Les juifs de France

14 juillet 1980
03m 57s
Réf. 01848

Notice

Résumé :

La communauté juive de France est aujourd'hui plus visible, dans le paysage urbain, culturel et politique. L'arrivée des juifs du Maghreb a en effet métamorphosé la communauté juive qui conjugue son attachement républicain avec un renouveau religieux

Date de diffusion :
14 juillet 1980

Contexte historique

A partie des années 1970, la communauté juive de France s'affirme dans le paysage français. Cette mutation résulte principalement de l'arrivée des juifs du Maghreb, qui a encouragé une mue interne de la communauté. L'indépendance de la Tunisie et du Maroc en 1946, puis celle de l'Algérie en 1962 provoquent, par peur d'un avenir incertain, des départs massifs des Juifs d'Afrique du Nord vers la métropole. Au total, environ 235 000 d'entre eux s'installent en France, entre 1946 et 1967, principalement à Paris et dans le Midi. Ces sépharades s'intègrent à la communauté ashkénaze et insufflent un regain de dynamisme à la communauté juive française. En témoigne, le renouveau des quartiers traditionnels juifs de Paris, le Sentier et Belleville où s'installent de nombreux restaurants et boucheries casher.

Malgré la diversité des 600 000 juifs de France, trois caractéristiques majeures s'affirment. La communauté juive française est tout d'abord marquée par un renouveau religieux, et une pratique plus visible. De nouvelles synagogues sont construites, comme celle de Villiers le Bel en 1962, et l'éducation juive connaît un essor certain: tandis qu'on comptait 4 écoles juives en 1945, il y en a 88 en 1986. La culture yiddish réunit juifs croyants et non croyants. En outre, la guerre des Six Jours en juin 1967 renforce la solidarité de la communauté juive de France avec Israël. Enfin, Cette dernière s'engage dans la politique de la République française. Les Juifs de France érigent progressivement la mémoire de la Shoah en enjeu essentiel de la culture juive, mais aussi nationale. La recherche des criminels nazis par Serge Klarsfeld, et la réflexion sur les responsabilités du régime de Vichy dans le génocide sensibilisent l'opinion publique à cette question. Ce travail de mémoire permet la reconnaissance par Jacques Chirac en 1995 de la responsabilité de l'Etat français dans l'assassinat des 76 000 juifs français pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette triple référence identitaire de la communauté juive de France (les traditions religieuses juives, la solidarité avec Israël et la mémoire de la Shoah) ne saurait cependant cacher ni sa diversité, ni son intégration. Le sentiment d'appartenance juive se conjugue avec l'engagement républicain.

Julie Le Gac

Éclairage média

C'est à l'occasion de la commémoration du 38ème anniversaire de la rafle du Vel' d'Hiv qu'est diffusée cette enquête sur la communauté juive française. Cette démarche souligne en ce sens l'importance de la mémoire de la Shoah dans la communauté israélite française. Elle témoigne également de la volonté du document de s'interroger sur les rapports entre cette communauté et la République. Le documentaire insiste à cet égard sur les particularités de la communauté juive, dans ce qu'elles sont de plus visibles : le respect du shabbat le vendredi, la langue yiddish ou encore les magasins casher.

Néanmoins, il s'attache à présenter la diversité des juifs de France, ashkénazes et sépharades, afin de ne pas enfermer la communauté dans le communautarisme. Il explique d'ailleurs de manière juste et pédagogique l'importance de l'émigration des juifs du Maghreb ainsi que les principaux référents de la communauté juive. Enfin, le nombre de 750 000 Juifs français est surévalué. Au début des années 1980, il oscille en effet entre 550 000 et 600 000. Cependant, l'interdiction de relever l'appartenance religieuse ou ethnique lors des recensements rend particulièrement difficile ce dénombrement, qui repose dès lors sur des travaux sociologiques.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Après demain, les Juifs de France vont commémorer un évènement douloureux : la déportation vers las camps d'extermination nazis de trente mille Juifs parisiens, pour la plupart originaires des pays de l'est de l'Europe, c'était le 16 juillet 1942, la rafle du Vel d'Hiv. Aujourd'hui, la communauté israélite française qui compte sept cent cinquante mille personnes s'est profondément transformée, d'une part par l'arrivée de leur coréligionaire des pays de l'Est après la Seconde Guerre mondiale, et aussi par l'arrivée des Israélites d'Afrique du Nord dans les années 58-62. Et puisque avec le souvenir tragique de la rafle du Vel d'Hiv, la communauté juive est actuellement sous les feux de l'actualité, suivons Dominique Laury dans une enquête qui montre la grande diversité du Judaïsme moderne.
Dominique Laury
La prière du vendredi, le sabbat, le repos du septième jour qui permet, selon la tradition juive, de retrouver le vrai dialogue, le dialogue avec Dieu. Un repos respecté par les quatre-vingt mille Juifs qui vivent aujourd'hui à Marseille, des Juifs venus en général d'Afrique du Nord après la décolonisation. Une communauté qui au delà de sa diversité s'articule autour de la fidélité à la tradition. La synagogue est à la fois temple et maison de la culture.
Shmuel Trigano
A travers cette tradition, je crois que les Séfarades ont pu concevoir une véritable communauté. Je crois qu'aujourd'hui, ils sont parmi les rares secteurs du peuple juif à se rapprocher le plus de la communauté juive originelle, cette communauté que l'époque moderne a totalement atomisée, totalement fragmentée en Occident.
Dominique Laury
Des Juifs qui ne se posent pas le problème de leur appartenance à la nation française en terme de similitudes, mais en terme de différences. Ils sont français et juifs et sans complexes.
Betty Hazan
C'est tout un art de vivre, mais c'est surtout une très grande fidélité et une sincère fidélité à la tradition de nos pères. C'est aussi évidemment une très grande solidarité avec l'Israël.
Dominique Laury
Ces Juifs venus du Maghreb ont profondément bouleversé la vie de la communauté. Ils ont redonné un certain dynamisme à la pratique religieuse et à l'enseignement du Judaïsme quelque peu délaissé, abandonné. Aujourd'hui, les écoles juives reçoivent près de huit mille élèves, et une cinquantaine de synagogue ont été construites ces dernières années. Bref, les Juifs séfarades ont pris en charge une grande partie du Judaïsme organisé, et ne sont pas étrangers à la renaissance de la particularité juive, une renaissance qui pour le Grand Rabbin de Marseille a une profonde signification.
Joseph Sitruk
J'ai l'impression que le monde a suscité, de par toutes sortes d'évènements qui se sont produits ces dernières années, un sentiment très profond d'insatisfaction de l'existence. Et les gens qui n'ont pas perdu finalement leur besoin d'absolu à l'intérieur d'eux-mêmes se, en quelque sorte se rabattent vers ce qui était en fin de compte leur patrimoine originel, à savoir le contenu spécifique du message juif qui a, à mon sens, à répondre à toutes les angoisses du monde contemporain.
Dominique Laury
Renouveau également dans la population juive ashkénaze, encore traumatisée par les exterminations nazies : une société hétérogène où l'on trouve des Juifs orthodoxes assimilés, de vieilles souches françaises, comme des enfants d'émigrés. Éventail social et politique aussi qui va d'Alain de Rothschild au trotskiste Alain Krivine. Mais là encore se manifeste ce besoin de se retremper dans le passé, avec, pour certains, un dénominateur commun : le yiddish.
Lise Amiel
Je ne suis pas pratiquante, je n'ai pas l'intention d'aller passer ma vie en Israël, et pour moi, étudier le yiddish et la culture juive, c'est une façon de concrétiser ma façon d'être juive.

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