Messe célébrée par Mgr Lefebvre dans l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet

22 mai 1977
03m 20s
Réf. 01847

Notice

Résumé :

Le 22 mai 1977, Mgr Lefebvre célèbre une messe dans l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, occupée par les traditionalistes.

Date de diffusion :
22 mai 1977
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le concile Vatican II, qui s'est tenu de 1962 à 1965, conduit à un "aggiornamento", une mise à jour, de l'Eglise catholique. De nombreuses réformes liturgiques sont adoptées, telles que l'abandon de l'usage du latin lors de la messe au profit de la langue du pays, ou la célébration de la messe face à l'assistance. Les signes trop visibles comme la soutane du prêtre sont également délaissés. Par ailleurs, le concile proclame le principe du dialogue avec les autres religions. Une partie de ces réformes, surtout celles liturgiques, déroutent de nombreux fidèles.

Mais les plus réfractaires aux décisions conciliaires, refusant tout changement, sont les intégristes, qui se qualifient eux-mêmes de traditionalistes. Ils se sont rassemblés derrière Mgr Marcel Lefebvre, ancien archevêque de Dakar, qui a pris la tête de la minorité d'opposants à l'"aggiornamento" lors du concile. Mgr Lefebvre rejette l'Eglise de Vatican II qu'il accuse de transiger avec la société moderne. Par-delà son refus de l'abandon de la liturgie de saint Pie V, c'est en fait surtout la liberté religieuse et l'oecuménisme qu'il critique avec le plus de virulence. En réaction, il décide de fonder en 1970 à Ecône, en Suisse, la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et un séminaire pour former des prêtres conformément à la tradition. Après avoir ordonné trois prêtres à Ecône en juin 1976, il est frappé d'une "suspens a divinis" par Paul VI, c'est-à-dire qu'il se voit interdire l'exercice de son ministère de prêtre. La crise éclate véritablement et Mgr Lefebvre multiplie alors les actions d'éclat. En août 1976, il célèbre à Lille une messe interdite devant 6 000 fidèles. Surtout, le 27 février 1977, des intégristes occupent l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris. Malgré plusieurs tentatives de conciliation et un arrêté d'expulsion obtenu par l'archevêché de Paris, ils s'y installent définitivement.

Le schisme avec Rome est définitivement consacré lorsque, le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre ordonne quatre évêques. Il est excommunié par Rome dès le lendemain. Mort en 1991, il laisse derrière lui une Fraternité sacerdotale Saint Pie X bien organisée : elle dispose d'environ 800 lieux de culte dans une cinquantaine de pays, compte quelque 460 prêtres et revendique 150 000 fidèles. Toutefois, des pourparlers, déjà entamés sous Jean-Paul II et relancés par Benoît XVI visent à réintégrer progressivement les traditionalistes dans l'Eglise catholique. Quelques anciens prêtres français et séminaristes de la Fraternité Saint Pie X ont ainsi accepté, en septembre 2006, de se rallier au Vatican.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé au journal télévisé de 20 heures d'Antenne 2 le 22 mai 1977, ce sujet traite la messe célébrée le même jour par Mgr Lefebvre dans l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet sous deux angles principaux. Il s'emploie en premier lieu à revenir sur le coup d'éclat des intégristes face aux autorités catholiques et à montrer de quelle manière se déroule l'occupation de l'église. Dès son lancement, le présentateur du journal, Gérard Holtz, parle de "messe défi". De même, le journaliste Claude Sérillon interroge Mgr Lefevbre sur l'occupation Saint-Nicolas-du-Chardonnet et sur la provocation lancée à Mgr Marty, l'archevêque de Paris. Les images de l'arrivée des célébrants et de l'assistance des fidèles permettent précisément de montrer l'intérieur de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, alors occupée depuis près de trois mois. Surtout, le reportage est presque exclusivement centré sur la personne de Mgr Lefevbre, chef de file des traditionalistes. C'est lui que la caméra recherche dans la file des célébrants qui arrivent dans l'église. Et, l'insertion d'un extrait de son sermon, puis son interview peu après la messe, témoignent qu'il est bien la personnalité emblématique du courant intégriste et de fait la plus médiatique.

Le présent reportage s'attache d'ailleurs à préciser ses thèmes de prédilection par trois moyens différents : le discours indirect, avec le journaliste rapportant en début de sujet des propos de Mgr Lefevbre; le discours direct, avec l'extrait de son sermon ; et enfin l'interview. Lors de cette dernière, le ton du journaliste qui interroge Mgr Lefebvre, apparaît incisif : Claude Sérillon pose des questions visant à interpeller le prélat intégriste. Par ces différents procédés, le reportage s'emploie donc à évoquer une grande partie du corpus doctrinaire de Mgr Lefevbre et les points principaux sur lesquels il est en conflit total avec l'Eglise de Vatican II, accusée d'"hérésie" : l'oecuménisme, la tolérance religieuse et plus largement l'adaptation à la société moderne.

Christophe Gracieux

Transcription

Gérard Holtz
Retour en France maintenant, et à Paris, plus précisément, pour ce que l'on pourrait appeler la messe défi de Monseigneur Lefebvre. Passant outre une nouvelle fois à sa suspension décidée par le Pape, il y a près d'un an déjà, passant outre aussi à la demande de Monseigneur Marty d'évacuer l'église Saint Nicolas du Chardonnay, Monseigneur Lefebvre est venu ce matin confirmer une centaine d'enfants, puis célébrer la messe dans cette église en présence de quelques milliers de fidèles traditionalistes.
Claude Sérillon
Saint Nicolas du Chardonnay, ce matin : elles étaient plus de trois mille, les personnes venues de Paris et de la province pour accueillir Monseigneur Lefebvre qui venait donner la confirmation à une centaine d'enfants, et ce malgré l'interdiction formelle du Cardinal Marty. Assurance tranquille, douceur de ton imperturbable, le prélat intégriste a néanmoins profité de sa présence à Paris pour réaffirmer des thèses sans changement. La tolérance religieuse est une faiblesse, a t-il dit, la Révolution française porte en elle la racine de tous les maux de la société moderne, l'Église catholique a viré à l'hérésie de puis Vatican II.
Marcel Lefebvre
Nous ne pouvons pas accepter une religion oecuménique qui admet tous les cultes, toutes les croyances et toutes les erreurs. S'unir à toutes les erreurs, c'est se mettre dans l'erreur soi-même. Et dès qu'on est dans l'erreur, on n'est plus dans la Vérité. Vous êtes un orgueilleux, vous pensez vous seul avoir la vérité. Ce n'est pas moi qui le juge, encore une fois, c'est mon petit catéchisme d'enfant de cinq ans, d'enfant de dix ans, c'est mon catéchisme qui dit que je suis dans la vérité, tout simplement, je ne vais pas chercher midi à quatorze heures, je n'ai pas de révélation spéciale du Ciel. Voyez où finit cette religion oecuménique, elle finit dans la salle de la mutualité, ici tout près, où se font des réunions charismatiques.
Claude Sérillon
C'est donc un non au dialogue espéré par Rome, un non sur toute la ligne. L'espérance d'une entente semble pour le moment tout à fait s'éloigner. A Saint Nicolas, on veut tenir bon, et fermement. Monseigneur, lorsque des ouvriers occupent une usine pour défendre leur emploi, on dit que c'est un acte de violence. Pensez-vous que des Chrétiens occupant une église soit un acte de violence ?
Marcel Lefebvre
Je ne pense pas, parce que les, ces fidèles se trouvent chez eux dans cette église. C'est-à-dire on les a chassés en réalité de leurs églises, car ces fidèles auraient très bien pu rester dans leurs églises si les églises étaient restées catholiques. Et ils avaient évidemment des églises devenant des églises faites pour tous les cultes, ces fidèles ne se sont plus trouvés à l'aise dans les églises et les ont quittées, mais alors ils ont bien le droit d'en avoir, qui sont vides d'ailleurs, pour exercer le culte de toujours et leur foi de toujours.
Claude Sérillon
Monseigneur, vous ne reconnaissez pas l'autorité du Cardinal Marty ?
Marcel Lefebvre
Oh, je reconnais tout à fait l'autorité du Cardinal Marty, comme celle de tous les évêques dans la mesure où ils demeurent catholiques.
Claude Sérillon
Vous pensez qu'il n'est plus catholique ?
Marcel Lefebvre
Oh, je ne dis pas qu'il n'est plus catholique, mais je pense que sur certains points il agit comme s'il n'avait pas la foi catholique. Par exemple recevoir les, comme il a reçu, les passeurs de Thésée à la Cathédrale de Paris, et bien j'estime que c'est profaner l'église de Paris et la Cathédrale de Paris.