Le bilan d'Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT de 1971 à 1988

24 novembre 1988
01m 39s
Réf. 01877

Notice

Résumé :

Rétrospective du mandat de secrétaire général de la CFDT d'Edmond Maire, de 1971 à 1988.

Date de diffusion :
24 novembre 1988
Lieux :

Contexte historique

La Confédération française démocratique du travail (CFDT) est née en novembre 1964 lors d'un congrès extraordinaire de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CTFC), qui en a décidé la déconfessionnalisation. Dirigée par Eugène Descamps depuis 1961, elle est devenue la seconde confédération syndicale au début des années 1970 avec près de 650 000 adhérents. Edmond Maire succède à Eugène Descamps, malade, au poste de secrétaire général en avril 1971. Ancien technicien chimiste, il avait participé à la création de la CFDT en 1964 et exercé de 1964 à 1970 la fonction de secrétaire général de la Fédération des industries chimiques. Edmond Maire suit dans un premier temps la ligne décidée au congrès de 1970, à savoir le ralliement au socialisme autogestionnaire. La CFDT se trouve à la pointe de nombreux conflits sociaux, dont celui de Lip en 1973 apparaît le plus emblématique. Les éléments d'extrême gauche, maoïstes mais surtout trotskystes, se font alors particulièrement entendre au sein de la centrale syndicale et la poussent à développer une pratique révolutionnaire. Sous leur emprise, la CFDT participe à de multiples luttes comme le combat contre le nucléaire ou les comités de soldats. Toutefois, en 1973, la commission exécutive se démarque du gauchisme. Si Edmond Maire refuse le Programme commun, il accepte à l'automne 1974 la participation de la CFDT aux Assises du socialisme, lors desquelles de nombreux militants cédétistes rejoignent le Parti socialiste.

Cependant, après l'échec de la gauche aux élections législatives de 1978, la direction de la CFDT décide de modifier la stratégie de la centrale : elle entame en mai 1979 un "recentrage", c'est-à-dire que la priorité est désormais donnée à l'action syndicale sur l'action politique. De même, si dans la première moitié des années 1970, la CFDT avait adopté une démarche d'action unitaire avec la CGT, de profondes divergences se font jour à la fin de la décennie. En 1980, Edmond Maire dénonce "l'alignement complet" de la CGT sur le PCF. Il conduit également la confédération à se démarquer des gouvernements socialistes à partir de 1981, bien que de nombreux cadres cédétistes aient rejoint les ministères. En 1986, la CFDT refuse même toute consigne pour les élections législatives, mettant fin à une tradition de choix en faveur de la gauche. Touchée par la crise qui affecte dans les années 1980 tous les syndicats, elle l'est d'autant plus que les options ambiguës d'Edmond Maire, telles que la remise en question du mythe de la grève comme mode d'action syndicale, déstabilisent une partie des militants: ses effectifs chutent de près de moitié à partir de 1977 et elle n'obtient que 18,4% des voix aux élections à la Sécurité sociale de 1983.

Le bilan d'Edmond Maire, qui aura fortement marqué de sa personnalité le paysage syndical et politique français durant deux décennies, apparaît donc contrasté lorsqu'il quitte le secrétariat général de la CFDT en 1988, remplacé par Jean Kaspar.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé au journal télévisé de 20 heures d'Antenne 2, le 24 novembre 1988, au moment précis où Edmond Maire quitte son mandat de secrétaire général de la CFDT, ce reportage dresse un bilan de son action. Il prend la forme d'une rétrospective, entièrement constituée d'un montage d'images d'archives qui illustrent le commentaire du journaliste. Le sujet est organisé de manière chronologique, de l'élection d'Edmond Maire à la tête de la CFDT en 1971 à la fin de ses fonctions en 1988, mais également thématique. Le dessin d'une banderole, emblème des manifestations syndicales, inséré sur l'image, sert de titre en introduction des quatre thèmes retenus pour éclairer l'action de Maire.

Le sujet s'emploie d'ailleurs à présenter celle-ci comme étant principalement marquée par de profonds changements d'orientation successifs. Cette idée sous-tend le commentaire du journaliste qui compare les virages adoptés tour à tour par Edmond Maire avec des danses imposées aux militants: le pas de deux ou le tango. Quant aux images proposées, elles montrent les principales facettes des activités d'un dirigeant d'une centrale syndicale. Plusieurs plans de manifestations, moyen d'action syndical essentiel, sont ainsi présentés. De même, quelques images donnent un bref aperçu des congrès de la CFDT à travers ceux de 1971 et 1973. Enfin, dernier aspect présenté : les négociations d'Edmond Maire et des responsables de la CFDT avec les différents gouvernements.

Christophe Gracieux

Transcription

Gérard Leclerc
En dix-sept ans, Edmond Maire leur aura fait tourner la tête, aux militants CFDT, parfois même jusqu'au tournis. 1971, à gauche toute dans la ferveur de l'après-68 et du conflit Lip, le jeune secrétaire général se fait le héros de l'autogestion dans les entreprises. La CFDT convole avec la CGT par les accords d'unité d'action, mais refuse le programme commun de la gauche, trop dirigiste. Dès 1973, un pas de deux vers le réalisme. Edmond Maire dénonce au congrès d'Annecy les coucous maoïstes ou trotskistes dans l'organisation. La CFDT participe aux assises pour le socialisme avec le PS. Le 1er mai 77, Maire et Séguy sont au coude à coude dans l'espoir d'une victoire de la gauche. Printemps 78, après l'échec socialiste aux législatives, on se recentre. Edmond Maire renoue le dialogue avec Matignon et l'Élysée et plaide pour la resyndicalisation. La Pologne et Solidarnosc consomment la rupture avec la CGT, trop alignée sur le Parti Communiste. 1981, la gauche au pouvoir, les responsable cédétistes peuplent les ministères, Edmond Maire négocie à Matignon et annonce même le plan de rigueur de 83. Dès 1984, fin du tango socialiste et début d'une valse des principes sacrés : Edmond Maire accélère l'adaptation de la CFDT, et prône l'abandon des vieilles mythologies, comme la grève ou bien le toilettage du socialisme autogestionnaire, avec quelques faux pas quand il décide la non participation au mouvement étudiant de décembre 86, une de ses décisions mal vécues par les militants.

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