Inauguration du journal télévisé régional à Lille

15 novembre 1963
04m 01s
Réf. 03000

Notice

Résumé :

Alain Peyrefitte, Ministre de l'Information, inaugure le premier journal télévisé régional à Lille. La création de Centres d'Actualités Télévisées régionaux est une nouvelle étape de la décentralisation cathodique entamée depuis les années 50.

Type de média :
Date de diffusion :
15 novembre 1963
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le 25 avril 1950, Télé Lille devient la première télévision régionale française. Cet événement s'inscrit dans une politique gouvernementale plus large de décentralisation culturelle. Il ne s'agit alors plus d'émettre à partir de la seule Tour Eiffel mais de doter les régions des moyens techniques nécessaires pour réaliser leur propre programmation. Dans les années 50, les stations régionales de télévision se multiplient dans les grandes métropoles de province : Lille, Marseille, Strasbourg, Lyon...

Lille est un exemple du passage d'un stade artisanal de la fabrication d'images à une progressive professionnalisation des équipes. Une douzaine de personnes participent à l' aventure à ses débuts, depuis un petit studio de 20 mètres carrés situé en haut du beffroi de Lille. Les programmes s'orientent d'abord vers les productions culturelles : diffusion de pièces de théâtres, d'émissions de variétés, d'opéras... Le premier journal télévisé baptisé "Images du Nord" dispose de moyens extrêmement réduits, et les délais d'acheminement vers Paris ne permettent qu'une diffusion en différé (le lendemain). A partir de 1954, les programmes régionaux sont diffusés en décrochage sur la première chaîne pendant une heure et demie en fin de journée. Peu à peu, les moyens de diffusion se perfectionnent, les nouveaux locaux sont plus vastes et les équipes techniques se professionnalisent. En 1963, le ministre de l'Information Alain Peyrefitte décide de donner aux régions les moyens de réaliser leurs propres journaux télévisés grâce à la création de Centres d'Actualités Télévisés (CAT). Cette décision est motivée par des objectifs politiques : l'information télévisuelle diffusée au niveau national est alors très contrôlée par le gouvernement.

L'autonomie des nouveaux centres (CAT) est limitée: ils doivent faire concurrence à la presse écrite régionale, jugée hostile au gouvernement. Cette mesure marque un changement radical dans l'orientation des stations régionales. Faute de moyens financiers supplémentaires, l'effort est concentré sur l'information (au détriment des productions culturelles). Les journalistes deviennent alors les nouveaux piliers de ces relais régionaux. Aujourd'hui encore, les grandes chaînes hertziennes (à l'exemple de France 3 ou M6) s'appuient sur ces reporters locaux dont certains intègrent ensuite les rédactions nationales.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Alain Peyrefitte, ministre de l'Information, a choisi de présenter lui-même les objectifs du journal télévisé régional. Il entend ainsi démontrer qu'il poursuit une véritable politique de décentralisation. Il montre sa volonté de rupture avec une politique télévisuelle jugée trop parisienne (utilisation de l'opposition traditionnelle Paris/province). Il s'adresse directement aux télespectateurs lillois ( il fait de même ensuite dans chaque station régionale). Il peut regarder constamment la caméra grâce à la nouvelle technique du prompteur. Le cadre est de plus en plus resserré sur son visage. Il crée ainsi une proximité avec le nouveau public régional: son discours est animé et ses gestes prennent directement le télespectateur à partie.

Il cherche également à montrer aux téléspectateurs sa bonne connaissance de leurs préoccupations locales. Il met en avant les particularismes régionaux: il évoque les lainiers de Roubaix, les pêcheurs de Boulogne. Il utilise même quelques clichés sur le folklore du Nord qui prêtent aujourd'hui à sourire (le toit des corons, la chanson du petit quinquin). Cette présentation du journal télévisé par le ministre semblerait inconcevable aujourd'hui. Elle illustre le contrôle de l'information exercé à l'époque par le gouvernement.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Bonsoir, j'ai le plaisir d'inaugurer ce soir le premier d'une longue série de journaux télévisés qui, au cours des prochains mois, vont être réalisés dans toutes les régions de France, tous les soirs de semaine à la même heure. Les Français de province, c'est-à-dire plus de quatre Français sur cinq, souhaitent, les sondages nous l'ont prouvé avec évidence, que la télévision leur montre davantage leur région, ce qu'elle a de particulier, toutes les manifestations de son activité. La télévision ne doit pas être une télévision parisienne, conçue à Paris par des Parisiens et pour des Parisiens, elle doit être aussi la télévision de toutes les régions françaises. Et il en est de même pour la radio, Radio Lille donne dorénavant quatre émissions régionales chaque jour. pourquoi commencer cette série de journaux télévisés par Lille, oui, pourquoi ? Et bien, parce que la région du Nord, votre région, est à la pointe de ce grand mouvement qui est en train de faire pénétrer le petit écran dans tous les foyers. il suffit de passer dans les rues de vos villes et de vos villages, il suffit de passer dans vos corons en regardant les toits pour constater que le public de la télévision, ici, c'est presque toute la population. Vous étiez, du reste, privilégiés, à Lille et dans la région, puisque votre région était la seule à disposer de son journal télévisé quotidien à 13h30. Mais le nouveau journal télévisé va s'efforcer de mieux répondre à ce que vous souhaitez. Il va s'efforcer de vous montrer plus vite des images plus abondantes de la vie de votre région et des images plus vivantes, selon des formules nouvelles. Et ces images passeront à une heure où la majorité d'entre vous sera en mesure d'en profiter. Il faut que ces images vous présentent chaque soir un tableau complet de la vie de votre région. Il faut que le succès d'une Ducasse à Cambrai soit montré le soir même à tous les habitants de la région du Nord. Il faut que vous connaissiez mieux les problèmes et la vie les uns des autres depuis les mineurs de Lens jusqu'aux pêcheurs de Boulogne, depuis les cultivateurs picards, qu'ils soient de l'Aine ou de la Somme, jusqu'aux lainiers de Roubaix, et sans oublier bien sûr nos amis belges dont je connais tous les liens qu'ils ont avec vous. Et puis il faut que vos petits enfants, avant de s'endormir, puissent entendre le petit quinquin. Ce n'est pas tout de suite, bien sûr, que tous ces objectifs pourront être atteints, il y aura sûrement des tâtonnements pendant quelques temps, et on fera appel à toute votre indulgence, mas je suis sûr que l'équipe de l'ORTF va savoir se montrer à la hauteur de cette tâche magnifique. Ce soir, souhaitons lui tous bonne chance !

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