La défense du service public, un impératif syndical

27 mai 2004
02m 11s
Réf. 01887

Notice

Résumé :

Le projet d'ouverture du capital des entreprises d'EDF-GDF suscite un vaste mouvement contestataire motivé par la défense du service public. Il met également en valeur l'importance du syndicalisme dans le secteur public.

Date de diffusion :
27 mai 2004
Lieux :

Contexte historique

Clef de voûte de la conception française de l'Etat, le service public est à la fois une doctrine juridique et une réalité économique et sociale, une théorie et un fait. La théorie est élaborée à la fin du XIXe siècle par l'Ecole du service public, dont le chef de file est Léon Duguit. L'Etat doit participer activement à la solidarité sociale en assumant ou en contrôlant les activités d'intérêt général indispensables à la vie collective.

En pratique, les services publics sont indissociables de l'Etat providence. Ils connaissent un grand développement sous le Front Populaire et à la Libération. Les premières remises en cause du service public apparaissent à la fin des années 1960, avec le rapport Nora, et se développent fortement dans les années 1980, sous l'influence du libéralisme triomphant. L'Etat est accusé de ne pas satisfaire les besoins des usagers et d'être un piètre gestionnaire. La concurrence, encouragée par l'Union Européenne, favorise la remise en cause des services publics.

Le projet d'ouverture du capital des entreprises EDF-GDF, entériné par le gouvernement le 19 mai 2004, suscite de vives inquiétudes des agents de ces deux entreprises, qui craignent le changement de leur statut. Ces salariés souhaitent avant tout défendre le service public qu'ils considèrent menacé par le projet, même si juridiquement le service public n'implique pas la propriété publique. Les 40 à 50 000 salariés d'EDF-GDF qui manifestent le 27 mai 2004 sont soutenus dans leur lutte par d'autres salariés d'entreprises publiques, comme ceux de la société des Aéroports de Paris ou de la SNCF, et quelques élus locaux. Cette solidarité témoigne de leur attachement au service public, mais également de l'importance de la syndicalisation dans le secteur public. En effet, alors que ce dernier ne représente que 29% de l'ensemble du salariat, il regroupe 50% des syndiqués CFDT, 65% de ceux de la CGT et 74% de ceux de Force Ouvrière.

Cette disproportion explique le développement de la théorie de la grève par procuration depuis les mouvements sociaux de l'automne 1995. Les employés du secteur public entendent représenter l'ensemble des salariés dans leurs luttes sociales, surtout dans le cas de la défense du service public.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage consacré aux manifestations organisées par les salariés d'EDF-GDF le 27 mai 2004, souligne l'ampleur et la détermination du mouvement de défense du service public.Ce document insiste tout d'abord sur l'importance de la manifestation qu'il qualifie de "marée humaine". Il souligne le caractère unitaire du mouvement, grâce à des gros plans sur les chapeaux ou les drapeaux des manifestants portant les couleurs de leurs syndicats (CFTC, CGT, FO...).

Par ailleurs, il relaie la volonté des syndicats de promouvoir la négociation, face à un Gouvernement qui a annoncé sa résolution. La détermination affichée lors de cette journée n'empêche cependant pas le gouvernement de mener à bien l'ouverture du capital des deux entreprises.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Le bras de fer est engagé entre les salariés d'EDF-GDF et le gouvernement, les syndicats s'opposent au changement de statut et dénoncent un premier pas vers la privatisation. Ils étaient entre quarante et quatre-vingt mille aujourd'hui dans les rues de Paris pour défendre une certaine idée du service public. Karine Azzopardi, Sylvain Daubin.
Karine Azzopardi
Une marée humaine place des Invalides et des couvre-chefs de toutes les couleurs syndicales. Il est dix-huit heures, la grande manifestation unitaire se termine. Un peu plus tôt les rues parisiennes se sont teintées de bleu et rouge aux couleurs de la CGT, de cinquante à quatre-vingt mille personnes selon les sources.
Jean-Claude Mailly
Non, c'est pas un baroud d'honneur en ce sens où le Ministre peut dire que c'est pas négociable, tant que c'est pas fait tout est négociable.
Bernard Thibault
C'est pas la première fois qu'un gouvernement nous dit sur un certain nombre de sujets : il y a rien de négociable et puis après les évènements font qu'on peut rediscuter.
Karine Azzopardi
Malgré les dernières assurances du gouvernement, tous croient dur comme fer que l'ouverture prévue du capital mènera tôt ou tard à la privatisation d'EDF. Et tous refusent catégoriquement cette logique.
Inconnu
Nous ne comprenons pas très bien comment on peut nous assurer qu'il y a une compatibilité entre des actionnaires privés qui rentrent dans notre capital et puis des contraintes de service public.
Inconnue
Je pense qu'il faut qu'on continue à dire qu'on n'est pas d'accords avec ce projet, pourquoi on est pas d'accords, on a, on a des propositions différentes, qu'on en discute, quoi.
Karine Azzopardi
Quelques salariés d'Aéroports de Paris, de la Snecma et des cheminots sont venus en délégation pour soutenir les manifestants, loin des espérances des syndicats qui comptaient sur une mobilisation beaucoup plus large. Quelques élus locaux aussi sont présents.
Gilles Pollastro
On est solidaires, de toute façon du service public en général, ce qui veut pas dire pou ça qu'on est contre toute modernisation, il y a certainement une modernisation à voir, mais celle-ci c'est pas une modernisation c'est une régression.
Karine Azzopardi
D'ores et déjà, les syndicats annoncent une nouvelle mobilisation, cette fois à l'échelle des départements, pour le 15 juin, date à laquelle le projet de loi gouvernemental sera examiné par l'Assemblée nationale.

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