L'échec du putsch de la Brasserie (9 novembre 1923) fomenté par Hitler à Munich

09 novembre 1936
1m 37s
Réf. 02007

Notice

Résumé :

Le 9 novembre 1923, Hitler tentait de s'emparer du pouvoir à la faveur d'un putsch organisé à Munich. La réaction des forces de police fit plusieurs morts parmi ses partisans. Treize ans après, en novembre 1936, a lieu une cérémonie de commémoration.

Type de média :
Date de diffusion :
09 novembre 1936
Date d'événement :
09 novembre 1923
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Contexte historique

L'échec du putsch de la Brasserie (1923) constitue une date importante dans l'histoire du parti national-socialiste allemand et dans la trajectoire de son chef, Adolf Hitler. L'Allemagne connaît une crise politique, sociale et économique très importante au début des années vingt. Née dans la défaite, le nouveau régime, la République de Weimar, apparaît particulièrement contesté, notamment de la part de ceux qui lui reprochent d'avoir accepté le "diktat" de Versailles et d'être à l'origine de tous les malheurs de l'Allemagne. Sur le plan économique, le pays apparaît particulièrement affaibli par quatre années de guerre et surtout par les conditions drastiques imposées par les vainqueurs lors des traités de paix. L'Allemagne se voit privée de territoires qui constituaient pour elle une richesse essentielle, notamment sur le plan industriel (Alsace-Lorraine ; bassin houillier sarrois, régions houillières et sidérurgiques de Silésie...). Rendue responsable du premier conflit mondial lors du traité de Versailles, l'Allemagne doit en outre payer des réparations aux alliés, dont le montant est fixé à 132 milliards de marks-or en 1921 lors de la Conférence de Londres.

Entre 1921 et 1923, l'Allemagne s'enfonce dans une crise financière profonde (le mark connaît une chute catastrophique, se dépréciant de plusieurs milliards), aux répercussions sociales très graves (progression du chômage, baisse considérable du pouvoir d'achat, notamment pour les classes moyennes et les catégories les plus modestes). Cette situation de crise profite aux partis d'extrême-droite, particulièrement virulents contre la République de Weimar, et dont l'audience sociale s'élargit considérablement.

Parmi ces partis, le NSDAP (parti national-socialiste allemand) fondé en 1919, connaît des succès importants, passant du simple groupuscule au stade de parti organisé, grâce notamment à Adolf Hitler qui en devient le chef en 1921 et le dote de structures importantes (notamment d'une organisation paramilitaire, les SA) d'un emblème (la croix gammée) et d'un programme en 25 points destiné à restaurer la grandeur d'une Allemagne débarassée des Juifs, communistes et socialistes. En 1923, alors que la crise connaît son paroxysme en Allemagne, du fait notamment de l'occupation de la Rhur, Hitler pense la situation mûre pour l'organisation d'un coup d'Etat dans l'Etat de Bavière, devant constituer une première étape dans l'assaut des forces nationalistes contre le régime de Weimar. A la tête du Kampfbund (ligue rassemblant l'ensemble des formations d'extrême-droite) depuis septembre 1923, bénéficiant de soutiens importants dans l'armée (le général Ludendorff), Hitler s'inspire de la marche sur Rome de Mussolini (1922) pour tenter de renverser le gouvernement bavarois du monarchiste von Kahr, trop attentiste à ses yeux, et organiser ensuite depuis Munich une marche sur Berlin afin de chasser le gouvernement "rouge" de Streseman, au sein duquel figurent plusieurs ministres socialistes.

Le 8 novembre 1923 au matin, Hitler et ses partisans envahissent une brasserie de Munich (la Bürgerbräukeller) dans laquelle le chef du gouvernement bavarois von Kahr tient un meeting : Hitler devait contraindre von Kahr à le nommer à la tête d'un nouveau gouvernement tandis que Ludendorff serait investi du commandement des troupes chargées de marcher sur Berlin et d'établir une dictature nationale. La réaction très rapide du gouvernement fédéral et le légalisme de l'armée (le général von Seeckt, commandant en chef de la Reichswehr fut investi des pleins pouvoirs), provoquent l'échec du putsch : ayant pu quitter la brasserie, von Kahr se ravise et renie le putsch, mobilisant l'armée et la police bavaroise : le 9 novembre au matin, Hitler tente de mobiliser ses troupes et de les faire défiler dans la rue pour faire plier von Kahr. Mais les 2000 partisans de Hitler se heurtent dans les rues de Munich à des forces de police importantes : une fusillade éclate, faisant 14 morts parmi les putschistes et 4 morts parmi les policiers. Hitler et Ludendorff sont arrêtés. Le premier sera condamné à cinq ans d'emprisonnement à la forteresse de Landsberg (c'est au cours de cet emprisonnement, finalement ramené à un an, qu'Hitler écrira Mein Kampf ), le second sera acquitté.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage ne montre pas directement les événements de novembre 1923. Il s'agit de la commémoration de l'événement treize ans après, en novembre 1936, alors qu'Hitler est au pouvoir depuis trois ans, prenant ainsi une revanche éclatante après l'échec assez lamentable de sa tentative de 1923. Le reportage démontre bien en tout cas dans quelles mesures le putsch de 1923 constitua un acte fondateur dans l'ascension d'Hitler et de son mouvement : les victimes de la fusillade apparaissent ainsi comme les premiers martyrs du nazisme, un mausolée leur étant spécialement consacré.

Chaque année, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le parti nazi commémora, souvent en grande pompe, l'échec du putsch de la brasserie. Cette cérémonie anniversaire constituait à la fois un moyen de glorifier le parti nazi, de souligner la fidélité de ses principaux membres depuis les débuts du mouvement et de rendre hommage au courage et à la persévérance de son chef, Hitler.

Fabrice Grenard

Transcription

AVERTISSEMENT
Journaliste
Le 9 novembre 1923, Hitler et ses partisans tentaient à Munich un coup d'état contre le gouvernement bavarois. Tombées sous les mitrailleuses de la police, les victimes du putsch sont maintenant glorifiées dans toute l'Allemagne.