La profanation du cimetière d'Herrlisheim

30 avril 2004
03m 16s
Réf. 01864

Notice

Résumé :

La profanation du cimetière juif d'Herrlisheim, le 30 avril 2004, témoigne de la persistance du racisme en France. Il invite à s'interroger sur la spécificité de l'antisémitisme en Alsace.

Date de diffusion :
30 avril 2004

Contexte historique

Le 30 avril 2004, jour anniversaire de la mort de Hitler, le cimetière juif de Herrlisheim est profané : 137 tombes sont saccagées et recouvertes d'inscriptions antisémites. L'emploi d'une signalétique nazie relativement sophistiquée (des croix gammées et des signes SS, mais aussi des sigles codés comme HH ou 88 pour Heil Hitler! ou des slogans comme Juden Raus! (les juifs dehors), Ein Reich, Elsass, Sieg für den Führer (un Empire, l'Alsace, victoire au Führer) témoignent des motivations antisémites et néo-nazies des profanateurs. Par ailleurs, l'attention portée à la mise en scène macabre avec l'ornement de stèles par des drapeaux allemands et le choix réfléchi des cibles (les plus vieilles tombes plutôt que les récentes, dont la pierre aurait été plus facile à nettoyer) permettent d'orienter l'enquête vers des organisations structurées valorisant les thèses racistes des nazis.

La profanation du cimetière d'Herrlisheim suscite une vive émotion et le Premier ministre Dominique de Villepin vient témoigner à la population locale son indignation. Néanmoins, la mobilisation nationale est bien moindre que lors de l'affaire de Carpentras en 1990. Cette nouvelle profanation du cimetière d'Herrlisheim invite à s'interroger sur la spécificité de l'antisémitisme en Alsace, une région accueillant l'une des plus grandes communautés israélites de France. En effet, plus de la moitié des profanations des 20 dernières années se sont produites dans l'Est de la France. Une grande partie de ces actes est liée au trouble suscité par la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale, comme en témoignent les nombreuses dégradations volontaires du camp de Struthof.

Toutefois, on peut se demander si l'antisémitisme alsacien ne doit pas également être lu comme une forme de racisme. Le vote Front National est particulièrement important dans les campagnes alsaciennes. Le parti d'extrême droite recueille ainsi près d'un tiers des voix aux élections régionales de 2004. La profanation d'une cinquantaine de tombes abritant les soldats musulmans des deux guerres mondiales à Haguenau, dans la nuit du 23 au 24 juin 2004, confirme la dimension raciste de ces actes de profanation.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document s'efforce de dénoncer l'horreur inhérente aux actes de profanation. La succession d'images de tombes saccagées et recouvertes de croix gammées ou inscriptions nazies suscite émotion et indignation. Parallèlement, les témoignages recueillis auprès de la communauté juive soulignent l'incompréhension face à la résurgence des idées nazies. Comment peut-on, 60 années après, porter des idées de haine alors qu'on connaît désormais les atrocités auxquelles elles ont conduit ?

Ce reportage met ensuite en exergue l'importance des actes antisémites en Alsace en rappelant la récurrence des profanations. L'interview du vice-président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France souligne la multiplication des actes antisémites en France. Il mêle à cet égard des phénomènes se situant à des échelles différentes : le négationnisme, les attaques physiques racistes, ou les difficultés attachées à l'enseignement de la Shoah dans les collèges et lycées. Ce dernier phénomène, en effet, est plus lié à un antisémitisme nouveau, généré par le conflit israélo-palestinien. Il se distingue donc très nettement de l'antisémitisme prôné par les groupes néo-nazis.

Julie Le Gac

Transcription

Inconnu
Nous allons probablement tout de suite, je pense que ce sujet va être vu maintenant, une seconde de patience.
Journaliste 2
A l'entrée du petit cimetière israélite de Herrlisheim, une croix gammée et une inscription : les Juifs dehors, rappellent les années les plus sombres de notre histoire. Cent vingt-sept tombes ont été profanées la nuit dernière par des inscriptions néo-nazies et antisémites. Sur une stèle, filmée par ce témoin, un drapeau allemand rend hommage à Adolphe Hitler. Ce soir, la communauté juive de la région s'est réunie près du cimetière, profondément choquée.
Inconnue
Son père a souffert pour la Shoah, il est revenu avec trente-sept kilos, et c'est horrible de voir ce qu'on voit là.
Pierre Dreyfus
On assiste à une résurgence odieuse de, du nazisme, et on a l'impression que le nazisme en l'espèce renaît de ses cendres comme un phénix. Donc sentiment de grande tristesse, de douleur, même.
Journaliste 2
Toute la classe politique a unanimement condamné les actes de profanation. En milieu d'après-midi, le Ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin s'est rendu sur les lieux en rappelant que toute la France était concernée par ces actes de barbarie.
Dominique (de) Villepin
De tels actes d'antisémitisme sont contraires à l'esprit même de notre démocratie. Ils sont contraires aux valeurs mêmes qui fondent notre République et ils doivent aujourd'hui nous rappeler à cette exigence de vigilance.
Journaliste 2
Une enquête a immédiatement été ouverte pour retrouver les auteurs de cette profanation et le Ministre de l'Intérieur a demandé que les sépultures soient remises en état dans les meilleurs délais.
Journaliste
De toutes parts, en France, des réactions d'indignation et de colère, et notamment chez les responsables politiques ou religieux. Si ces actes antisémites ont diminué en 2003, il n'en demeure pas moins que leur répétition et leur persistance sont très inquiétantes. Philippe Castel.
Philippe Castel
Ces deux mots, ce n'est pas la première fois qu'ils sont écrits ici. Il y a douze ans, Herrlisheim avait déjà connu cet affront. Dans la nuit du 30 au 31 août 92, deux cent tombes sont saccagées, un acte antisémite loin d'être unique dans la région. En vingt ans, vingt-quatre profanations de cimetières juifs ont été répertoriées en France, quatorze d'entre elles ont eu lieu dans l'Est. La dernière, il y a deux ans, à Cronenbourg : vingt-et-une tombes et un mur tagué de croix gammées.
Joseph Zrihen
Il n'est pas normal aujourd'hui que dans notre pays on puisse accepter qu'un homme ou une femme, au motif de sa religion, de sa sensibilité, de la couleur de sa peau, puisse être attaqué, que l'on puisse aujourd'hui nier l'existence des chambres à gaz, qu'aujourd'hui on ne puisse pas enseigner librement et normalement la Shoah dans les écoles.
Philippe Castel
Ces profanations ne sont habituellement pas organisées au hasard du calendrier, elles correspondent à des dates clés. Celle d'aujourd'hui, 30 avril, en est une : il y a cinquante-neuf ans qu'Hitler s'est suicidé. C'est aussi cette nuit la naissance de l'Europe à vingt-cinq, une Europe fondée sur des valeurs de tolérance et de démocratie.