Défilé des Croix de Feu du colonel de La Rocque à Paris sur les Champs-Elysées

11 juillet 1934
55s
Réf. 02023

Notice

Résumé :

Sur les Champs-Elysées, les Croix de Feu défilent derrière leur chef, le colonel de La Rocque, jusqu'à l'Arc de triomphe. Le public est venu en nombre assister au défilé. La Rocque réanime la flamme du soldat inconnu.

Type de média :
Date de diffusion :
11 juillet 1934
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Association d'anciens combattants, les Croix de Feu sont la principale ligue nationaliste et antiparlementaire des années trente, et jouent un rôle important dans la remise en cause de la IIIe République. L'association est fondée en 1927 par l'écrivain Maurice Hanot (dit d'Hartoy) et ne devait au départ réunir que les titulaires de la croix de guerre (d'où le nom de Croix de Feu). Les débuts de cette association, qui se veut apolitique, sont modestes (pas plus de 2000 adhérents en 1929), si bien que l'organisation a été élargie à tous les anciens combattants ayant au moins passé 6 mois en première ligne (les "briscards", titulaires de la "brique"), aux générations montantes (création des Fils et Filles de Croix de Feu en 1932) ainsi qu'aux sympathisants (Ligue des volontaires nationaux en 1933).

Grâce au prestige de celui qui en est le président à partir de 1930, le lieutenant-colonel de La Rocque, aux subsides financiers du parfumeur François Coty, mais aussi en raison des effets conjugués des difficultés économiques et de la crise du régime, les Croix de Feu connaissent une rapide ascension au début des années trente, passant de 15 000 adhérents environ en 1931 à 80 000 en 1932, 150 000 en 1934, et deviennent ainsi la principale ligue de la période. L'organisation se dote d'un bras armé, les "dispos", véritables groupes de défense et de combat, subdivisés en "mains" (équipe de cinq hommes). Les Croix de Feu se livrent périodiquement à des défilés et de grandes parades, à l'occasion notamment de dates symboliques (11 novembre). De véritables manoeuvres motorisées sont également organisées afin de tester les capacités d'intervention du mouvement. L'importance des Croix de Feu, leur organisation paramilitaire et le charisme de leur chef ont fait planer l'ombre du fascisme dans la France des années trente, notamment aux yeux des partis de gauche, prompts à dénoncer en La Rocque le "Mussolini" français.

S'il y a bien des "signes fascisants" chez les Croix de Feu (culte du chef, organisation paramilitaire), leur programme n'est pourtant pas fasciste, comme le prouvent notamment les écrits du colonel de la Rocque (Service Public, 1934) plus empreints de christianisme social et de nationalisme traditionnel que de théories fascistes. La sociologie du mouvement, fortement bourgeoise (en 1934, 25 % des adhérents appartiennent à la bourgeoisie, 41 % aux classes moyennes supérieures), n'a pas grand chose à voir non plus avec le caractère plébeien des organisations fascistes. Enfin, le colonel de La Rocque s'est toujours attaché à avoir une attitude légaliste, refusant le coup de force contre le régime, comme le prouve son refus de faire défiler ses hommes auprès d'organisations ligueuses plus activistes, et expliquant notamment l'absence des Croix de Feu parmi les émeutiers du 6 février 1934.

Comme l'ensemble des ligues nationalistes, l'organisation des Croix de Feu est dissoute en juin 1936 par le gouvernement de Front populaire. La Rocque regroupe alors ses partisans au sein d'un parti politique, le PSF (parti social français) qui, fort de 800 000 adhérents en 1938, constitue l'une des principales forces d'opposition au Front Populaire.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images offrent une illustration parfaite de ce qu'est une parade des Croix de Feu : les anciens combattants défilent au pas et en ordre derrière leur chef, le colonel de La Rocque. Ils portent au bras un brassard tandis qu'en début de cortège se trouvent de nombreux portes-drapeaux. Les analogies avec le fascisme existent donc bien et la parade des Croix de Feu n'est pas sans rappeler les défilés militaires organisés par les organisations fascistes. On aperçoit cependant sur les images quelques différences notoires avec les organisations fascistes : les Croix de Feu ne portent pas d'uniformes. Leurs vêtements (costumes, cravates, certains portent le chapeau, d'autres la canne...) indiquent également clairement l'origine bourgeoise des Croix de Feu, contrastant ainsi avec la sociologie plus populaire des organisations fascistes.

Enfin, le grand nombre de policiers présents le long du parcours pour contenir la foule montre qu'il s'agit d'une démonstration autorisée et encadrée. Tout se passe d'ailleurs dans un ordre particulièrement établi, sans aucune provocation ni volonté d'agitation.

Fabrice Grenard

Transcription

Document muet

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