La crise de la CFDT à l'issue du soutien apporté à la réforme des retraites en 2003

06 novembre 2003
02m 13s
Réf. 01886

Notice

Résumé :

Le 6 novembre 2003, l'Union fédérale des cheminots CFDT vote à une très faible majorité le départ de la Confédération. La crise interne de la CFDT est due à l'adoption de la réforme des retraites par son secrétaire général François Chérèque.

Date de diffusion :
06 novembre 2003
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Contexte historique

Lorsque Nicole Notat décide de quitter le secrétariat général de la CFDT en 2002, elle a déjà trouvé son successeur en la personne de François Chérèque. Ce dernier est élu lors du 45e congrès de la CFDT, tenu à Nantes du 27 au 31 mai 2002. Educateur spécialisé, ancien secrétaire général de la fédération santé-sociaux, il est le fils de Jacques Chérèque, ancien dirigeant de la CFDT sous Edmond Maire et secrétaire d'Etat dans le gouvernement Rocard.

Le 15 mai 2003, François Chérèque accepte un compromis avec le gouvernement Raffarin sur la réforme des retraites des fonctionnaires : les salariés ayant commencé à travailler très jeunes peuvent partir avant l'âge de soixante ans, mais les fonctionnaires devront désormais aligner leur durée de cotisation sur celle du privé, soit quarante ans au lieu de trente-sept ans et demi. François Chérèque brise ainsi l'unité syndicale qui prévalait sur ce sujet. Deux jours avant la signature du compromis, par exemple, 1 à 2 millions de salariés des secteurs privés et publics manifestent en France à l'appel de l'ensemble des syndicats. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, parle de "trahison".

Surtout, la CFDT connaît alors sa crise interne la plus importante depuis sa création en 1964. Plusieurs de ses organisations font part de leur opposition à la réforme approuvée par Chérèque, et certaines fédérations enregistrent une vague de départs. Ce sont celles des transports et des fonctionnaires territoriaux qui subissent la plus forte hémorragie. L'Union fédérale des cheminots CFDT, forte de 11 000 membres, vote par exemple à une très faible majorité (50,16% des voix) le départ de la Confédération, lors d'une assemblée générale le 6 novembre 2003. L'union départementale du Puy-de-Dôme décide quant à elle de se dissoudre. Officiellement, 30 000 opposants à la ligne de François Chérèque quittent l'organisation. Malgré ces défections, la CFDT, qui a obtenu 25,2% des voix aux élections prud'hommales de décembre 2002 - contre 32,1% pour la CGT et 18,5% pour FO - affiche 806 829 adhérents en 2005, dont 61% dans le secteur privé, et se revendique comme le premier syndicat de France.

En outre, l'unité syndicale se ressoude notamment à l'occasion de la mobilisation en mars-avril 2006 contre le contrat nouvelle embauche (CPE) proposé par le gouvernement Villepin. Ce front syndical de nouveau uni a favorisé le retrait du CPE. Enfin, malgré les graves soubresauts traversés en 2003, François Chérèque est réélu lors du 46e congrès de la CFDT, qui a lieu à Grenoble du 12 au 16 juin 2006, avec une très large majorité de plus de 91% des voix.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Rendant compte de l'assemblée générale de l'Union fédérale des cheminots CFDT qui s'est tenue le jour même, et qui a voté le départ de la confédération, ce sujet en profite pour évoquer plus largement la crise traversée par la CFDT. Il propose en premier lieu des images de la réunion des cheminots. Puis d'autres retracent les origines et le déroulement du divorce au sein de la CFDT à partir de la signature par François Chérèque de la réforme des retraites en mai 2003. La date précise de l'événement est du reste insérée sur l'écran, dans un but pédagogique.

Ce reportage met en valeur l'ampleur de la fracture et des tensions qui agitent la CFDT. C'est d'abord le commentaire qui l'évoque en recourant abondamment au vocabulaire de la séparation: "rupture", "fracture", "divorce" ou "déchirement". L'étendue des dissensions apparaît aussi nettement dans les propos des militants interrogés. Plusieurs images illustrent la violence verbale, voire physique, qui oppose alors de nombreux membres de la CFDT. Un cheminot apostrophe ainsi ceux qui ont voté pour le départ de la Confédération en les qualifiant de "voleurs". De même, un autre adhérent se voit refuser l'accès à un local par des membres qui ont voté la scission avec la CFDT.

Le plus remarquable cependant dans ce sujet reste cependant les attaques portées contre François Chérèque. Le reportage personnalise en effet le conflit et s'attache à placer au premier plan le secrétaire général de la CFDT: ce dernier est montré à la table des négociations de la réforme des retraites, il est ensuite pris pour cible par des manifestants à travers slogans et banderoles, et enfin il s'exprime lui-même sur la crise traversée par son organisation.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Le divorce s'accentue à la CFDT, le divorce ou plutôt la fracture, aujourd'hui c'est l'Union des cheminots qui a décidé d'annoncer son départ de la Confédération, un geste important car cela représente onze mille adhérents, mais François Chérèque affirme toujours qu'il n'est pas inquiet, malgré l'importance de l'hémorragie. Anne-Charline Lambard, Eric Jeannet.
Inconnu
Vous êtes des voleurs, et je discute pas avec des voleurs.
Anne-Charline Lambard
La CFDT cheminots n'existe plus depuis une minute. Les militants se déchirent, l'organisation vient d'être dissoute, ils se disputent les restes du syndicat, la guerre est ouverte.
Inconnue
Non, c'est eux les voleurs, parce qu'ils se servent de nos cotisations, et en fin de compte ils nous écoutent pas quand on est dans la rue, donc on sert à rien, on sert juste à payer quelques, quelqu'un, donc nous on arrête de payer, c'est tout.
Inconnu 2
Il est impossible de pouvoir se parler, d'avoir un dialogue, on ne peut que rentrer dans une logique d'invectives, donc effectivement aujourd'hui c'est un déchirement et c'est très dur.
Anne-Charline Lambard
Le divorce couvait depuis le 15 mai dernier, depuis que François Chérèque a apposé sa signature au bas du dossier des retraites. Aujourd'hui, la séparation est officielle, les cheminots ont voté le départ à une faible majorité.
Inconnu 2
Moi je suis arrivé à dire : Chérèque, Medef, même combat, de le rester.
Anne-Charline Lambard
En cinq mois, les rancours ne se sont pas apaisées, seules les menaces de départ se sont précisées. Dans les collectivités locales, la santé, les transports, des cartes ont été déchirées, les compagnons de lutte d'hier deviennent frères ennemis. Le chiffre de cent mille départs, 15% des adhérents, est même avancé, certains partiraient à la CGT.
François Chérèque
On sait que six à huit mille militants ou nous ont quittés ou vont nous quitter, on n'est pas neutres par rapport à cette démarche-là. On sait aussi que des milliers de nouveaux adhérents nous rejoignent, mais le débat dans la CFDT bien continuera comme avant et la CFDT continuera à se renforcer.
Anne-Charline Lambard
Lorsqu'il a pris la tête du syndicat en 2002, François Chérèque pensait dépasser le million d'adhérents. C'était sans compter avec l'hémorragie de ses troupes, cette année.