L'essor du bouddhisme en France

08 décembre 1997
03m 30s
Réf. 01857

Notice

Résumé :

Des adeptes du centre Kagyu-Ling, situé dans le Morvan, expliquent les raisons qui les ont conduits à choisir le bouddhisme.

Date de diffusion :
08 décembre 1997

Contexte historique

Le bouddhisme, né en Inde entre le VIe et le IVe siècle avant Jésus-Christ, n'a cessé depuis une dizaine d'années de se développer dans les pays occidentaux, et plus particulièrement en France. Il est ainsi reconnu par les pouvoirs publics depuis le milieu des années 1990 comme la quatrième religion des Français. A ce titre, il dispose depuis 1997 d'un droit d'antenne dans les émissions religieuses diffusées le dimanche matin sur France 2.

Si le bouddhisme revendique 600 000 pratiquants en France, quelque 450 000 sont en fait Asiatiques. Ces derniers se regroupent autour de leurs pagodes traditionnelles. Les Français convertis ne sont pas plus de quelques dizaines de milliers. Ils fréquentent les 200 centres de méditation et d'enseignement fondés essentiellement par le bouddhisme tibétain, qui représente 80% du bouddhisme en France, ainsi que par le bouddhisme zen. Ces convertis, âgés surtout entre 35 et 50 ans et originaires des grandes villes, ont un niveau d'études très élevé, et la plupart sont issus du catholicisme. Toutefois, si les Français devenus bouddhistes pratiquants ne forment qu'une très petite population, les sympathisants du bouddhisme apparaissent de plus en plus nombreux : selon un sondage de 1999, 5 millions de Français se sentent proches du bouddhisme contre 2 millions en 1994. De même, dans une enquête réalisée en 2003, 21% des personnes interrogées déclarent éprouver un intérêt spirituel pour le bouddhisme contre 55% pour le christianisme et 22% pour l'islam.

Plusieurs raisons peuvent expliquer le fulgurant succès du bouddhisme en France, bien qu'il ne se traduise pas par un mouvement massif de conversions. L'une des principales tient certainement à la personnalité du dalaï-lama. Quatorzième du nom - il s'appelle en fait Tenzin Gyatso -, intronisé en 1940, il est le chef spirituel et politique du Tibet. Réfugié en Inde depuis l'invasion du Tibet par la Chine en 1959, il a obtenu le prix Nobel de la paix en 1989. Très charismatique et particulièrement médiatisé pour sa lutte contre l'occupation chinoise, il attire des foules considérables lors de ses déplacements en France. Il a ainsi donné un enseignement philosophique d'une semaine, en octobre 2003, au Palais omnisports de Paris-Bercy.

L'essor de la sympathie pour le bouddhisme peut également s'expliquer par l'intérêt prononcé des médias, qui ont multiplié les reportages et les dossiers sur cette religion à partir du milieu des années 1990. De même, plusieurs films ont été consacrés au bouddhisme, tels que Little Buddha de Bernardo Bertolucci ou Sept ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud. Surtout, les Français qui apparaissent sympathisants du bouddhisme se disent séduits par ses valeurs de non-violence, de compassion pour la souffrance des êtres et de tolérance. Ils semblent particulièrement apprécier la modestie d'une croyance qui ne cherche pas afficher sa vérité.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage illustre un phénomène général, l'essor du bouddhisme en France, par un exemple, celui d'adeptes d'un centre bouddhiste implanté dans le Morvan. Ce procédé est fréquemment utilisé dans les sujets réalisés pour les journaux télévisés. Aussi vise-t-il en premier lieu dans une optique pédagogique à présenter les pratiques bouddhistes : la caméra pénètre à l'intérieur du temple et permet d'assister à la méditation des adeptes revêtus des habits traditionnels, au son du gong et des trompes.

Toutefois, l'objectif principal de ce reportage n'est pas de montrer l'intérieur d'un temple bouddhiste ni les exercices du culte, mais bien de mettre en évidence les motivations des Français qui ont choisi le bouddhisme. C'est dans ce but que sont intégrés deux témoignages. Ils ont été jugés significatifs parce qu'ils émanent de personnes très différentes, l'une étant devenue résident du centre, l'autre continuant à travailler comme ingénieur. Le reportage s'attache ainsi à démontrer que les convertis au bouddhisme sont des gens ordinaires. En attestent également les plans sur une famille qui prend son repas dans la cantine du centre. Il est à noter que ce sujet cherche à illustrer la pensée bouddhiste par l'image : divers plans sur l'eau et sur la paisible campagne du Morvan sont censés illustrer la quête de la sérénité.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Extrait du film, donc, de Sept ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud avec Brad Pitt, je vous le rappelais, on va maintenant mieux comprendre, donc, le courant de pensée du bouddhisme à travers ce reportage de Laurent Lejap.
Laurent Lejap
C'est le rituel du soir au temple des mille Bouddhas, l'office est célébré par le lama Orgyien dans les plus pures règles du bouddhisme tibétain. La plupart des fidèles sont des Occidentaux, nous sommes au centre Kagyu-Ling, en plein coeur du Morvan. Il porte l'habit traditionnel des religieux bouddhistes, sa vie active à Paris est maintenant bien lointaine. Avant, il s'appelait François, désormais c'est Mingyour, l'immuable en tibétain, il vit au centre Kagyu-Ling depuis seize ans.
Neljorpa Mingyour
L'activité que j'ai eue avant, en fait, c'est dans les chantiers du bâtiment, donc chacun peut imaginer, on peut dire que j'ai, je connais bien toute l'activité du monde du travail, même dans le bâtiment c'est quelque chose qui est souvent assez difficile physiquement, et j'ai eu aussi une vie de famille, j'ai été marié. Et je me suis retrouvé on peut dire, maintenant c'est bien connu, mais en 80 ça commençait, au chômage. Donc c'était une circonstance on peut dire défavorable d'un côté, mais favorable pour moi parce que ça faisait longtemps que je souhaitais m'impliquer de cette manière, et même c'était au delà de mes espérances.
Laurent Lejap
Les espérances de Mingyour, c'était un peu plus de calme et d'humanité, des valeurs qu'il trouve aujourd'hui en vivant en communauté avec une centaine d'autres bouddhistes, des Français pour la plupart. Tous ne sont pas des religieux, certains viennent en famille pour quelques semaines ou quelques jours. David pourrait bien un jour être de ceux-là. A trente ans, il vient d'épouser la foi bouddhiste, il tente de se servir de la sérénité des enseignements de Bouddha dans son emploi d'ingénieur en informatique.
David Clément
Pour pouvoir garder cet état d'esprit, si vous voulez, pendant qu'on est dans la vie professionnelle et pendant le stress de la vie moderne, là est la difficulté, et c'est là où peut-être le bouddhisme arrive à bien répondre à cette attente.
Laurent Lejap
Vous pensez être plus capable de ça depuis que vous suivez cet enseignement bouddhiste ?
David Clément
Je pense que l'enseignement bouddhiste m'apportera ça, j'en suis convaincu. Mais j'aurai beaucoup de travail à faire sur moi.
Laurent Lejap
Sûr, qu'il lui en faudra de la persévérance à David. Le chemin vers la plénitude est long et exigeant. Comme Mingyour, il devra peut-être franchir l'une des étapes essentielles du bouddhisme tibétain : une retraite de trois ans, trois mois, trois jours dans le silence et la chasteté.
Neljorpa Mingyour
C'est des meilleures années de ma vie. Ça m'a apporté plus de tranquillité, plus de paix, une manière peut-être d'aborder la vie et les circonstances de la vie d'une manière plus tranquille.
Laurent Lejap
Grâce au bouddhisme, Mingyour tient enfin une réponse aux maux auxquels il était confronté dans la société. Cinq cent mille Français sont engagés sur la même voie spirituelle, la France est le pays d'Europe où les enseignements de Bouddha trouvent le plus d'échos.