La CGT de Georges Séguy

09 juin 1982
02m 23s
Réf. 01873

Notice

Résumé :

Après l'effervescence des grèves de mai 1968, la CGT de Georges Séguy s'engage dans d'âpres conflits sociaux pour la défense de l'emploi. La rupture entre la CGT fidèle au PCF et la CFDT, qui se rapproche du PS, devient inéluctable.

Date de diffusion :
09 juin 1982
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Contexte historique

Georges Séguy, ancien résistant et déporté, remplace Benoît Frachon à la tête de la Confédération Générale du Travail lors du 36ème congrès confédéral de juin 1967. Les débuts de son mandat sont marqués par les grèves et manifestations de 1968. D'abord méfiante vis-à-vis d'un mouvement dont elle n'est pas à l'origine, la CGT se montre gênée par la division syndicale : c'est la première fois que lors d'une grande secousse sociale, elle n'est plus toute puissante dans le paysage syndical. De plus, les accords de Grenelle ne satisfont pas la base et la "trahison" de la CGT est dénoncée. Si mai 1968 est un succès pour la CGT qui reçoit environ 200 000 nouveaux adhérents et se réinsère dans les processus de négociation, c'est aussi le moment d'une prise de conscience du décalage existant avec la jeunesse, et de la division croissante du mouvement syndical. De 1968 à 1974, la CGT de Georges Séguy s'efforce de resserrer les liens avec la CFDT. Elle soutient en ce sens le programme commun (PCF, PS, MRG) de 1972, fondé sur la planification et les nationalisations. Cette période, qualifiée "d'années d'illusions" se caractérise par ailleurs par l'émulation entre la CGT et la CFDT, comme en témoignent les succès des luttes syndicales pour les usines Lip et Rateau en 1973 et 1974.

Néanmoins, à partir de 1974, la France est confrontée à la crise économique, symbolisée par le franchissement de la barre du million de chômeurs, et les syndicats se heurtent à l'attitude intransigeante des gouvernements Chirac et Barre. Les grèves des caristes de Billancourt en février 1975 ou au Parisien Libéré en 1977 soulignent l'intensité des conflits sociaux. Avec le rapprochement entre le PS et la CFDT, le PCF et la CGT craignent la constitution d'un front réformiste rassemblant CFDT, FO et FEN (Fédération de l'Education nationale). Afin de parer à une telle éventualité, la CGT continue de soutenir avec empressement l'unité d'action avec la CFDT, tout en multipliant les critiques vis-à-vis de la FEN. Néanmoins, à partir de 1978, la CFDT se démarque de plus en plus nettement du PC et effectue un recentrage entériné par le Congrès de Brest en 1979. La CGT, elle, opte pour l'isolement, qui se traduit, le 23 mars 1979 par l'organisation de la marche des sidérurgistes à Paris sur la base du seul point de vue cégétiste. En décembre 1979, l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS, puis les actions de Solidarnosc en Pologne en juin 1980, accentuent les dissensions entre les deux syndicats. Parallèlement, Henri Krasucki, dans son ouvrage Syndicalisme et liberté met à nu tout ce qui oppose les deux centrales.

Au milieu de l'année 1980, la rupture entre les deux centrales est consommée. Malgré tout, après avoir soutenu Georges Marchais au premier tour de l'élection présidentielle, Georges Séguy appelle à voter pour François Mitterrand au second tour. Cette politique d'ouverture prônée par Georges Séguy suscite une opposition croissante au sein même de la CGT, et ceux qui campent "sur une ligne de forteresse" se regroupent derrière Henri Krasucki. Lors du Congrès d'octobre 1981, Georges Séguy constate l'échec de sa politique d'ouverture et annonce son départ. Il est remplacé, en 1982, par Henri Krasucki.

Julie Le Gac

Éclairage média

A l'heure où Georges Séguy quitte le secrétariat général de la CGT au profit d'Henri Krasucki, TF1, diffuse une rétrospective consacrée à la CGT de Georges Séguy. Elle propose à cet égard des plans aériens impressionnants des manifestations de mai 1968 dans les rues de Paris. Elle revient également sur les différentes grèves et manifestations organisées ou soutenues par les syndicats : se succèdent des images de banderoles et de défilés. Ces conflits sont présentés comme autant de réussites pour le syndicat, et pour Georges Séguy. La rupture progressive entre la CGT et la CFDT est analysée avec justesse par le document, mais cet échec de la politique d'ouverture souhaitée par Georges Séguy est atténué par le soutien affiché par la CGT à François Mitterrand lors du second tour de l'élection présidentielle.

L'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 est considérée comme un succès non seulement pour le parti socialiste mais pour l'ensemble des forces syndicales. Le déclin syndical et la faiblesse des mouvement sociaux des années 1980 atténueront cependant ce jugement. Enfin, si la présence de Henri Krasucki aux côtés de Georges Séguy dès les débuts de son mandant est soulignée, le reportage s'abstient de faire état des dissensions ayant opposé les deux hommes au cours des dernières années. Cette rétrospective préfère en effet conserver un ton consensuel.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Un rappel en images avec François Salvaing de ce qu'a été la CGT de Georges Séguy depuis 67.
François Salvaing
Mai 1968 : pour un baptême du feu, c'est un baptême du feu. Georges Séguy vient de succéder à Benoît Frachon comme secrétaire général de la CGT. A ses côtés, on voit déjà beaucoup Henri Krasucki. Pour eux, deux objectifs dans la tempête : faire que l'immense grève débouche sur des conquêtes irréversibles, faire que les partis de gauche s'entendent sur un programme. Le premier objectif sera atteint, partiellement, le second ne se réalisera qu'en 1972 avec la signature du programme commun. Six ans plus tard, devant le quarantième congrès de la CGT, Georges Séguy le reconnaîtra : pendant toute cette période, son syndicat a beaucoup insisté sur les perspectives offertes par l'union de la gauche, mais il s'est montré moins à l'écoute des revendications. Pourtant, de la sidérurgie au textile, du Parisien libéré à [INCOMPRIS], du paquebot France à Manu France, la CGT des années soixante-dix n'est pas absente et se trouve souvent à l'initiative des luttes contre le chômage et ce qu'elle appelle la casse organisée par le pouvoir et le patronat. Point culminant dans cet effort pour mobiliser les salariés, la gigantesque marche pour l'emploi du 23 mars 1979. Mais, depuis 1977, adieu programme commun, et le pacte d'unité d'action conclu avec la CFDT en 66 est moribond, surtout depuis qu'Edmond Maire parle de recentrage. Désaccord profond : il porte sur les causes de la crise, sur les moyens d'en sortir, la CFDT rejoint les thèses de Michel Rocard, la CGT souligne les convergences entre son programme et celui de Georges Marchais, ce qui provoque de forts remous jusqu'au bureau confédéral. la Pologne élargira la cassure ou la reflétera. Même si en octobre dernier Georges Séguy et Edmond Maire accueillent ensemble Lech Walesa en visite à Paris, en décembre l'un condamne et l'autre pas l'épreuve de force et l'emprisonnement des dirigeants de Solidarnosc. En quinze ans l'audience de la CGT a reculé, pourtant, le 21 mai 1981, Georges Séguy peut mesurer le chemin parcouru. Pour la première fois, il trouve en face de lui à l'Élysée un interlocuteur difficile, certes, mais pas hostile. Et le changement dans la CGT appelle les salariés à être les acteurs se concrétise avec le succès des grévistes de Citroën sur le patronat, à ses yeux le plus rétrograde. Images qui, au moment où Georges Séguy va quitter la direction du bureau confédéral, l'amèneront peut-être à dire : mission accomplie.

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