Commémoration de la catastrophe minière de Liévin

27 décembre 1984
02m 06s
Réf. 03004

Notice

Résumé :

Dix ans après la catastrophe minière qui a endeuillé la ville, des cérémonies du souvenir et des expositions sont organisées à Liévin en soutien aux familles des 42 victimes.

Type de média :
Date de diffusion :
27 décembre 1984

Contexte historique

Liévin, ville voisine de Lens, connaît un destin similaire à celui de nombreuses cités minières du Pas-de-Calais. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'exploitation de la houille permet un fort développement démographique et économique du "pays minier" (qui s'étend depuis Valenciennes jusqu'aux collines de l'Artois, sur 120 km de long). Dès 1880, la production s'élève à 8 millions de tonnes de charbon. L'exploitation de la houille dans les mines rythme la vie des habitants des corons environnants. La mine est source de croissance pour ces villes mais aussi de danger pour les mineurs qui descendent dans les fosses. La poussière de silice inhalée au fond de la mine occasionne des maladies mortelles (silicose).

Les catastrophes minières périodiques viennent également endeuiller le pays minier du Nord. En 1906, la catastrophe de Courrières fait 1099 victimes. Elle émeut l'opinion et entraîne une grave crise sociale (grève des mineurs). Ces catastrophes sont souvent occasionnées par des coups de grisou. Le grisou est un gaz naturel qui s'échappe des couches de charbon et peut provoquer des explosions ou une asphyxie mortelle. Le 27 décembre 1974, l'accident le plus meurtrier enregistré à Liévin provoque la mort de 42 mineurs. Il entraîne la fermeture anticipée du dernier puits minier.

La fin de l'exploitation des puits est alors un phénomène général et programmé. Elle résulte d'une crise du secteur minier causé depuis les années 50 par la concurrence du pétrole et l'épuisement du gisement. Elle entraîne une baisse progressive des effectifs employés. Liévin, comme d'autres cités minières doit alors se reconvertir dans d'autres branches de l'industrie et du tertiaire. Depuis la fin de l'exploitation minière au début des années 90, le terril qui borde l'autoroute A1 Paris-Lille à hauteur de Douai et les quelques puits visitables par les touristes sont les seuls vestiges d'un genre de vie et d'un paysage (corons, fosses) aujourd'hui disparus.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le sujet s'ouvre par un résumé très classique des cérémonies du souvenir organisées en mémoire des victimes de la catastrophe de 1974: dépôts de gerbes sur le monument commémoratif, discours officiels, activités pédagogiques organisées autour de l'événement (expositions dans l'école voisine). Le fond sonore accentue la solennité des cérémonies. La deuxième partie du reportage est consacrée à un rappel des circonstances de la catastrophe à l'aide d'images de la mine et d'archives d'époque. Le commentaire est très écrit: les phrases sont courtes, percutantes, et le ton saccadé permet de donner du rythme au reportage. Le journaliste tente ainsi de faire mieux appréhender aux télespectateurs le drame humain vécu en décembre 1974 par les habitants du bassin minier. Les vues de Liévin au moment du drame, diffusées avec le son d'époque, permettent de mieux retranscrire l'émotion régnant alors sur place: attente et larmes des familles, importance de la foule présente aux obsèques. Le journaliste jette un regard critique sur les suites données à l'affaire. Malgré les promesses formulées par les politiques à l'époque, les responsabilités pénales ne sont pas établies et l'indemnisation reste une question en suspens.

Cet éclairage donne une signification beaucoup plus tragique au dernier plan sur une foule assez clairsemée (composée d'enfants et de personnes âgées). La cérémonie paraît de taille modeste par rapport à celle qui eut lieu dix ans plus tôt. Les organisations syndicales et les officiels locaux sont les seuls à avoir fait le déplacement. Les puits de la mine fermés, visibles en arrière-plan, symbolisent ici les vestiges d'une organisation économique et sociale locale en voie de démantèlement et de reconversion.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Ce dixième anniversaire de la catastrophe minière de Liévin a été célébré ce matin lors de deux cérémonies toutes de discrétion. C'était d'abord l'intersyndicale qui était venue déposer des gerbes au pied de la stèle de la place Saint Amé. Puis, à dix heures trente, les élus et les personnalités, conduites par Jean-Pierre [Cucheda] et Noël Joseph, rendaient à leur tour hommage aux quarante-deux disparus de la fosse 3, la plus grande catastrophe minière en France depuis Courrières en 1906. Dans leurs allocutions, le député maire de Liévin et le président du Conseil régional ont associé le souvenir des victimes, et l'espoir que le bassin houiller doit concevoir pour leurs enfants. Ce ne sera, a dit Jean-Pierre [Cucheda], que justice rendue au peuple de la mine. Ce souvenir a été souligné par la création d'une flamme postale du dixième anniversaire et par une exposition dans l'école Léo Lagrange qui jouxte l'ancien carreau de la fosse 3, dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul chevalet dont les câbles ont été enlevés. Au soir du 27 décembre 1974, la région et la France entière sont frappées de stupeur. Quarante-deux mineurs sont morts à six heures du matin dans le quartier Six sillons du siège 19 de Lens dont dépend le puit numéro 3 de Liévin. C'était la reprise après la trêve de Noël, une trêve pendant laquelle du grisou s'était accumulé au fond d'une voie en cul-de-sac, et qui n'avait pas été détecté. A la remise en marche du matériel, c'est l'étincelle, l'explosion, le feu remonte l'aérage, parcourt douze cent mètres de galeries. Les arrêts barrages n'ont pas fonctionné, le tout n'a duré que quelques secondes, les mineurs sont morts asphyxiés ou brûlés, certains en mangeant leur briquet. L'émotion est immense, et le Premier Ministre de l'époque, Jacques Chirac, viendra aux obsèques promettre que toute la lumière serait faite. La procédure judiciaire durera dix ans. Elle ne s'est terminée qu'en juin dernier. Après six ans d'enquête, le chef de siège est condamné pour homicide involontaire, mais la faute inexcusable des houillères ne sera pas établie. Et la Sécurité sociale n'a pas majoré les rentes des veuves et des orphelins. Pour la justice, l'affaire est donc close, et pour les familles, il reste le souvenir des heures terribles qu'elles ont vécu, il y a dix ans déjà.