre Didier
Depuis 1994, la destruction des grands ensembles est l'axe principal de la politique de rénovation urbaine. Cette année, près de onze mille logements sociaux ont été rasés, on en a reconstruit environ huit mille sous forme d'immeubles de cinq à six étages, ou de pavillons. Mais l'objectif annuel de quarante mille démolitions-reconstructions est très loin d'être atteint.