Les discussions sur le désarmement reprennent à Genève entre les représentants européens

28 janvier 1931
52s
Réf. 02022

Notice

Résumé :

A Genève, le Conseil de la SDN se réunit pour débattre du désarmement. Les représentants de 27 Etats participent aux débats. Henderson pour l'Angleterre, Curtius pour l'Allemagne, Grandi pour l'Italie et Briand pour la France prononcent un discours.

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Date de diffusion :
28 janvier 1931
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Contexte historique

Le traumatisme créé par la Première Guerre mondiale et la volonté d'éviter une nouvelle guerre européenne entraînent en 1919 la création d'une organisation internationale, la Société des Nations (SDN), vouée au règlement des litiges entre Etats et au maintien de la paix. Si l'idée d'une telle organisation est ancienne (on la trouve au XVIIIe siècle chez Kant dans son Traité de Paix perpétuelle ), c'est le président américain Wilson qui lui donne véritablement corps en la faisant figurer dans ses fameux "Quatorze points", déclaration exposant les buts de guerre des Etats-Unis lors de leur entrée dans le premier conflit mondial.

Wilson fait accepter le projet par les Alliés lors de la conférence de la paix en avril 1919 et le pacte constitutif de la SDN est incorporé en tête du traité de Versailles. Le siège de la SDN est fixé dans un territoire neutre, à Genève. Les institutions de la SDN sont constituées d'une Assemblée réunissant tous les Etats membres, d'un conseil se composant de cinq membres permanents et de membres non permanents élus pour trois ans, d'un secrétariat chargé du travail administratif et de la préparation des débats. Composée au départ des Etats vainqueurs de la guerre (29) auxquels s'ajoutent 13 Etats neutres, la SDN constitue une organisation ouverte à tout candidat s'engageant à en respecter les obligations, accepté par un vote à la majorité des deux tiers par les Etats membres. Le rapprochement franco-allemand initié au milieu des années vingt à l'initiative de Briand et Streseman permet à l'Allemagne d'intégrer la SDN en 1926. La Turquie est accueillie en 1932, l'URSS en 1934. En revanche, les Etats-Unis, qui en ont pourtant été les instigateurs, n'intègrent pas la SDN, le sénat américain ayant refusé de ratifier le traité de Versailles en 1919 afin de renouer avec une politique extérieure plus isolationniste. La SDN est donc essentiellement une organisation européenne.

La SDN suscite de nombreux espoirs et se montre particulièrement active au cours des années vingt, réglant les litiges résultant de la mise en application des traités de paix (distribution des mandats au Moyen Orient, statuts de la Sarre, de Dantzig...), offrant une aide matérielle et financière aux nouveaux Etats d'Europe centrale créés au lendemain du conflit, permettant une amélioration des relations entre la France et l'Allemagne et l'émergence d'un climat plus favorable aux relations européennes, débouchant sur la conférence de Locarno (1925). Surtout, la SDN fait du désarmement son principal cheval de bataille afin d'éviter la course aux armements qui a caractérisé les années précédant la Première Guerre mondiale et d'assurer un système de sécurité collective. L'article 8 du Pacte de la Société des Nations prévoit ainsi une diminution des armements contrôlée et planifiée "jusqu'à un minimum compatible avec la sécurité nationale et avec l'exécution des obligations internationales imposées par une action commune". Les accords de Locarno en 1925 sont suivis par la constitution d'une Commission préparatoire pour la Conférence sur le Désarmement, qui débute ses travaux à partir de 1926. La conférence mondiale sur le désarmement ne se réunit cependant à Genève qu'en 1932-1933, à une époque où la situation internationale a beaucoup changé du fait de la crise économique et de la montée du totalitarisme en Europe. De fait, la conférence sur le désarmement est un échec, entraînant même des conséquences graves pour l'avenir de l'Europe. En sommant les grandes puissances (France notamment) de désarmer, la conférence conduit même au paradoxe d'autoriser implicitement Hitler à réarmer par le double effet d'un nivellement par le bas et en vertu d'un principe d'égalité (l'Allemagne a été obligée par le traité de Versailles de limiter considérablement son armée).

Cet échec de la conférence du désarmement symbolise l'impuissance de la SDN au cours des années trente à s'opposer aux égoïsmes nationaux provoqués par la conjoncture économique et à la montée des régimes totalitaires en Europe. La SDN ne peut ainsi qu'assister passivement au réarmement allemand (dès 1934), à la remilitarisation de la Rhénanie (mars 1936), à l'intervention italienne en Ethiopie (1935-1936), à la guerre sino-japonaise (1937), à la guerre civile espagnole (1936-1939), à l'Anschluss et au démembrement de la Tchécoslovaquie (1938), enfin au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Fabrice Grenard

Éclairage média

La réunion évoquée dans le reportage est en fait une réunion préparatoire organisée par les Etats européens en vue de la tenue prochaine de la Conférence mondiale sur le désarmement (qui siège à partir de 1932). Si le commentaire reste très vague sur le contenu des débats et se montre surtout confiant pour la mise en place d'un système de sécurité collective dans l'avenir, le fait d'insister sur quatre protagonistes essentiels (Briand pour la France, Henderson pour l'Angleterre, Curtius pour l'Allemagne et Grandi pour l'Italie) permet de présenter les intérêts contradictoires en présence et la difficulté de définir une ligne commune. Les quatre principales puissances européennes se montrent en effet particulièrement divisées sur la question du désarmement. L'Angleterre, si elle accepte le principe d'un désarmement terrestre, se montre beaucoup plus réticente lorsqu'il s'agit d'un désarmement naval, pour des raisons tenant à ses traditions et à sa situation géographique. Pour la France, le désarmement signifie surtout le respect des décisions prises à Versailles et le maintien pour l'Allemagne d'une armée réduite au strict minimum. Une situation débouchant sur d'importants déséquilibres au sein du continent européen... et qui n'est pas sans être vue d'un mauvais oeil par les Anglais, soucieux de maintenir un certain équilibre des puissances continentales pour éviter une trop forte suprématie française. L'Allemagne de son côté réclame une politique de désarmement qui ne doit pas s'appliquer qu'à elle et doit passer par le principe d'égalité ("Gleichberechtigung").

D'une certaine manière, cette politique générale de désarmement doit permettre à l'Allemagne de réarmer, afin d'obtenir par le biais d'un nivellement par le bas le même niveau d'armement que la France ou l'Angleterre. Les Italiens de leur côté défendent une position intermédiaire, expliquant que la sécurité collective passe également par le maintien d'un armement à des fins d'intimidation. Cet argument dissimule mal la volonté d'un pays où les fascistes sont au pouvoir depuis 1922 d'engager une politique de réarmement, afin notamment de mener une politique d'expansion coloniale. Toutes ces contradictions et l'absence de point de vue commun expliquent pourquoi la conférence sur le désarmement, qui se tient en 1932-1933, est un échec.

Fabrice Grenard

Transcription

Journaliste
De Genève, on nous signale que l'assemblée de l'Union européenne réunissant les représentants de vingt-sept états reprend la discussion de la question du désarmement. Les délégués sont au complet, la séance est ouverte sous la présidence de Monsieur Henderson, délégué de la Grande-Bretagne. Monsieur Henderson prononce le discours d'ouverture. Monsieur [INCOMPRIS], représentant de l'Allemagne, parle à son tour. Dans une brève allocution, Monsieur [INCOMPRIS] expose la thèse italienne sur la double question de la sécurité et du désarmement. Enfin, Monsieur Briand prend la parole. Le ministre français affirme sa confiance dans les résultats de la prochaine conférence du désarmement. Ce premier contact laisse espérer que la suite des débats verra se réaliser la conciliation et la bonne entente désirée par tous.

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