Le nouveau chancelier allemand Hitler présente son gouvernement à Berlin

30 janvier 1933
02m 06s
Réf. 02008

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Résumé :

Appelé au pouvoir par le président Hindenburg le 30 janvier 1933, le nouveau chancelier Adolf Hitler présente son nouveau gouvernement à l'hôtel Kaiserhof tandis que les SA défilent de nuit dans les rues pour acclamer le chef du parti nazi.

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30 janvier 1933
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Contexte historique

Le 30 janvier 1933 marque un tournant décisif dans l'histoire allemande avec l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, nommé Chancelier par le président Hindenburg. Alors que la seconde moitié des années vingt avait marqué une "traversée du désert" pour Hitler et le NSDAP du fait de l'amélioration de la conjoncture économique et de la stabilisation de la République de Weimar, la crise des années trente et ses conséquences (crise économique, sociale et politique) permettent au parti nazi de retrouver une importante audience. Aux élections de septembre 1930, les nazis obtiennent 6,5 millions de voix et 107 sièges au Reichstag, s'imposant comme une force politique incontournable, notamment pour les partis de la droite conservatrice désireux de faire obstacle aux communistes (4,5 millions de voix et 77 sièges). Le chef du parti national allemand, Alfred Hugenberg, décide ainsi en 1931 de réunir à Harzburg l'ensemble de l'opposition nationaliste à la République de Weimar. Ce "front de Harzburg" rassemble aux côtés des députés nationaux-allemands, Hitler et les SA, des représentants du Stahlhelm ainsi que des représentants des milieux d'affaires. Pour la première fois, un rapprochement s'opère entre les milieux conservateurs et Hitler pour tenter de faire chuter le régime de Weimar.

Candidat aux élections présidentielles de 1932, Hitler échoue face à Hindenburg, réélu, mais s'impose de plus en plus comme une alternative politique possible au regard du bon score obtenu (13,4 millions de voix, soit 36,8 % de l'électorat). Hindenburg se trouve toutefois dans une impasse politique car l'absence de majorité stable et solide au Reichstag l'oblige à constituer des gouvernements fragiles, qui échouent les uns après les autres. A deux reprises le Reichstag sera dissous pour tenter de sortir de cette impasse mais les élections de juin et novembre 1932 entraînent un effondrement des partis de la droite classique tandis que les nazis confirment leurs bons résultats précédents, même si la courbe s'infléchit légèrement (ils perdent une quarantaine de sièges en novembre 1932). Dans le même temps, les progrès des communistes renforcent les inquiétudes des milieux d'affaires tandis que les violences multipliées par les SA contre les forces d'extrême-gauche plongent le pays dans une véritable guerre civile. En décembre 1932, Hindenburg tente une dernière expérience pour sortir le pays de la crise en confiant le gouvernement à l'ancien chef de la Reichswehr, le général von Schleicher, avec la double mission de s'opposer aux violences des SA et de gagner le soutien des victimes de la crise en luttant contre le chômage par une importante politique interventionniste (politique de grands travaux, augmentation des salaires, politique de redistribution des terres agricoles). Cette politique se heurte à l'opposition des milieux conservateurs qui intriguent au cours du mois de janvier 1933 pour l'accession d'Hitler au pouvoir.

Le 4 janvier 1933, l'ancien chancelier von Papen et le banquier von Schroeder rencontrent Hitler à Cologne afin de définir un projet de gouvernement. Quelques jours plus tard, Hugenberg se rallie lui aussi à la solution Hitler. Von Papen arrive alors à convaincre Hindenburg que la nomination d'Hitler à la tête d'un gouvernement au sein duquel figureraient les principaux représentants de la droite nationaliste permettrait tout à la fois de "domestiquer les nazis" et d'obtenir une majorité à l'Assemblée. De leur côté, les principaux représentants des milieux financiers et industriels allemands (Krupp, Thyssen, Siemens, Schacht) envoient à Hindenburg une adresse lui conseillant d'appeler Hitler au pouvoir. Le 28 janvier 1933, Hindenburg demande à von Schleicher sa démission. Deux jours plus tard, il nomme Hitler Chancelier du Reich.

Au sein du nouveau ministère, les nazis ne sont qu'une petite minorité même s'ils obtiennent des postes clés (Frick à l'Intérieur, Goering au ministère de l'Air et au ministère Intérieur de la Prusse) tandis que la droite classique se taille la part du lion : von Papen vice-chancelier, von Neurath aux Affaires étrangères, Hugenberg à l'Economie. Le nouveau gouvernement se veut un gouvernement de "concentration et de redressement national" permettant de sortir l'Allemagne de la crise et de lui redonner sa place dans le concert des nations. La composition du gouvernement a pu alors faire penser à beaucoup qu'Hitler n'était qu'une marionnette et qu'il s'agissait en fait d'un cabinet "von Papen-Hugenberg". Le défilé organisé par les sections d'assaut dans Berlin au soir de la nomination d'Hitler, véritable démonstration de force, constitue toutefois un signe avant-coureur de l'entrée dans une ère nouvelle, l'hitlérisme. En moins de deux ans, Hitler parviendra à s'emparer totalement du pouvoir et à imposer sa dictature (von Papen quittera le gouvernement en 1934).

Fabrice Grenard

Éclairage média

La marche aux flambeaux des SA dans les rues de Berlin au soir de la nomination d'Hitler fut en fait improvisée par Goebbels, le responsable de la propagande du parti nazi. Il s'agissait en d'une véritable démonstration de force car quelques rumeurs faisaient état des tergiversations du président Hindenburg, prêt à revenir sur sa décision de nommer Hitler chancelier. Il fallait également faire pression sur les champions de la droite conservatrice nommés au sein du gouvernement pour qu'ils ne se rétractent pas, les tractations sur la composition du nouveau cabinet ayant été particulièrement houleuses dans les jours et les heures précédant la nomination d'Hitler. La marche aux flambeaux dura de 19 heures à minuit, défilant sous les fenêtres de la résidence d'Hindenburg à la Wilhelmstrasse, et d'Hitler à l'hôtel Kaiserhof.

Cette manifestation fit l'objet de commentaires vibrant de la part de Goebbels à la radio, qui prétendit qu'un million d'hommes y avaient participé. L'ambassadeur de Grande-Bretagne estima qu'ils étaient au maximum 50 000. Le spectacle fut toutefois spectaculaire et exerça une forte fascination sur les berlinois, comme cette jeune fille de 15 ans , Melita Maschmann, qui écrivit dans son journal que les colonnes qui défilaient donnaient une "splendeur magique à l'idée de communauté nationale". Mais le spectacle, annonciateur d'un ordre nouveau, pouvait également apparaître particulièrement menaçant pour tous ceux qui redoutaient l'accession des nazis au pouvoir. Dans la mythologie nazie, cette nomination d'Hitler à la Chancellerie et le défilé des SA qui s'ensuivit constitua une date symbolique, le "jour du soulèvement national" (Hitler envisagea même de changer le calendrier).

Fabrice Grenard

Transcription

AVERTISSEMENT
(Silence)
Journaliste
Les membres du nouveau ministère à la tête duquel Adolf Hitler a été désigné se réunissent pour la première fois à l'hôtel [Kezerof]. Monsieur von Papen, désigné comme vice chancelier et commissaire du Reich en Prusse. Monsieur Alfred Hugenberg a reçu le portefeuille du ministère de l'Économie et de l'Alimentation. Voici Monsieur Göring, Président du Reichstag, chargé du ressort de l'aviation et des travaux du ministère de l'Intérieur prussien.
(Silence)

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