Collectivisation et modernisation économique de l'URSS dans le cadre du premier plan quinquennal

1933
03m 05s
Réf. 02033

Notice

Résumé :

Dans le cadre du 1er plan quinquennal, l'URSS connaît un processus de modernisation industrielle et agricole : de nouvelles usines sont créées (sidérurgie : Magnitogorsk), des voies de chemin de fer sont construites, le travail agricole s'intensifie.

Type de média :
Date de diffusion :
1933
Personnalité(s) :

Contexte historique

Pour les communistes au pouvoir en Russie depuis 1917, la politique économique doit revêtir deux grands principes afin de permettre l'édification du socialisme : la collectivisation (mise en commun des moyens de production) et la planification (adoption par l'Etat d'un plan de développement économique fixant les grands objectifs à atteindre). Depuis 1921 fonctionne à l'initiative de Lénine une Commission d'Etat pour la planification générale (Gosplan) chargée de multiplier les enquêtes sur les ressources et les besoins du pays. La Nouvelle politique économique (NEP) décidée par Lénine en 1921 constitue cependant une pause dans la marche vers le socialisme et repousse l'entrée en vigueur du premier plan. Ce n'est que le 1er octobre 1928 qu'est officiellement adopté le premier plan général de cinq ans ("piatiletka") autour d'un slogan mobilisateur et flattant facilement l'amour-propre national : "rattraper et dépasser".

Ce premier plan se fixe en effet comme objectif de combler en quelques années seulement le retard accumulé sur les puissances occidentales depuis la Révolution industrielle. En fait, les objectifs du premier plan quinquennal sont largement déterminés par le Politburo, au sein duquel Staline commence à affirmer sa domination, quitte à laisser ensuite aux économistes et statisticiens du Gosplan le soin de justifier scientifiquement les choix faits. Parmi les différents projets proposés, Staline tranche en faveur du développement rapide et spectaculaire de quelques objectifs prioritaires plutôt que d'essayer un développement plus harmonieux mais forcément plus lent de tous les secteurs de l'économie. Des chiffres grandioses sont avancés pour la croissance des secteurs jugés prioritaires tandis que l'ensemble du corps social est mobilisé par la presse, le cinéma, par des moyens de propagande sur les lieux de travail (affiches murales, tableau d'honneur...) pour la réussite du premier plan. Une véritable fièvre "piatiletkiste" s'empare de l'URSS. L'industrie lourde constitue le premier objectif du plan : elle reçoit 78 % des investissements industriels. La fonte doit passer de 3 500 000 tonnes à 10 000 000, le charbon de 35 à 75 000 000 tonnes, l'électricité de 5 à 20 milliards de Kwh. Quelques grands travaux sont entrepris (voies ferrées) tandis que plusieurs grands complexes industriels sont réalisés de façon spectaculaire: usine de machines agricoles à Rostov, de construction automobile à Moscou et Gorki, de construction mécanique dans l'Oural. Dans la sidérurgie, le premier haut fourneau de Magnitogorsk est mis à feu le 31 janvier 1932. Au total, 1 500 entreprises sont créées au cours de la période, soit à peu près une par jour, ouvrant souvent la voie à la mise en valeur de régions peu exploitées. Dans l'agriculture, la collectivisation des terres s'intensifie considérablement avec la généralisation du système des Kolkhozes (grandes exploitations collectives cultivant en commun les terres d'un ou plusieurs villages et reversant une partie de la production à l'Etat). Il y a, en 1933, 75 millions d'hectares cultivés par les Kolkhozes contre seulement 1,4 millions en 1928. Les Kolkhozes doivent également faire un effort important de modernisation et de mécanisation (généralisation des engrais, diffusion des premiers tracteurs...).

Au début de l'année 1933, le premier plan est déclaré accompli, 4 ans et trois mois seulement après son lancement officiel. Les résultats sont particulièrement spectaculaires sur le plan industriel : la part de l'industrie dans la production nationale passe de 42 % en 1927 à 70 %. Le secteur privé a à peu près entièrement disparu, ne représentant plus que 1 % de l'activité industrielle. L'industrie lourde s'est accrue de 273 %, la productivité du travail de plus de 50 %. Mais ces bons résultats ne sauraient faire oublier de nombreuses limites. Tout d'abord, certains chiffres irréalistes avancés par les autorités lors de l'entrée en vigueur du plan n'ont pu être atteints : en 1932 par exemple, la production de charbon s'élève à 64 millions de tonnes et n'atteint donc pas les 75 millions prévus. Pour la fonte, l'électricité, les productions n'atteignent que la moitié des prévisions. D'autre part, les résultats sont surtout quantitatifs tandis que la qualité des produits suit parfois une courbe descendante, du fait d'une main-d'oeuvre nombreuse mais peu qualifiée et d'une volonté effrénée de la part des responsables industriels de "faire du chiffre" pour satisfaire les exigences du régime. Le développement industriel s'avère également très inégal puisque les biens de consommation ont été entièrement sacrifiés à la croissance de l'industrie lourde. Surtout, les résultats sur le plan agricole sont particulièrement décevants et la croissance agricole ne connaît pas les mêmes succès que la croissance industrielle. Les récoltes ont diminué de 1/5ème environ, le bétail est en baisse sensible (entre 40 % et 60 %) et la famine réapparaît au cours de l'hiver 1933, notamment en Ukraine.

Les causes de cette régression sont en partie naturelles (conditions climatiques) mais se trouvent aussi dans les désordres et violences qui frappent les milieux ruraux : forte résistance à la collectivisation, paysans anéantissant récoltes et cheptel plutôt que de les livrer à la collecte de l'Etat. Enfin, la planification soviétique s'accompagne d'un important échec social et de très nombreux sacrifices de la part de la société soviétique. Le plan est en effet en grande partie financé par un prélèvement sur les revenus du monde rural et sur la consommation. La croissance industrielle ne s'accompagne ainsi pas d'une augmentation du niveau de vie des Soviétiques, qui reste extrêmement bas et régresse même : selon certaines estimations, les salaires réels bruts se situent au milieu des années trente à environ 50 % du salaire de 1928. A partir de 1933, un second plan quinquennal est adopté, axé notamment sur la modernisation des structures agricoles, les industries légères et la formation professionnelle des ouvriers.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Les images montrent la mise en route du premier haut fourneau de l'URSS à Magnitogorsk (Oural). Le chemin de fer permet d'amener une main-d'oeuvre ouvrière nombreuse dans une région peu exploitée et peu mise en valeur jusque-là (région qui apparaît d'ailleurs assez répulsive au vue des premières images : neige, boue...). Une véritable ville nouvelle se crée à Magnitogorsk autour des nouvelles installations industrielles. Magnitogorsk illustre ainsi parfaitement ces "complexes industriels", présentés comme de véritables victoires économiques qui servent directement la propagande du régime. Ils sont exaltés dans la presse, le cinéma, la littérature...

Les différentes prises de vue offertes de ce nouveau complexe industriel donnent bien une impression de gigantisme et illustrent la volonté de mettre en valeur les grandes réalisations économiques du régime. Le passage sur la formation de la main-d'oeuvre (organisation de cours) symbolise les efforts considérables pour former techniciens et ouvriers qualifiés dans un pays manquant considérablement de main-d'oeuvre industrielle. La tenue de certains ouvriers et ouvrières montre explicitement leur origine rurale. L'absence de main-d'oeuvre qualifiée est l'une des limites importante du premier plan quinquennal et explique pourquoi l'effort de formation est encore accentué dans le cadre du second plan (1933-1937).

Fabrice Grenard

Transcription

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