Les troupes allemandes réoccupent la Rhénanie, violant ainsi les traités internationaux

07 mars 1936
01m 24s
Réf. 02014

Notice

Résumé :

Le 7 mars 1936, Hitler décide la remilitarisation de la Rhénanie, violant ainsi le traité de Locarno. Les troupes allemandes pénètrent à Düsseldorf et Cologne. Le président du Conseil français Albert Sarraut émet une protestation de pure forme.

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Date de diffusion :
07 mars 1936
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Contexte historique

La remilitarisation de la Rhénanie décidée par Hitler le 7 mars 1936 constitue le premier grand coup de force engagé par le chancelier allemand sur le plan diplomatique. D'aucuns considèrent d'ailleurs cet événement comme le "début de la fin", le premier d'une série de provocations hitlériennes qui mèneront à la Seconde Guerre mondiale.

La démilitarisation de la Rhénanie a été imposée à l'Allemagne par le traité de Versailles, afin de créer une zone tampon entre la frontière franco-allemande et les régions allemandes militarisées. Les Anglo-saxons, qui font valoir le caractère germanique de la région, se sont opposés lors du traité aux projets français d'annexion de la Rhénanie. La rive gauche du Rhin devait toutefois faire l'objet d'une occupation militaire de la part des Alliés pour une période de cinq à dix ans. Après les tensions importantes des années 1923-1924 (refus allemand de payer les réparations, occupation de la Rhur décidée par Poincaré, volonté française de favoriser les mouvements séparatistes en Rhénanie), le traité de Locarno (16 octobre 1925) prévoit l'évacuation de la Rhénanie par les troupes alliées, contre la promesse allemande de laisser la région démilitarisée. Les dernières troupes françaises évacuent la Rhénanie au cours de l'été 1930.

Hitler ne cache pas sa volonté, une fois parvenu au pouvoir, d'obtenir la révision du "diktat" de Versailles. Sa décision de remilitariser la Rhénanie en mars 1936 prend toutefois tout le monde de vitesse : le samedi 7 mars au matin, 30 000 soldats allemands pénètrent dans la zone démilitarisée et défilent dans les principales villes (Cologne, Düsseldorf...). Cette opération constitue en fait un véritable "coup de poker". Les documents militaires allemands publiés depuis 1945 montrent que cette opération aurait pu tourner au désastre si la France avait réagi brusquement, en organisant une mobilisation générale. L'Etat major allemand n'était en effet pas prêt à suivre Hitler dans une guerre aventureuse à l'Ouest, estimant que la préparation de l'armée allemande n'était pas suffisamment avancée. Mais le gouvernement français se contente de protestations verbales, le président du Conseil Albert Sarraut déclarant dans un communiqué officiel préparé par les diplomates du quai d'Orsay que la France n'est "pas prête à laisser Strasbourg sous le feu des canons allemands". Il est vrai que l'on est alors à quelques semaines des élections législatives et qu'une mobilisation générale pourrait apparaître politiquement particulièrement mal venue dans un pays profondément pacifiste, où les forces de gauche rassemblées au sein du Front Populaire ont fait de la défense de la paix un thème essentiel de leur programme.

Les conséquences de la remilitarisation de la Rhénanie sont particulièrement importantes. Hitler réussit à rallier définitivement à ses vues l'Etat major allemand, pour lequel tout conflit futur à l'Ouest ne peut être supportable que si l'armée allemande occupe la rive gauche du Rhin. De fait, à partir de 1936, Hitler fait de la Rhénanie remilitarisée un puissant camp retranché protégé par la ligne Siegfried. Et c'est cette région qui sert de base à l'offensive allemande de mai-juin 1940. Par ailleurs, ce premier coup de force d'Hitler démontre clairement toute la passivité des démocraties européennes face à ses initiatives, et notamment l'incapacité de la France à agir seule, sans le soutien britannique. En faisant éclater cette impuissance, Hitler disloque le système français des alliances de revers, les pays de l'Europe de l'Est et de l'Europe danubienne ne se fiant plus à la puissance française, et cherchant désormais à négocier avec l'Allemagne nazie.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images allemandes cherchent à mettre deux éléments en valeur. D'abord, elles veulent montrer la puissance de l'armée allemande, en pleine renaissance depuis qu'Hitler a décidé de mener une politique de réarmement. La remilitarisation de la Rhénanie tourne ainsi à une véritable démonstration de force. Infanterie et cavalerie sont accompagnées d'armes nouvelles : blindés et aviation. L'autre élément est l'accueil fait aux troupes allemandes, les images montrant une foule nombreuse et diverse (femmes, enfants, personnes âgées...) particulièrement enthousiaste devant le défilé des soldats de la Wehrmacht.

La remilitarisation de la Rhénanie donne ainsi lieu, côté allemand, à une véritable mise en scène afin de souligner le sentiment national en Allemagne et la popularité de la politique révisionniste hitlérienne sur le plan des relations internationales. Le commentaire français du reportage ne cache pas les craintes suscitées par ce coup de force d'Hitler. Mais il se veut rassurant sur la fermeté avec laquelle les autorités françaises vont répondre. On sait pourtant qu'il n'y a pas eu de réaction de la France, mis à part un communiqué officiel du président du Conseil Albert Sarraut.

Fabrice Grenard

Transcription

AVERTISSEMENT
Journaliste
Le Traité de Locarno suffisait à tout. En même temps, joignant l'acte à la parole, les déplacements armés qui atteignent déjà la valeur de plusieurs divisions entrent en Rhénanie. Un premier contingent pénètre à Düsseldorf.
(Silence)
Inconnu
Cologne.
(Silence)
Journaliste
Pendant ce temps, au nom du gouvernement français, Monsieur Sarraut déclare : "Nous entendons voir maintenu cette garantie essentielle de la sécurité française et de la sécurité belge que constitue, contresigné par les gouvernements anglais et italiens, le Traité de Locarno. Nous ne sommes pas disposés à laisser placer Strasbourg sous le feu.]"

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