La FNSEA, principal syndicat agricole

04 avril 2001
02m 45s
Réf. 01883

Notice

Résumé :

La FNSEA demeure le principal syndicat agricole français. Son hégémonie est pourtant contestée par le gouvernement socialiste, et par les militants des syndicats minoritaires, dont la Confédération paysanne.

Date de diffusion :
04 avril 2001
Source :

Contexte historique

En 2001, la Fédération Nationale des Syndicats et Exploitants Agricoles (FNSEA), constitue le principal syndicat agricole, malgré l'émergence de mouvements contestataires. Le syndicalisme agricole reste très longtemps divisé, eu égard à la diversité du monde agricole en France. Le premier syndicat des agriculteurs du Loir-et-Cher naît en 1883. La loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 est très largement utilisée pour créer des syndicats agricoles.

La FNSEA est créée le 13 mars 1946: c'est l'une des 7 branches de la Confédération Générale de l'Agriculture. Une lutte acharnée oppose la CGA et la FNSEA, et à partir de 1948, la CGA n'a plus de pouvoir. Les lois Debré-Pisani de 1960-1962 élaborent une politique agricole de modernisation. L'Etat met en place un système de représentation du monde agricole auprès des pouvoirs publics: le système des "4 grands" qui réunit 2 fédérations syndicales, la FNSEA et le Cercle National des Jeunes Agriculteurs, une confédération d'organisations économiques mutualistes, la CNMCCA (confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricoles) et un établissement public, l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture (APCA). En 1966 est constitué le Conseil de l'agriculture française, présidé par la FNSEA et coordonnant ces "4 grands" en vue de la négociation avec les pouvoirs publics et de l'instauration d'une cogestion Etat-professions de la politique agricole. A de très nombreuses reprises l'unité syndicale est battue en brèche.

Dès leur arrivée au pouvoir, les socialistes tentent de distendre les liens unissant traditionnellement la FNSEA à la droite. A cet égard, ils s'efforcent de favoriser la pluralité du syndicalisme agricole. Le 3 avril 2001, Luc Guyau, à la tête de la FNSEA depuis 1992, est élu à la présidence de l'APCA. Cette élection met une nouvelle fois en exergue le poids de la FNSEA dans la politique agricole française. Le syndicat a reçu 53,7% des suffrages aux élections de 2001 aux chambres d'agriculture. La Confédération paysanne, qui reçoit 26,4% des suffrages et la Coordination rurale (12,4%) s'attachent à proposer une alternative à l'hégémonie de la FNSEA, et critiquent l'intimité des liens entre la FNSEA et le Ministère de l'Agriculture.

Le syndicalisme agricole doit par ailleurs trouver les ressources nécessaires pour traverser la crise du monde agricole, fragilisé par les affaires de la vache folle, de la fièvre aphteuse. Le productivisme agricole, dont la FNSEA est jugée responsable, est vivement critiqué, tandis que le débat sur les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) est vif. De manière plus générale, l'émergence du pluralisme syndical, malgré ses limites institutionnelles, permet d'entamer une réflexion sur le rôle et la place des agriculteurs dans la société.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage est diffusé à l'occasion du congrès national de la FNSEA en 2001, au cours duquel Luc Guyot démissionne. Il s'attache à souligner l'hégémonie de la FNSEA dans le syndicalisme agricole, ainsi que ses liens avec le monde politique. L'expression utilisée par la chercheuse du CNRS est très révélatrice : le président de la FNSEA serait un "vice ministre de l'agriculture". L'alternance de plans tournés lors du Congrès national de la FNSEA, dans des institutions étatiques comme la Chambre de l'Agriculture, mettent en lumière l'interpénétration des travaux du syndicat avec ceux du ministère de l'agriculture.

Le document s'efforce de présenter une vision équilibrée de la question en donnant tout d'abord la parole aux opposants de la FNSEA, aux membres de la Confédération paysanne, puis au vice-président de la FNSEA. Néanmoins, en insistant sur les critiques pesant sur la FNSEA et sur la nécessité des réformes, il souligne l'existence d'un malaise propre à la gestion du syndicat majoritaire. Par ailleurs, les images de paysages ruraux français rappellent la place souvent négligée des agriculteurs dans la société française.Toutefois, ce document atténue l'importance des divergences opposant le ministre de l'agriculture socialiste Jean Glavany et le président de la FNSEA Luc Guyau. Fait rarissime, le ministre, copieusement sifflé lors du précédent congrès, n'honore pas le congrès des Sables d'Olonne de sa présence.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Aux Sables d'Olonne, en Vendée, se tient depuis hier le cinquante-cinquième congrès national de la FNSEA. Luc Guyau, le Président de ce syndicat, va bientôt quitter ses fonctions. Il a fait adopter un rapport sur l'agriculture raisonnée et lancé un appel en faveur d'un front syndical commun, y compris avec la Confédération paysanne de José Bové. Longtemps, la FNSEA a été un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, ce matin le Ministre Jean Glavany soulignait qu'il n'était pas question de co-gestion avec les FNSEA, mais que le dialogue devrait rester permanent avec ce syndicat dont le poids reste très important. Reportage Christophe Neidhardt, [Eric Nési, Cyril Baquet et Marine Mainson].
Christophe Neidhardt
Ils se considèrent comme des résistants : ces militants de la Confédération paysanne luttent au jour le jour contre l'hégémonie de la FNSEA, car le syndicat de José Bové a du mal à se faire entendre dans les chambres d'agriculture, un organisme public, mais de développement théoriquement au service de tous les agriculteurs.
Inconnu
Il y a une confusion chez les paysans entre la chambre d'agriculture et le syndicalisme. Pour eux, c'est la même chose, c'est les même gens, c'est les mêmes lieux... Par exemple nous, on a pas, on a pas le droit d'avoir un local à la chambre d'agriculture, on l'a demandé plusieurs fois, on l'a jamais accepté, on nous répond même pas.
Christophe Neidhardt
La FNSEA est partout : aujourd'hui, sur quatre-vingt quatorze chambres d'agriculture, seules quatre lui échappent. A la clé, la gestion d'un budget de 3,5 milliards de francs. La FNSEA a des représentants dans chaque coopérative, chaque canton et département. Grâce à cette omniprésence, elle a su s'imposer auprès du monde politique.
Isabelle Boussard
Jusqu'en 81 elle a été parfaitement hégémonique, elle était le seul vrai interlocuteur des pouvoirs publics, et en particulier on disait jusque là que le Président de la FNSEA était une sorte de vice-ministre de l'Agriculture.
Christophe Neidhardt
En arrivant au pouvoir, la gauche a voulu briser cette position de force. Elle a d'abord favorisé l'émergence de nouveaux syndicats agricoles, elle a aussi pris ses distances avec la FNSEA : finies les réunions mensuelles au Ministère, finie la cogestion. Un coup dur pour le syndicat qui revendique sa place dominante dans le monde agricole.
Jean Salmon
Quand on est déjà une catégorie sociale relativement peu nombreuse, on est aujourd'hui, grosso modo, cinq, six cent mille agriculteurs, si vous divisez ces gens-là en, en trois, quatre catégories, la division ne peut aboutir qu'à l'affaiblissement. Vous savez, le règle diviser pour régner, ça, c'est une vieille règle, elle s'applique encore au vingt-et-unième siècle.
Christophe Neidhardt
Aujourd'hui, la FNSEA se cherche, les consommateurs, l'opinion publique remettent en cause l'agriculture intensive qu'elle incarne. Quel que soit le successeur de Luc Guyau, il aura la lourde charge de réformer le syndicat.