Blum précise les orientations de la politique du gouvernement de Front populaire

10 mai 1936
01m 12s
Réf. 02005

Notice

Résumé :

Lors du Conseil national tenu par la SFIO au lendemain de la victoire aux élections législatives de mai 1936, Léon Blum précise les conditions que devra remplir la politique du futur gouvernement de Front populaire.

Type de média :
Date de diffusion :
10 mai 1936
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Contexte historique

La victoire des forces de gauche aux élections législatives de mai 1936 permet au parti socialiste d'être pour la première fois en France le parti majoritaire à la Chambre des députés (149 sièges). Dès le lendemain des résultats, Léon Blum décide de sortir une édition spéciale du Populaire. Constatant que la SFIO est le groupe le plus nombreux de la Chambre et constitue l'axe du Front populaire entre communistes et radicaux, Blum revendique le pouvoir au nom de son parti : "nous tenons à déclarer sans perdre une heure que nous sommes prêts à remplir le rôle qui nous appartient, c'est-à-dire à constituer et diriger le gouvernement de Front populaire". Cette rapidité à revendiquer le pouvoir de la part de Léon Blum relève en fait d'une double explication. Il s'agit de couper court à la volonté éventuelle du président de la République, Albert Lebrun, de nommer quelqu'un d'autre que lui (un membre du parti radical notamment). Mais il convient également en interne d'exercer une pression sur l'appareil politique de la SFIO et de mettre les socialistes face à leurs responsabilités. Jusqu'alors, la ligne officielle du parti avait en effet toujours été de refuser de participer au pouvoir, pour des raisons idéologiques (en 1924, lors du Cartel des Gauches, la SFIO soutenait le gouvernement Herriot sans participation).

Au lendemain de la victoire de mai 1936, les socialistes ne partagent pas tous le même point de vue sur la stratégie à adopter. Certains irréductibles (néo-guesdistes et membres de la "Bataille socialiste") continuent à considérer toute participation au pouvoir comme une trahison et refusent de gérer la société bourgeoise. D'autres pensent que l'occasion est unique pour la mise en pratique de l'idéologie socialiste. "Tout est possible" écrira par exemple dans le Populaire le leader de la tendance révolutionnaire de la SFIO (la "Gauche socialiste"), Marceau Pivert, invitant le futur gouvernement à adopter des mesures révolutionnaires. Léon Blum de son côté, s'il se montre favorable à la constitution d'un gouvernement dirigé par les socialistes, souhaite inscrire sa politique dans un cadre légaliste (distinction entre "l'exercice du pouvoir" et la "conquête du pouvoir"). Cette position, Léon Blum la défend le 10 mai 1936, lors du Conseil national de la SFIO, dont l'accord et le soutien lui sont nécessaires pour prendre la direction du gouvernement. Dès le début du Conseil national, tous les dirigeants de l'appareil du parti se rallient à la position défendue par Blum.

Lorsque dans l'après-midi du 10 mai, le futur président du Conseil pénètre dans la salle, celle-ci croule sous les ovations et tous les délégués reprennent en choeur le chant de l'Internationale. Son très long discours passe en revue l'ensemble des problèmes que devra affronter le futur gouvernement : celui de la composition politique du ministère (nécessité d'y associer les radicaux), celui du programme à mettre en oeuvre, celui des prévisibles difficultés financières liées aux sorties d'or et de capitaux, celui du nécessaire respect de la légalité (notamment concernant le délai d'attente nécessaire à la prise du pouvoir), les mesures immédiates qui devront être adoptées afin de susciter l'espoir dans le pays et la confiance des Français (notamment des catégories ouvrières) dans le nouveau gouvernement. A l'issue du Conseil national, c'est à l'unanimité des votants (phénomène rarissime au sein des instances socialistes) que Léon Blum obtient le mandat de gouverner dans le cadre du programme fixé par la majorité de Front populaire.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Ce discours de Léon Blum prononcé le 10 mai 1936 devant le Conseil national du parti socialiste se place à un moment crucial, entre la victoire aux élections législatives (3 mai 1936) et la formation du nouveau gouvernement de Front populaire (3 juin 1936), alors que les premières grèves se développent. Fixant le cadre de ce que devra être la politique du futur gouvernement et précisant que cette politique s'inscrira dans un cadre légaliste, Blum doit convaincre un auditoire divisé entre une tendance révolutionnaire, souhaitant transformer l'exercice en conquête du pouvoir et permettre l'institution du socialisme, et une tendance plus modérée se contentant de la stricte application du programme commun de Front populaire.

Le discours de Blum n'est donc pas qu'une déclaration de politique générale, il lui faut également convaincre une partie de son propre camp du bien fondé de sa stratégie, la seule viable à ses yeux. Le discours se veut ainsi à la fois pédagogique mais évolue également parfois vers un véritable discours de combat.Dans l'extrait proposé, Blum fixe également la ligne qui doit guider le futur gouvernement afin de permettre la réussite de sa politique : la nécessité de créer un climat de confiance dans une France profondément divisée par les récentes luttes politiques et électorales et où certains milieux apparaissaient particulièrement inquiets de la victoire socialiste.

C'est en créant la confiance la plus large possible autour de son action que le Front populaire doit éviter notamment l'écueil qui avait entraîné l'échec et la chute du Cartel des gauches dirigé par le radical Herriot en 1924 (le soutien apporté par les socialistes au gouvernement avait entraîné de nombreuses craintes dans les milieux possédants, le gouvernement Herriot se heurtant au fameux "mur d'argent"). Mais la priorité du moment consiste d'abord à encourager la confiance des classes populaires dans le futur gouvernement afin de mettre un terme au mouvement de grèves en plein essor, de favoriser le redémarrage économique, et de rassurer une opinion inquiète devant le climat de contestation se développant dans le monde ouvrier.

Fabrice Grenard

Transcription

Léon Blum
Le succès de notre entreprise, il suppose - je vais me servir d'un mot que vous avez beaucoup entendu dans un autre sens - il suppose la confiance, mais la vraie, non pas la confiance mercenaire, la confiance sous condition de telle ou telle catégorie de possédant, mais la confiance du pays en lui-même. Et, après tout, ce beau mot de confiance, nous avons le droit de nous en emparer, et je crois que j'aurais assez bien résumé l'ensemble de nos vues en disant que nous voulons tout à la fois ranimer la confiance de l'Europe pacifique en elle-même, et ramener la confiance de la France laborieuse en elle-même !

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