Le renouveau syndical : l'émergence du syndicat SUD

16 octobre 1996
03m 14s
Réf. 01880

Notice

Résumé :

Issu de la CFDT, le syndicat SUD, membre du Groupe des 10, incarne une nouvelle forme de syndicalisme. Fidèle aux valeurs des luttes sociales ouvrières, il souhaite s'inscrire dans les réalités économiques contemporaines.

Date de diffusion :
16 octobre 1996
Lieux :

Contexte historique

A l'automne 1988, les grèves de La Poste, notamment le mouvement des "camions jaunes" en région parisienne, ainsi que d'autres mouvements sociaux dans le Nord de la France creusent les clivages internes à la CFDT, qui connaît un second recentrage. Cette évolution heurte des militants attachés aux promesses du mouvement ouvrier, et sensibles au développement des coordinations. Ces militants sont alors dénoncés par Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT comme des "moutons noirs" qui n'ont plus rien à faire dans la confédération.

Ces Cédétistes, démis de leurs mandats ou poussés à la démission, créent aussitôt une structure nouvelle: SUD-PTT. En quelques années, Solidaire Unitaire Démocratique s'impose à La Poste et France Telecom. Cette réussite lui permet d'essaimer dans divers secteurs, principalement dans le secteur public. Associée au groupe des 10 dès 1989, la fédération SUD-PTT l'intègre pleinement en 1992. Cette arrivée de SUD dans le G-10 lui donne un nouveau souffle et contribue à l'ancrer dans le syndicalisme contestataire. Les nouveaux syndicats SUD qui émergent après le mouvement social de l'automne 1995 rejoignent à leur tour le G-10 et consolident ce "pôle de radicalité". Plus récemment, quelques sections CGT, rejetant le réformisme de l'époque Thibault de la CGT, sont passées chez SUD. Issu du secteur public, le G-10 tente de convaincre dans le secteur privé.

Depuis la fin des années 1990, des syndicats SUD se sont implantés dans des entreprises industrielles telles que Renault ou Thomson ou tertiaires comme la FNAC, le BHV, La Redoute. Cependant, ces implantations demeurent encore faibles et dispersées, ce qui explique qu'aux élections prud'hommales de 2002, le G-10 ne remporte qu'1,5% au niveau national. Fin 2002, le G-10 revendique 80 000 adhérents dont 15 000 dans le secteur des PTT. Depuis 1998, la constitution d'une union syndicale confère un véritable cadre statutaire à l'ensemble. Toutefois, cette structuration récuse le modèle confédéral traditionnel, synonyme de centralisation. Le groupe des 10 veut rompre avec l'institutionnalisation et la professionnalisation qui caractérisent les organisations traditionnelles. SUD met au contraire l'accent sur le militantisme de proximité, les actions locales, l'écoute directe des revendications des salariés, et leur prise en compte, quelles qu'elles soient. Animés par des "intellectuels déclassés" selon l'expression d'Annick Coupé, porte parole du Groupe des Dix, les syndicats SUD développent également un travail d'expertise, notamment juridique. Ils affichent parallèlement un discours utopiste et altermondialiste qui veut démontrer la fidélité aux valeurs du mouvement ouvrier et s'inscrire dans les réalités économiques du monde contemporain. Ils s'impliquent dans la création et le fonctionnement de nombreuses associations, traduction de nouveaux mouvements sociaux. Ce sont ainsi des militants de SUD PTT qui créent l'association "Agir contre le chômage" (AC!) en 1993.

Cette ouverture à d'autres causes (les sans papiers, les sans logis, les sans emploi), le développement de nouvelles formes d'actions permettent de sensibiliser plus largement l'opinion publique. Le succès rencontré par SUD traduit, dans un contexte de désenchantement politique, les limites du modèle confédéral et la résurgence d'un syndicalisme plus centré sur les pratiques et identités professionnelles. Il séduit également le néogauchisme.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage diffusé au cours du journal télévisé de France 3 souligne l'émergence du syndicat SUD et insiste sur son caractère novateur dans le paysage syndical français. Des images d'archives rappellent, l'histoire de la création de SUD de l'affaire des camions jaunes en 1988 et sa médiatisation au cours des mouvements sociaux de 1995. Tous les témoignages de délégués syndicaux sont par ailleurs très critiques vis-à-vis des organisations syndicales traditionnelles telles que la CGT, FO ou la CFDT. Ils stigmatisent le non respect des revendications des syndiqués par les confédérations. Ce sentiment de trahison est précisément à l'origine de la création de SUD qui revendique à l'inverse une proximité avec les salariés.

Ce document rappelle enfin la singularité de SUD dans le paysage syndical français. Les images rappellent la présence de SUD lors de tous les grands mouvements sociaux, tandis qu'un gros plan sur une pancarte témoigne du soutien de SUD aux mouvements de défense des Droits de l'Homme. Ce reportage, se révèle ainsi assez complet sur le syndicat SUD. Il ne présente cependant que les opinions de personnes appartenant au syndicat et s'abstient de donner la parole aux autres organisations syndicales ou aux responsables des entreprises.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Parmi les organisations syndicales qui manifesteront demain, le syndicat SUD, Solidaire, Unitaire, Démocratique, un syndicat qui a le vent en poupe dans le public et le privé, depuis un an les sections se multiplient. A l'origine de SUD, l'exclusion de responsables CFDT des PTT de la région Île-de-France. Jean-François Parmentier, Didier Lacharmoise.
Jean-François Parmentier
Rentrée sur tous les fronts et nouvelle tendance sociale à la Fnac Montparnasse. Au sein de cette entreprise qui cultive son image commerciale d'agitateur, la donne syndicale vient de changer radicalement : les trois quarts des élus CFDT ont décidé de créer une section SUD. En trois semaines ils comptent une cinquantaine d'adhérents, soit 10% du personnel.
Gaëlle Créac'h
C'est-à-dire qu'on avait pas de problèmes par rapport aux salariés auprès desquels le message voulait faire passer, contre la flexibilité, pour garder nos deux jours de repos consécutifs etc, tout ça passait très bien, mais par contre quand on regardait, parallèlement à ça, ce que faisait notre confédé, c'est vrai que là il y avait un problème de grand écart, quoi.
Jean-François Parmentier
La médiatisation et le capital sympathie autour de SUD remontent au mouvement de novembre-décembre 95 : traumatisme au sein de la CFDT, absence de [INCOMPRIS] pour la CGT et FO, l'ampleur du mouvement décidé par les seules AG des salariés est plus proche de la philosophie de SUD Poste. Véritable creuset de cette émergence syndicale, un pionnier mis en orbite autour du conflit des camions jaunes de 1988, quand les premières coordinations se sont opposées aux confédérations.
Inconnu
Il y a des organisations syndicales, mais elles n'écoutent pas la base, elles négocient en secret, et on ne les écoute absolument pas.
Inconnu 2
Nous avons été trahis, autant par la CFDT, autant par Force Ouvrière, autant par la CFTC, et on attend une explication claire de la part de la CGT.
Jean-François Parmentier
Pour avoir soutenu la coordination, les responsables CFDT des PTT Île-de-France seront exclus. Aujourd'hui, SUD représente neuf mille adhérents dans ce secteur. Avec 27% des voix à Télécom, elle est la deuxième organisation syndicale. En dénonçant l'institutionnalisation des syndicats classiques, SUD privilégie les réseaux et apporte une assistance au niveau juridique ou de la formation, un maillage interprofessionnel présent avec les organisations de chômeurs, de droit au logement, des sans-papiers ou de la lutte contre le racisme.
Annick Coupe
Le mouvement syndical dans son ensemble a besoin de se régénérer, donc ça passe par des crises. Il y a eu l'éclatement de la FEN avec la création de la FSU, il y a l'émergence du groupe des dix avec l'émergence de SUD, donc tout ça montre qu'à la fois il peut y avoir des crises, mais il y a aussi un peu des éléments de recomposition.
Jean-François Parmentier
Cette recomposition est souvent ressentie comme un danger : la naissance de SUD Rail est assez exemplaire, quatrième syndicat de la SNCF, en neuf mois il se heurte à tous les appareils.
Francis Dianoux
On a franchement eu l'impression qu'on dérangeait, puisque la direction SNCF nous a fait procès sur procès, on a dû dépasser les cent trente procès contre nous, et que les fédérations syndicales, en tout cas la majorité d'entre elles, nous ont aussi combattus, y compris par des aspects juridiques, enfin par des procès, ce que nous regrettons par ailleurs.
Jean-François Parmentier
Au nom de ces trois mots : solidaire, unitaire et démocratique, tous les militants préparent la journée du 17 octobre. Un cap au SUD qui n'a pas fini de jeter un froid chez les syndicats voisins.