La création de la CFDT

13 novembre 1964
03m 34s
Réf. 01870

Notice

Résumé :

La CFDT a été créé lors d'un congrès extraordinaire de la CFTC à Paris, les 6 et 7 novembre 1964. Son secrétaire général, Eugène Descamps, explique les raisons de cette naissance.

Type de média :
Date de diffusion :
13 novembre 1964
Date d'événement :
07 novembre 1964
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

A partir de la Libération, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), qui a été créée le 1er novembre 1919, est traversée par d'importantes tensions internes. La tendance "Reconstruction" souhaite en particulier que la CFTC se laïcise. D'abord minoritaires, ses idées progressent peu à peu : en 1959, un rapport sur la planification démocratique est adopté en congrès, et en 1961 l'un de ses animateurs, Eugène Descamps, est élu secrétaire général. Il prépare alors la déconfessionnalisation. Elle est entérinée lors d'un congrès extraordinaire tenu à Paris les 6 et 7 novembre 1964, par 70% des mandats. Le nom du syndicat est changé en Confédération française démocratique du travail (CFDT).

Dans les nouveaux statuts qui sont adoptés, tout lien n'est toutefois pas coupé avec le christianisme puisque sont rappelés "les apports de l'humanisme, dont l'humanisme chrétien". Une minorité s'oppose à la déconfessionnalisation et décide, dès le 7 novembre 1964, de maintenir la CFTC. Environ 10% des adhérents choisissent cette voie, dont les trois-quarts de la Fédération des mineurs. Dirigée par Eugène Descamps jusqu'en 1971, la CFDT pratique un syndicalisme très différent de celui de la CFTC. Elle se rapproche de la CGT, avec laquelle elle signe un pacte d'unité d'action le 10 janvier 1966. Mais la CFDT appuie le mouvement de mai 1968, tandis que la CGT en est beaucoup plus distante. Et lors de la négociation des accords de Grenelle, du 25 au 27 mai 1968, la CFDT insiste sur la reconnaissance du droit syndical dans l'entreprise, alors que la CGT met l'accent sur les salaires. Elle se rallie ensuite au socialisme autogestionnaire lors de son congrès de 1970. L'année suivante, Edmond Maire est élu secrétaire général. Il tient les rênes de la CFDT jusqu'en 1988.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 13 novembre 1964 sur l'ORTF dans le cadre du magazine hebdomadaire "Sept jours du monde" créé par le ministre de l'Information Alain Peyreffitte en 1963, et qui revient sur l'actualité de la semaine passée, ce reportage s'intéresse à la création de la CFDT, décidée le 7 novembre 1964. Il propose trois séquences bien distinctes. Dans un premier moment qui sert de lancement pour le reportage proprement dit, le journaliste Christian Bernadac se met lui-même assez longuement en scène. Il se sert en effet d'un mur comme d'un tableau noir, pour écrire à la craie des mots ainsi que des équations sur la CFTC et la CFDT. Il se comporte comme un maître d'école désireux d'expliquer de manière très simple aux élèves que sont les téléspectateurs le principal changement apporté par la création de la CFDT : la déconfessionnalisation, symbolisée par le retrait de la lettre "C" à la fin du mot CFTC. On peut noter que Christian Bernadac n'apparaît pas tout à fait à l'aise lorsqu'il écrit et il manque de se tromper en inscrivant le sigle CFTC.

Les deux autres séquences sont plus classiques. Quelques images présentent le congrès qui a vu la création de la CFDT, la caméra s'attardant sur Eugène Descamps, le secrétaire général. Le sujet propose précisément une interview de ce dernier. Le journaliste Christian Bernadac ne se montre pas très incisif : il ne lui pose qu'une seule question, et sans plus l'interrompre, il laisse Descamps développer une longue réponse sur les raisons qui ont conduit à la fondation de la CFDT.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
La CFTC, vous le savez, est morte samedi dernier au Congrès d'Issy-les-Moulineaux. La CFTC est devenue la CFDT, Confédération française démocratique du Travail. Mais si nous sommes dans le Nord, c'est peut-être pour écrire derrière cela : la CFTC est morte, mais vive la CFTC. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que les mineurs, groupés autour de Monsieur Sauty, ont décidé de poursuivre la CFTC. Et l'on serait tenté également, puisque nous avons un tableau noir, d'écrire une petite équation : CFDT = CFTC - C. Pourquoi cette petite équation ? Et bien je crois qu'elle résume, peut-être d'une façon enfantine, le problème : -C, en effet les congressistes d'Issy-les-Moulineaux ont balayé ce petit C, le mot chrétien de l'ancienne fédération syndicale. Alors rayons ce petit C, et pour essayer d'y voir un peu plus clair, faisons tout d'abord un retour en arrière. C'était samedi la fin de la CFTC sous les applaudissements. Il y avait tellement de participants que le Congrès d'Issy-les-Moulineaux s'était expatrié au Palais des Sports. Un peu plus de 70% des congressistes applaudissaient Eugène Descamps, le secrétaire général de la CFDT. Nous l'avons rencontré dans le calme de son bureau un peu plus tard au square [INCOMPRIS]. Monsieur Descamps, ce changement de samedi dernier, est-ce que c'était une chose nécessaire, obligatoire ?
Eugène Descamps
Je crois effectivement qu'il était nécessaire que la CFTC transforme son titre et ses statuts. En effet, quand le syndicalisme chrétien s'est créé en France, c'est dans un contexte bien précis, c'était après la guerre 14-18, au moment où il y avait des antagonismes très vifs entre travailleurs chrétiens et non chrétiens. Les travailleurs chrétiens ont constitué une organisation pour à la fois se retrouver entre eux sur des valeurs auxquelles ils étaient attachés, et en même temps pour exercer une action syndicale. Fallait-il donc maintenir un syndicalisme chrétien alors que nous constations que, sur l'essentiel, les travailleurs disons démocrates se trouvaient d'accords ? Nous pensons que le moment est venu, à l'exemple de ce qu'il se passe en Angleterre, en Suède, aux États-unis, de faire un grand syndicalisme démocratique où tous les hommes qui ont une conception d'un syndicalisme libre, indépendant des partis et des religions, pouvaient se regrouper. C'est dans cet esprit que nous avons travaillé, que les décisions prises à notre congrès sont des décisions qui ont été précédées d'une série d'autres options de l'organisation, au cours des congrès précédents, et les votes intervenus par 70% sont vraiment des votes qui démocratiquement expriment le sentiment de nos syndicats. Donc si la CFTC se continue, elle se continue dans la Confédération démocratique. Alors les autres ? D'aucuns disent : mais ça représente 30%. Certainement pas, il y a eu 30% de syndicats qui n'étaient pas favorables à l'évolution, c'est une chose, mais beaucoup de ces syndicats non favorables à l'évolution ont très nettement déclaré qu'ils restaient adhérents à la Confédération démocratique du Travail.