L'agression italienne contre l'Ethiopie

03 octobre 1935
02m 18s
Réf. 02034

Notice

Résumé :

Mussolini profite d'un incident de frontière pour lancer son armée contre l'Ethiopie. Afin de résister à l'agression italienne, l'empereur Hailé Sélassié mobilise son armée tandis que la SDN tente d'intervenir pour régler pacifiquement le conflit.

Type de média :
Date de diffusion :
03 octobre 1935
Source :

Contexte historique

L'agression italienne contre l'Ethiopie constitue un tournant dans l'histoire de l'Italie fasciste, entraînant une certaine radicalisation du régime, mais également dans l'histoire européenne, car elle met fin aux espoirs de certains diplomates anglais ou français de pouvoir s'allier avec Mussolini contre Hitler. Depuis son arrivée au pouvoir en 1922, Mussolini fait de l'expansion coloniale un pilier de sa politique étrangère afin de laver l'affront de la défaite d'Adoua (1896) et de permettre à l'Italie d'obtenir sa part dans le partage de l'Afrique, aux côtés des autres grandes puissances européennes (Angleterre, France).

Dès le milieu des années vingt, Mussolini encourage la mise en valeur et l'envoi de colons dans les territoires en sa possession (Libye). Les motivations expansionnistes de Mussolini se font toutefois plus prégnantes à partir du début des années trente, sous le double effet de la crise économique et de la volonté du Duce de constituer une économie italienne autarcique. La Libye ne constitue pas une source suffisante de matières premières ni un territoire assez riche pour absorber l'émigration des catégories les plus pauvres et les plus touchées par le chômage. Les visées de Mussolini portent alors sur le seul grand Etat indépendant de la corne de l'Afrique, l'Ethiopie. L'Italie et l'Ethiopie sont pourtant en bonnes relations jusqu'au début des années trente : les deux pays entretiennent d'importantes relations économiques tandis qu'un pacte d'amitié est signé en 1928 entre Mussolini et le régent d'Ethiopie, le ras Makkonen. Mais les relations se tendent considérablement au début des années trente. Makkonen, devenu "Négus" (empereur) sous le nom d'Hailé Sélassié, commence à se méfier des ambitions italiennes, écartant les propositions d'investissements de capitaux italiens dans son pays ainsi que la construction d'un chemin de fer par des entreprises italiennes, comme le prévoyait pourtant un accord de 1925. A partir de 1934, Mussolini comprend que la France et la Grande Bretagne ont besoin de son aide pour contenir en Europe la menace de Hitler, et conçoit le projet de profiter de ces circonstances pour intervenir militairement en Ethiopie.

Quelques mois après les accords de Stresa (avril 1935) scellant une entente entre Français, Anglais et Italiens pour faire face à la menace nazie, persuadé que les démocraties lui laisseront les mains libres en Ethiopie, Mussolini décide de lancer son offensive. Prenant le prétexte de plusieurs incidents de frontières (attaque de postes frontières italiens situés à la frontière entre l'Ethiopie et la Somalie), Mussolini lance ses troupes contre l'Ethiopie le 3 octobre 1935 sans aucune déclaration de guerre. L'attaque italienne s'effectue en deux poussées concentriques : l'une, dirigée par de Bono, depuis l'Erythrée au Nord, l'autre depuis la Somalie italienne à l'Est (Graziani). Les troupes italiennes s'élèvent à quelques 200 000 hommes (avec 6000 mitrailleuses, 700 canons et 150 chars d'assaut). Face à eux, les Ethiopiens opposent 350 000 hommes sous-équipés, ne formant pas une véritable armée nationale mais des bandes féodales levées par les "ras". Au cours des premières semaines de l'offensive, l'armée italienne progresse rapidement, s'emparant de toute une série de villes dont les noms éveillent des échos profonds en Italie (Adoua, Aksoum, Makallé), car ces villes constituent le souvenir de défaites humiliantes du temps de Crispi. Mais rapidement, l'offensive italienne s'essouffle devant la résistance inattendue des troupes éthiopiennes. Mussolini décide alors de remplacer de Bono par le maréchal Badoglio (16 novembre 1935). Ce dernier n'hésite pas pour accélérer les choses à employer largement l'aviation (bombardement de Dessié, 6 décembre 1935) et même des gaz toxiques. L'arrivée de renforts permet à l'armée italienne d'atteindre les 500 000 hommes. Badoglio entre dans la capitale Addis-Abeba le 5 mai 1936 tandis que le négus Hailé Sélassié gagne la Somalie avant de s'envoler pour l'Europe.

Les conséquences de l'affaire éthiopienne sur le plan international sont considérables. Dès les débuts de l'agression italienne, la SDN vote contre l'Italie des sanctions économiques pour l'attaque d'un Etat indépendant (l'Ethiopie est membre de la SDN depuis 1923). Mais ces sanctions, considérées en Italie comme profondément injustes car émanant de puissances coloniales (France, Angleterre), n'ont d'autres résultats que de faire l'unanimité de l'opinion italienne derrière le Duce et de renforcer la popularité de Mussolini. Surtout, la conséquence la plus grave est d'amener Mussolini à opérer un véritable retournement des alliances : se considérant trahi par ceux avec qui il a accepté de discuter à Stresa (France et Grande Bretagne), Mussolini cherche à se rapprocher d'Hitler, qui a soutenu de manière habile le Duce dans son entreprise coloniale : dès novembre 1936, l'axe Rome-Berlin devient réalité. Et de la même façon qu'Hitler a soutenu les entreprises italiennes en Ethiopie, Mussolini ne proteste pas contre les différents coups de force engagés par le Führer à partir de 1936.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Même si le commentaire insiste sur le fait que l'armée éthiopienne est dotée d'une certaine force, avec une "instruction tactiquement poussée", les images ne peuvent faire totalement illusion (absence d'armement moderne et d'unités motorisées tandis que certaines troupes continuent de se battre en costumes traditionnels). A l'inverse, les troupes italiennes qui se concentrent en Somalie apparaissent beaucoup mieux équipées. Les images permettent ainsi de souligner l'inégalité des forces en présence. Elles permettent également de montrer que l'agression italienne était prévue depuis longtemps car les 200 000 italiens qui s'apprêtent à attaquer l'Ethiopie depuis la Somalie bénéficient tous d'un équipement très adapté au climat africain (vêtements légers, casques à visières...).

Mussoloni est présenté comme un véritable agresseur dans le reportage (un portrait de lui le montre tel un véritable "césar casqué") tandis que la défense du peuple éthiopien pour son indépendance apparaît des plus légitimes.Si l'agression italienne est présentée comme une atteinte au droit international (d'où l'intervention de la SDN), le reportage insiste également sur les conséquences pour les autres puissances coloniales (France et Angleterre) en montrant à partir d'une carte de l'Afrique le poids grandissant de l'influence italienne dans toute la partie orientale de l'Afrique.

Fabrice Grenard

Transcription

AVERTISSEMENT
Journaliste
Entourée d'une zone soumise à l'influence de diverses puissances européennes, l'Empire abyssin est le seul pays d'Afrique ayant conservé son indépendance. Créer une armée régulière dont l'instruction est activement poussée, adopter les progrès de la civilisation européenne, élever son peuple au niveau des peuples occidentaux, telles furent les tâches que l'empereur Hailé Sélassié s'efforça d'entreprendre dès son avènement au trône.
(Silence)
Journaliste
L'Italie a concentré deux cent soixante mille hommes dans la Somalie et ira, selon les déclarations de Monsieur Mussolini, jusqu'au million, si elle le juge nécessaire pour atteindre les buts qu'elle se propose : mettre fin aux fréquents incidents de frontière, obtenir diverses concessions ouvrant à ses nationaux un nouveau centre d'activité. Il suffit de jeter les yeux sur la carte pour comprendre que la décision de l'Italie n'est pas sans inquiéter d'autres puissances.
(Silence)
Journaliste
Pendant que la Société des Nations tente de régler pacifiquement le conflit, le peuple abyssin se prépare à défendre son indépendance.
(Silence)

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