Le départ d'André Bergeron du secrétariat général de Force ouvrière

29 janvier 1989
02m 19s
Réf. 01878

Notice

Résumé :

Rétrospective de la carrière d'André Bergeron au moment où il quitte le poste de secrétaire général de Force ouvrière, qu'il a occupé de 1963 à 1989.

Date de diffusion :
29 janvier 1989
Date d'événement :
03 février 1989
Lieux :

Contexte historique

Force ouvrière (FO) est née le 19 décembre 1947 lors d'un vote qui a entériné la scission avec la CGT. Après son congrès constitutif, tenu à Paris du 12 au 14 avril 1948, la CGT-FO a tenté de s'installer dans le paysage syndical français, sous la houlette du secrétaire général Robert Bothereau. Ce dernier quitte son poste en 1963 et est remplacé par André Bergeron. Né en 1922 et engagé dans le syndicalisme depuis 1936, Bergeron participe à la réunion qui fonde FO en 1947. Il reste à la tête de FO pendant vingt-six ans, jusqu'en 1989. Durant ce long mandat, ardent partisan du réformisme,il s'attache à mener une politique contractuelle qui le conduit à entretenir des relations régulières avec tous les gouvernements ainsi qu'avec le patronat. Par son intermédiaire, FO devient un interlocuteur privilégié du paysage social français. Et, bien que lui-même soit membre du Parti socialiste, André Bergeron défend constamment l'indépendance politique de son syndicat. Il s'avère par exemple sceptique à l'égard de l'Union de la gauche. Il maintient en outre une vive hostilité à la CGT et se montre distant vis-à-vis de la CFDT. Sous sa direction, FO accroît ses positions durant les années 1970: 983 000 personnes en sont membres en 1980, contre environ 700 0000 en 1970, et FO obtient 17,5% lors des premières élections prud'hommales. En 1981, lorsque la gauche parvient au pouvoir, Bergeron dénonce la participation du PCF au gouvernement.

Les années 1980 s'avèrent moins favorables à FO, qui n'apparaît plus comme le principal interlocuteur des gouvernements socialistes, lesquels se tournent davantage vers la CFDT, ainsi que vers la CGT jusqu'en 1983. André Bergeron quitte finalement le secrétariat général de FO en février 1989. Marc Blondel lui succède, battant de peu Claude Pitous, candidat fidèle à la tradition réformiste. Avec Blondel, FO se radicalise et s'engage sur une voie plus combative. Elle se trouve notamment à la pointe du combat contre le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale durant les grèves de l'hiver 1995 puis contre la réforme sur les retraites du gouvernement Raffarin en 2003. Sa radicalisation fait perdre à FO la gestion d'organismes paritaires, comme l'UNEDIC ou la Caisse nationale d'assurance maladie, au profit de la CFDT. Marc Blondel semble quelque peu rapprocher FO de la CGT, l'ancienne soeur ennemie : le 28 novembre 1995 il serre la main du secrétaire général de la CGT, Louis Vianney. Jean-Claude Mailly prend sa succession en février 2004.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé au cours du journal télévisé de 20 heures d'Antenne 2, à deux jours du 16e congrès de Force ouvrière, ce sujet est entièrement consacré à André Bergeron qui quitte alors son poste de secrétaire général. Intitulé "une vie", il s'attache à dresser son portrait et à retracer son itinéraire de syndicaliste. Le reportage prend la forme habituelle d'une rétrospective, exclusivement constituée d'un montage d'images d'archives, de diverses époques, allant de 1936 aux années 1980, en noir et blanc comme en couleurs. Il est à noter que cette rétrospective n'est pas organisée de manière chronologique puisqu'elle s'ouvre sur le congrès de FO de 1963 qui a vu l'élection de Bergeron au secrétariat général, puis revient en arrière sur la création de FO en 1947 et la première grève de Bergeron en 1936.

Le sujet est en fait découpé de manière thématique en deux grandes séquences. Ces dernières sont introduites par des écrans sur lesquels sont insérés des titres qui imitent les films muets des débuts du cinéma. Quant au commentaire, tant celui du présentateur Daniel Bilalian que du journaliste auteur du sujetGérard Leclerc. Il insiste à plusieurs reprises sur la personnalité débonnaire et assez ordinaire d'André Bergeron: il est tour à tour qualifié d'homme "qui incarne le bon sens", de "Français moyen" et de "communiant". Le reportage met également bien en lumière les principaux traits de sa politique à la tête de FO, de 1963 à 1989: le réformisme et la négociation, notamment avec les différents gouvernements. On le voit ainsi en discussion avec Pierre Mauroy et Raymond Barre ou à une table de négociations. Le journaliste valorise dans son commentaire cette pratique du dialogue.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Cette semaine, un homme qui incarnait pendant, qui a incarné pendant près d'un quart de siècle le bon sens, et qui revendiquait d'être présenté comme un Français moyen, va quitter ses fonctions la semaine prochaine. Il s'agit, vous l'aurez peut-être reconnu au passage, du secrétaire général du syndicat Force Ouvrière, André Bergeron, qui, à soixante-sept ans, prend sa retraite, alors que sa succession n'est pas encore réglée. L'histoire d'un homme qui consomme la vie avec modération, Gérard Leclerc.
Inconnu
Il y a ma fille qui rêve de te faire la bise depuis des années.
André Bergeron
Et moi qui en rêvait aussi, ça tombe bien !
Gérard Leclerc
Être au milieu de ses amis, comme il dit, de Force Ouvrière, c'est le grand plaisir d'André Bergeron. Pas un département, une fédération qui n'ait reçu régulièrement sa visite, depuis son élection comme secrétaire général le 24 novembre 1963. Visage un peu de communiant, et pourtant, derrière lui, déjà un quart de siècle de vie militante, avec notamment la scission de la CGT et la création de FO en 1947, et le Front Populaire de 1936, la première grève de l'apprenti typographe de Belfort.
André Bergeron
Le patron m'avait dit : si tu fais la grève, je te fiche dehors, et les copains du syndicats : Si tu ne la fais pas, tu vas voir ce que tu vas voir ! J'étais très malheureux, et tout le monde s'amusait follement de voir mon attitude. Et je me souviens avoir pris un torchon pour me donner une contenance, et jamais la machine n'a brillé comme ce jour-là.
Gérard Leclerc
Le perron de Matignon et les bureaux ministériels, André Bergeron les a beaucoup fréquentés, de Georges Pompidou à Michel Rocard. C'est qu'André Bergeron est un réformisme prudent mais obstiné, fervent partisan du dialogue et de la politique contractuelle. Adhérent depuis sa jeunesse au Parti Socialiste, il a pourtant été l'interlocuteur privilégié des gouvernements de droite, Valéry Giscard d'Estaing lui a même proposé à deux reprises un portefeuille ministériel. S'il a été mal à l'aise dans la tourmente de Mai 68, il souligne les conquêtes sociales obtenue avec d'autres depuis trente ans : SMIC, assurance chômage, quatrième et cinquième semaine de congés. Allergique aux modes et à la modernité, parfois accusé de conservatisme, il assume sa défense des droits acquis.

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