La crise des vocations ecclésiastiques en France

23 avril 2005
02m 48s
Réf. 01868

Notice

Résumé :

Le nombre de candidats à la prêtrise ne cesse de diminuer en France. Deux séminaristes bordelais sont interrogés à ce sujet.

Date de diffusion :
23 avril 2005

Contexte historique

L'Eglise catholique de France est confrontée à une crise des vocations, particulièrement aigüe depuis les années 1960. Le nombre des séminaristes, c'est-à-dire les jeunes gens qui se destinent à devenir prêtres et qui dans ce but étudient dans un séminaire, n'a cessé de chuter. Alors qu'on en comptait 9 277 en 1901, ils ne sont plus que 3 380 en 1970, puis 1 219 en 1990. En 2000, leur nombre passe même pour la première fois sous la barre des 1 000 puisqu'ils ne sont que 976. Ce déclin se poursuit : en 2004, seuls 758 jeunes hommes se préparent à devenir prêtres. Conséquence logique de cette chute, les ordinations se raréfient. Encore au nombre de 1 000 en 1950 puis de 646 en 1965, elles ne sont plus que d'une centaine par an depuis le début des années 1990 : il y en a eu 96 en 1995 et 116 en 2002, malgré un certain regain en 2000, avec 142 prêtres ordonnés. Le faible nombre des ordinations ne suffit pas à compenser les décès et les départs en retraite de prêtres.

Dès lors, les effectifs du clergé régulier s'effondrent de près de moitié, passant de 40 000 prêtres en 1960 à 22 855 en 2004. En outre, les deux tiers sont désormais âgés de plus de 60 ans. La crise des vocations a deux principales explications. Tout d'abord, la fonction de prêtre s'est considérablement dépréciée au sein de la société française, alors qu'elle était auparavant essentielle, notamment dans les campagnes. Le choix pour un jeune homme de devenir prêtre est de plus en plus difficile. Surtout, cette crise reflète la forte diminution de la pratique religieuse et du sentiment d'appartenance au catholicisme: 62% des Français se déclaraient catholiques en 2003 contre 85% en 1970, et seuls 10% pratiquent régulièrement. Pour remédier à cette pénurie de vocations et en favoriser le renouveau, plusieurs solutions ont régulièrement été avancées, y compris au sein de l'Eglise, au premier rang desquelles le mariage des prêtres. Néanmoins Jean-Paul II n'a pas cessé de rappeler avec fermeté l'obligation de célibat pour le prêtre. De même, il a toujours repoussé l'éventualité d'un accès des femmes à l'ordination.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé dans un contexte très particulier, peu après l'élection du pape Benoît XVI comme successeur de Jean-Paul II, le 19 avril 2005. Cet événement est l'occasion de réaliser au sein des journaux télévisés un ensemble de reportages sur l'état de l'Eglise catholique en France et dans le monde. Il s'agit dans le cas présent d'examiner la crise des vocations en France. Pour traiter de cet aspect, la rédaction de France 3 a choisi de s'intéresser aux séminaristes, c'est-à-dire à ceux qui se destinent à devenir prêtres. Une équipe de reportage s'est ainsi rendue au séminaire de Bordeaux.

Ce sujet illustre donc un phénomène général en se focalisant sur un exemple particulier. Il propose diverses images d'illustration qui permettent de donner aux téléspectateurs un bref aperçu de quelques-unes des activités principales des séminaristes: cours d'histoire chrétienne, préparation à la célébration d'une messe, chants. Le reportage s'emploie toutefois essentiellement à présenter les motivations de la vocation des séminaristes. Dans ce but, il recourt à l'interview de deux séminaristes qui se trouvent à des stades différents de leur préparation à la prêtrise, et suit particulièrement l'un des deux.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
De nombreux défis attendent Benoît XVI, le Pape doit d'abord faire face à une crise des vocations. Intransigeant gardien du dogme, il s'est toujours opposé à l'ordination des femmes ou le mariage des prêtres, qui aux yeux de certains au sein même de l'Église pourraient être une solution. A Bordeaux, , Stéphanie Pérez et Stéphane Taponier sont allés à la rencontre des prêtres de demain qui oeuvreront sous le pontificat de Benoît XVI et qui espèrent repeupler les églises.
Stéphanie Pérez
Cet après-midi, pour les huit séminaristes de première année, cours d'histoire chrétienne, l'ambiance est studieuse.
Inconnu
Parce que je crois que ça compte vraiment pour la compréhension de la personne de Jésus.
Stéphanie Pérez
Voici les prêtres de demain : ils ont fait ce choix hors normes guidés par une foi intense. Iront-ils jusqu'au bout ? Les deux premières années d'enseignement sont celles du discernement. Olivier était électromécanicien dans son autre vie. Pour le moment il n'a pas de doute, mais il comprend que sa décision puisse surprendre.
Olivier
Il n'y a plus de gens qui croient, enfin je veux dire pour les gens c'est quelque chose de très, enfin croire en quelque chose c'est ridicule, enfin c'est très gnognotte, c'est très... Donc aujourd'hui, je crois que si on est pas vraiment créé dans le Christ, c'est de la folie.
Stéphanie Pérez
Une folie pour la société actuelle, d'ailleurs le nombre de candidats à la prêtrise a baissé de 50% en dix ans. Avant d'entrer au séminaire, Philippe travaillait dans la grande distribution. Pour lui, qui est en cinquième année de formation, moins il y aura de pratiquants, moins les vocations se déclareront. Devenir prêtre dans ce contexte est un vrai défi.
Philippe Podillo
Si on devait limiter les fidèles à ceux qui viennent nous rejoindre à la messe et qui célèbrent la messe, c'est vrai que ça fait peut-être pas beaucoup beaucoup de monde, mais, mais justement il y a, il y a tous les autres, quoi. C'est à nous d'aller vers les autres, on est envoyé justement auprès de tous.
Stéphanie Pérez
Nous retrouvons Olivier en apprentissage dans sa paroisse. Dans des églises qui font rarement le plein, ces futurs prêtres mesurent l'étendue de leur tâche. Mais à l'image de leur nouveau Pape, Benoît XVI, ils restent intransigeants sur la doctrine. Ainsi, selon eux, autoriser le mariage des prêtres n'est pas la solution pour enrayer la chute des vocations ou rapprocher les fidèles de leur clergé.
Olivier
L'Église, depuis le onzième siècle, elle donne le sacrement à ceux qui veulent tout donner, voilà. Ça ne veut pas dire que les gens mariés ne donnent rien, mais il y a quand même une radicalité qui fait que ça donne une disponibilité, non seulement au niveau du temps, ça c'est un aspect matériel, mais au niveau du coeur, aussi, au niveau du coeur on est disponibles pour tous les gens qui sont là, à n'importe quelle heure, voilà quoi.
Stéphanie Pérez
Dans cinq ans, Olivier deviendra prêtre. Aujourd'hui en France, seuls sept cent cinquante huit séminaristes sont prêts à consacrer leur vie à l'Église et à ses fidèles.