La crise de la pêche à Boulogne sur Mer

23 novembre 1992
01m 46s
Réf. 03008

Notice

Résumé :

Depuis le milieu des années 70, le malaise social grandit chez les pêcheurs boulonnais. Leur secteur connaît une crise liée à la surexploitation des fonds marins. Au début des années 90, ils s'interrogent sur l'avenir de leur activité.

Date de diffusion :
23 novembre 1992
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le port de Boulogne a connu un essor important de la seconde moitié du XIXe siècle aux Trente Glorieuses. Au début des années 70, des difficultés liées à la surexploitation des fonds ont cependant émergé malgré la modernisation des flotilles de pêche de Boulogne sur Mer. La politique européenne a renforcé le malaise grandissant chez les pêcheurs: réduction des quotas de pêche et du nombre de flotilles. Ils ont manifesté à plusieurs reprises contre la diminution des hommes d'équipage à bord des chalutiers, la hausse du prix du carburant et les importations de poisson en-dessous des prix imposés par la Communauté européenne.

Dans les années 80, la pêche a poursuivi son déclin et en 1990, il ne restait qu'une vingtaine de chalutiers de pêche industrielle. La pêche artisanale ne représentait plus une part aussi importante du marché (chute du tiers de la production en moins de 20 ans). La pêche industrielle reste cependant encore aujourd'hui une ressource essentielle de la ville. Boulogne demeure le premier port français en tonnage de poissons pêchés, même si le volume total des prises a été divisé par 2 depuis la fin des années 70. La pêche alimente une importante industrie agro-alimentaire. Elle génère des activités de transformation et de commercialisation du poisson: mareyage (vente en gros), salaison, surgélation, conserveries et plats cuisinés. Pour faire face à la demande, les entreprises industrielles concernées doivent faire appel à des poissons importés (crevettes sénégalaises, cabillaud russe).

Boulogne réoriente également ses activités vers le secteur tertiaire. Des efforts dans le secteur de la formation maritime sont entrepris: création d'un IUT "Biologie marine appliquée" et d'une école de commerce orientée vers l'agro-alimentaire. Depuis 1991, Nausicaa, musée de la mer ouvert au grand public, allie activités pédagogiques, de recherche et de formation. C'est le plus grand complexe européen dédié à la connaissance de la mer avec 15 000m carrés d'expositions et d'activités diverses et 1 400m carrés d'aquariums.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage évoque le malaise du secteur de la pêche boulonnaise. Il alterne entre plans généraux du port et interviews d'acteurs locaux. Le commentaire est très littéraire. Le journaliste enquête d'abord sur les raisons de la crise, puis en analyse les conséquences possibles sur les activités de transformation en aval (conservation, surgélation...). Il met l'accent sur le calme apparent qui règne sur la ville malgré la gravité de la crise traversée. Les images des pêcheurs au travail et l'interview d'un patron de chalutier viennent accentuer cette impression de fatalisme de la part des marins pêcheurs.

Les deux interviews permettent également de comprendre la lucidité dont font preuve les boulonnais: la course au rendement, la modernisation des bateaux et la forte compétitivité entre les marins participent à la surexploitation des fonds. Le reporter ne se contente donc pas ici de recueillir les réactions de mécontentement des pêcheurs mais approfondit l'analyse de la situation. Son commentaire fournit aux télespectateurs un panorama complet de la crise boulonnaise. Il insiste sur ses causes structurelles et pas seulement conjoncturelles (ici, les mesures récemment prises par Bruxelles).

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Les pêcheurs le savent, le calme précède souvent la tempête. Si le soleil brillait aujourd'hui sur Boulogne, le mauvais temps est annoncé pour cette nuit et demain. Alors les pêcheurs restent à quai et en profitent pour réparer les filets et s'échanger les dernières nouvelles de Bruxelles. Sans colère, avec beaucoup de clairvoyance, ils jettent un regard lucide sur les problèmes du métier : trop de bateaux, pas assez de poissons, il faut bien vivre.
Inconnu
Non, il y a pas de moins en moins de poisson, mais on le pêche plus vite, alors voilà ! Tout le monde il se contenterait de pêcher ce qu'il faut pour vivre, ça irait, et là on y va avec des quatre mètres de creux, tous les temps, on détruit toujours et puis voilà, tiens. Tout le monde il serait là avec un temps comme ça, ben, ça irait. Et le problème il est là quoi : vous avez des outils trop gros à amortir, alors il faut toujours y être. On s'est fait dépasser par l'outil, c'est le seul problème qui a.
Journaliste
Pêche industrielle ou pêche artisanale, chacun s'attend au pire. Il faudra bien passer par les nouveaux règlements communautaires, même si on a su habilement contourner l'application du Plan [Mélique] pour en limiter les effets. Ce sera, cette fois encore, chacun pour soi.
Inconnu 2
Le pêcheur n'est quand même pas trop à se serrer les coudes entre eux, donc c'est peut-être ça aussi qu'il y a pas tellement d'entente. Alors s'ils se serraient les coudes, ça irait peut-être un petit peu mieux, comme les agriculteurs.
Journaliste
Premier port de pêche de France, Boulogne entend le rester. Sa résistance aux propositions de Bruxelles s'appuie sur la sauvegarde de toute l'industrie de la mer. Deux cents entreprise, [INCOMPRIS], salaison, conserve, plus de sept mille emplois. Encore faut-il qu'il y ait des bateaux, encore faut-il qu'il y ait du poisson.