La "dékoulakisation" dans les campagnes d'URSS

13 juin 1928
01m 54s
Réf. 02040

Notice

Résumé :

Dans un village enneigé d'URSS, des manifestations sont organisées pour dénoncer les "Koulaks", paysans aisés et petits propriétaires s'opposant à la collectivisation des terres et refusant de satisfaire la collecte agricole.

Type de média :
Date de diffusion :
13 juin 1928
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Contexte historique

La "dékoulakisation" constitue l'un des symboles majeurs du totalitarisme stalinien et de la terreur que fait régner le régime soviétique dans les campagnes de l'URSS au cours des années trente. L'un des objectifs du premier plan quinquennal adopté en 1928 consiste à accélérer la collectivisation des terres dans les campagnes en favorisant la constitution de deux types nouveaux d'exploitations : les sovkhozes (grandes fermes d'Etat pouvant atteindre plusieurs milliers d'hectares, où la terre, le matériel et les revenus sont la propriété de l'Etat qui verse un salaire aux travailleurs sovkhozien) et les kolkhozes (exploitations collectives cultivant en commun la terre d'un ou plusieurs villages, où l'Etat avance les semences et prête le matériel agricole mais prélève une partie de la récolte, le reste étant distribué aux kolkhoziens).

Aux yeux des responsables du régime, la collectivisation des terres doit permettre d'améliorer la productivité agricole et d'augmenter la production, assurant ainsi un meilleur ravitaillement des villes où le nombre d'ouvrier ne cesse d'augmenter dans le cadre de l'industrialisation planifiée. Mais cette collectivisation agricole possède également une forte dimension idéologique : il s'agit de rapprocher les paysans des ouvriers, de supprimer la "classe" des petits propriétaires terriens, dont l'idéal est d'atteindre une certaine aisance individuelle avec un attachement important à la propriété. Alors que seulement 2 % des paysans travaillent dans des exploitations collectives en 1927, les objectifs du premier plan prévoient de faire passer cette proportion à plus de 25 %, avec une généralisation de la collectivisation dans les régions agricoles les plus riches (Ukraine, Nord-Caucase, Basse-Volga). Malgré une vaste campagne de propagande, cette politique de collectivisation va cependant se heurter à d'importantes résistances, notamment de la part des "koulaks", petits propriétaires agricoles qui se sont enrichis au cours de la phase libérale de la NEP (nouvelle politique économique) au milieu des années vingt. Un important mouvement de "résistance passive" se développe dans les campagnes contre les mesures décidées par l'Etat : dissimulation de la production, inertie, refus de satisfaire les exigences de la collecte agricole, essor d'un important marché parallèle témoignant du refus d'appliquer les prix décidés par le régime (les prix agricoles fixés par l'Etat sont souvent très bas afin de favoriser l'approvisionnement des populations ouvrières).

Dans ces conditions, pour Staline, la collectivisation des terres doit désormais s'accompagner de la "dékoulakisation", c'est-à-dire de l'élimination de tous les opposants à la nouvelle politique agricole. Comme il faut des boucs-émissaires pour expliquer l'échec des premières mesures de collectivisation et les insuffisances de la collecte agricole, ce sont en effet les "koulaks" qui sont accusés par le régime d'encourager l'inertie des campagnes. Des sanctions importantes sont adoptées contre tous les récalcitrants de la collectivisation : confiscation des productions, réquisitions forcées, interdiction d'envoyer les enfants à l'école, saisie du bétail, des semences et du matériel agricole, interdiction d'aller ramasser du bois en forêt... Des grandes campagnes de propagande sont également organisées pour dénoncer les koulaks comme les "ennemis du régime". Ces premières mesures s'avérant insuffisantes à supprimer la résistance des campagnes face à la collectivisation, le régime renforce considérablement sa politique répressive à partir de 1929-1930 en multipliant les exécutions de paysans récalcitrants, les mesures d'emprisonnement et de déportation vers les périphéries lointaines de l'URSS (Russie septentrionale et Sibérie).

Des millions de paysans sont pris dans cette gigantesque purge : on estime à environ 3 ou 4 millions le nombre de morts et à plusieurs dizaines de millions le nombre de personnes déportées. En 1933, cette politique de collectivisation forcée faisait que 84 % des paysans travaillent désormais dans une ferme collective. Mais les objectifs affichés de cette politique (hausse de la production et des rendements) sont très loin d'être remplis : le grand désordre régnant dans les campagnes fait que la production agricole ne cesse de baisser : les récoltes de 1930 et 1931 sont particulièrement décevantes, la famine réapparaît dans de nombreuses régions d'URSS et le régime doit rétablir un système de rationnement dans de nombreuses villes.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage se situe au début de la période du mouvement de collectivisation des terres. Il montre bien ainsi les efforts du régime pour faire des "koulaks" les responsables des difficultés alimentaires en URSS : à la fin des années vingt, l'approvisionnement des grandes villes apparaît en effet insuffisant sur le plan alimentaire, nécessitant le maintien de mesures particulièrement impopulaires (rationnement et restrictions). Le régime met ses difficultés alimentaires sur le compte d'un "complot" organisé par les "koulaks" afin de faire échec à la politique de collecte agricole et de ravitaillement. Les pancartes brandies par les manifestants identifient ainsi les "koulaks" à des accapareurs ("donne tes semences", "honte aux dissimulateurs de blé"). Les images témoignent des premières sanctions appliquées à l'égard des "koulaks" (réquisitions forcées, confiscation de produits emportés sur des traîneaux...). Elles témoignent également de la volonté du régime de mobiliser l'ensemble du corps social contre les "koulaks" (on aperçoit ainsi dans la manifestation contre les koulaks des femmes, des enfants, des personnes âgées...qui ont le plus souffert des insuffisances alimentaires).

L'atmosphère régnant dans ce village présenté dans le reportage laisse largement deviner le climat de suspicion et de délation qui règne dans les campagnes soviétiques à la faveur de la collectivisation et de la "dékoulakisation". Le régime joue en effet largement sur les tensions nombreuses qui peuvent exister dans les campagnes entre des propriétaires terriens plutôt aisés et des paysans pauvres (dans les villages, des comités de paysan se mettent en place, le plus souvent composés de paysans pauvres mais aussi d'ouvriers venus des villes afin de faire la traque aux "koulaks").

Fabrice Grenard

Transcription

Document muet

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