Discours d'Aristide Briand devant la SDN du 7 septembre 1929

07 septembre 1929
01m 27s
Réf. 02042

Notice

Résumé :

Le 7 septembre 1929, devant l'Assemblée de la SDN, le ministre Aristide Briand, délégué de la France, appelle les pays européens à condamner unanimement la guerre et à adopter une politique de désarmement généralisé.

Type de média :
Date de diffusion :
07 septembre 1929
Personnalité(s) :

Contexte historique

Au cours de la seconde moitié des années vingt, l'homme politique français Aristide Briand, ministre des Affaires Etrangères presque sans interruption entre 1925 et 1932, est l'apôtre de la paix en Europe et du désarmement. Il profite à de nombreuses reprises de la tribune de l'Assemblée de la SDN pour défendre publiquement ses idées devant le monde entier. Briand est tout d'abord l'un des acteurs importants de la réconciliation franco-allemande en 1924-1925 (pacte de Locarno), ce qui lui vaut d'obtenir conjointement avec son homologue allemand Streseman le prix Nobel de la paix en 1926. Dans un message du 6 avril 1927, Briand propose aux Américains (qui ont refusé de participer à la SDN) un pacte afin de condamner la guerre et promouvoir la paix : ce sera le pacte "Briand-Kellog", conclu le 27 août 1928, par lequel les parties condamnent le recours à la guerre pour le réglement des différends internationaux et y renoncent en tant qu'instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles. La guerre est en quelque sorte mise "hors la loi".

Briand milite également en faveur du désarmement, notamment au sein de la commission chargée d'étudier ce problème et rassemblant depuis 1925 les représentants des différents Etats afin de préparer la réunion d'une grande Conférence internationale sur le désarmement (qui se réunit à partir de 1930). Le 7 septembre 1929, dans un discours prononcé devant l'Assemblée de la SDN, tout en encourageant le désarmement, Briand lance une proposition spectaculaire : la création d'une sorte de lien fédéral entre les peuples européens afin d'établir un système efficace de sécurité, de coopération et d'entente entre les pays. S'ils apparaissent particulièrement précurseurs de la politique qui sera suivie après 1945, les projets défendus par Aristide Briand à la fin des années vingt ne trouvent toutefois aucune application immédiate, se heurtant à la crise économique des années trente, au repli des Etats sur des politiques protectionnistes et à la montée des régimes totalitaires en Europe.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Dans cet extrait du discours prononcé par Briand le 7 septembre 1929, le ministre français des Affaires Etrangères revient sur l'oeuvre accomplie par la SDN. Il n'en cache pas certaines limites et les difficultés de l'organisation, mais présente la politique défendue par la SDN et ses idées sur le pacifisme et le désarmement comme allant dans le "sens de l'histoire". La SDN s'avère toutefois largement impuissante à lutter contre la montée des totalitarismes en Europe et à empêcher les premiers coups de force des régimes totalitaires au cours des années trente. Les résistances soulignées par Briand auront en fait raison de la SDN et il faudra attendre l'après Seconde Guerre mondiale pour que certains projets défendus par le ministre français trouvent une véritable application (création d'un marché commun puis d'une union européenne notamment).

Fabrice Grenard

Transcription

Aristide Briand
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Premier délégué de la France, Je viens cette année, comme les précédentes, apporter à cette tribune un acte de foi, sincère et ardent, dans la société des nations. Elle s'est constituée, elle a marché, elle a travaillé, elle a rendu des services, elle a donné confiance. Et aujourd'hui malgré tout, elle a poussé, dans la conscience des peuples, des racines trop profondes pour que quelques coups de vents sur le haut de ses frondaisons puissent l'ébranler. Il n'est pas douteux que les hommes qui se trouvaient à travailler pour le rapprochement, se trouvaient placés entre les coups et ils étaient destinés à en recevoir, j'en ai reçu quelques-uns. Par le mauvais temps, je les ressens de temps en temps. Et bien, messieurs, si les nations réunies pouvaient réduire les armements et pratiquer l'article 8 du Pacte, si à ce moment là, elles ont la possibilité de cette parole et de ce geste, et si elles le produisent devant le peuple écartant d'une main vigoureuse toute possibilité de crime, de guerre, dans l'avenir c'est le point d'interrogation qui gène notre constitution. C'est comme une tache dans notre pacte. S'il disparaît sous une telle influence, alors, mesdames et messieurs, ce jour-là, les peuples pourront s'illuminer, les peuples pourront se réjouir, les peuples pourront envisager la possibilité d'une large réduction des armements car la situation sera nette. Elle sera éclaircie, elle ne sera plus hypothéquée par l'effroyable risque de guerre qui pèse sur les nations et qui est encore, dans la situation actuelle, une des causes profondes de sa réalité.

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