L'état du syndicalisme en France au début des années 2000

11 juin 2001
01m 17s
Réf. 01884

Notice

Résumé :

Le taux de syndicalisation en France a connu une forte chute depuis les années 1970. Le nombre d'adhérents revendiqués par les grands syndicats apparaît différent du nombre réel de syndiqués.

Type de média :
Date de diffusion :
11 juin 2001
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Contexte historique

Le taux de syndicalisation n'a cessé de chuter en France depuis le milieu des années 1970, au point que l'on parle de désyndicalisation. La France est aujourd'hui l'un des pays industrialisés qui compte le moins de syndiqués : seulement 8% des salariés adhèrent à un syndicat en 2004 d'après l'Insee, alors qu'ils étaient 22,8% en 1975. La chute des effectifs syndiqués s'est surtout produite dans la deuxième moitié des années 1970 et dans les années 1980, affectant l'ensemble des branches et des organisations syndicales. A la fin de la décennie 1980, le taux de syndicalisation est pour la première fois passé sous la barre des 10%. Au cours des années 1990 et de la première moitié des années 2000, les organisations syndicales ont globalement stabilisé leurs effectifs, estimés, tous syndicats confondus, à 1,8 millions d'adhérents en 2004.

Les raisons de la chute du taux de syndicalisation apparaissent complexes. Outre le fait que la France n'a jamais été un pays de syndicalisme de masse comme l'Allemagne ou la Grande-Bretagne, il est incontestable que les syndicats ont été affaiblis par la crise économique et la montée du chômage. Aujourd'hui les syndicats sont essentiellement implantés dans la fonction publique : environ 15% des salariés du public sont affiliés à un syndicat, soit trois fois plus que dans le secteur privé. Leur présence la plus forte se situe dans les secteurs de l'énergie, de la santé, de l'éducation et dans les entreprises publiques de transports en commun, comme la SNCF et la RATP.

En revanche, dans des branches entières du secteur privé, telles que le BTP et le commerce, et dans de nombreuses PME, les syndicats font défaut. Concernant l'audience des grandes centrales syndicales, la CGT est arrivée en tête des élections prud'hommales de 2002, avec 32,1% des voix, devant la CFDT (25,2%) et FO (18,3%). En revanche, par le nombre d'adhérents, c'est la CFDT qui, en dépit des défections rencontrées à la suite de la crise des retraites en 2003, est devenue le premier syndicat de France avec 806 829 adhérents revendiqués en 2005 - dont 61% dans le secteur privé. La CGT compte, elle, quelque 711 000 adhérents.

Le principal problème qui se pose dorénavant au syndicalisme français est celui du vieillissement de ses effectifs et de ses cadres. Les syndicats sont en effet peu représentés parmi les jeunes salariés : par exemple à la CFDT seuls 4,1% des adhérents ont moins de 30 ans, alors que les plus de 50 ans représentent un tiers des effectifs.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé le 11 juin 2001 lors de l'émission "Futur antérieur", magazine mensuel d'actualité proposé par la rédaction de France 2 en troisième partie de soirée. Présentant un rapide état du syndicalisme en France, il vise à introduire la discussion entre les différentes personnalités invitées sur le plateau de l'émission. Il se contente ainsi de livrer une série de statistiques récentes sur le taux de syndicalisation et le nombre d'adhérents des grandes organisations syndicales. Il propose, de manière assez traditionnelle, une alternance d'images d'illustration et d'infographies.

Le sujet fait d'abord se succéder des images d'archives d'un défilé syndical lors d'un 1er mai à la fin des années 1960, puis celles du cortège récent du 1er mai 2001. Le but de ce montage est évident : offrir un rapprochement éloquent qui reflète la chute des effectifs syndiqués. On passe en effet de plans d'une foule importante de militants à d'autres qui présentent des rangs très clairsemés. Les images de différentes manifestations récentes des syndicats CGT, CFDT et SUD ont, elles, pour unique objet d'illustrer le commentaire de la journaliste sur le nombre des adhérents par organisation. Enfin, de manière tout à fait habituelle pour ce genre de reportage, deux graphiques sont insérés. Ils cherchent à mieux mettre en valeur les principales données évoquées par le commentaire. A cet égard, la forme de la courbe de l'évolution du taux de syndicalisme en France, en nette chute, apparaît très parlante. L'histogramme, qui révèle l'écart entre le nombre d'adhérents revendiqués par chaque syndicat - les trois principaux syndicats, CGT, CFDT et FO sont représentés ainsi que le récent SUD - et le nombre réel, est lui aussi très éloquent: il montre notamment qu'un fossé sépare le million d'adhérents revendiqués par FO et les 370 000 officiels, et que seul SUD annonce un nombre conforme à la réalité.

Christophe Gracieux

Transcription

Inconnu
On va parler de ce thème-là, c'est un thème important, je crois, on va en parler un peu plus tard mais d'abord je voudrais qu'avant de poursuivre la conversation on fasse un rapide état de la situation du syndicalisme en France, Marie-Pierre [Samitier].
Journaliste
1er mai, fin des années soixante, des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. On est bien loin des défilés d'aujourd'hui qui s'effilochent. 1er mai 2001, le défilé traditionnel comptait seulement vingt mille personnes selon les organisateurs, douze mille selon la police. Les chiffres confirment la perte de vitesse des syndicats. Le taux de syndicalisation, ces dernières années, opère une chute vertigineuse, passant de 22,8% en 1975 à 12% en 1990 et 9,1% en 1995. Car aujourd'hui en France, seulement 9% des salariés sont syndiqués contre 33% en Grande-Bretagne. Pour cacher cette misère, les syndicats cumulent les chiffres des actifs et des retraités. La CGT revendique sept cent mille adhérents mais en compte en réalité, selon le Ministère du Travail, six cent trente mille. La CFDT revendique huit cent huit mille adhérents, mais cinq cent quinze mille en réalité. Force Ouvrière annonce un million d'adhérents, mais trois cent soixante-dix mille adhérents réels. Sud revendique soixante-dix mille membres, ce qui correspond quasi à la réalité.