L'implantation de l'usine Toyota à Onnaing

28 janvier 2001
02m 10s
Réf. 03010

Notice

Résumé :

A Valenciennes, à quelques jours de la sortie d'usine des premières Toyota Yaris, le reportage revient sur le choix de ce site de production en plein coeur de l'ancien bassin minier.

Date de diffusion :
28 janvier 2001

Contexte historique

L'arrivée de l'usine Toyota sur le site de Valenciennes-Onnaing illustre la reconversion industrielle du bassin minier. Depuis les années 60, les deux secteurs piliers de l'économie régionale, le charbon et le textile, ont connu une diminution irrémédiable de leur production. Pour sortir de cette crise, les élus locaux ont entrepris des efforts pour réorienter l'activité économique locale, notamment dans le secteur automobile. L'installation d'une usine de production Renault à Douai au milieu des années 70 a emboîté le pas à l'arrivée d'autres constructeurs. Naguère absent du paysage industriel de la région, le secteur automobile représente aujourd'hui 12% des actifs nationaux de la branche (2ème rang national après l'Ile-de-France). Les différentes étapes de la chaîne de production sont représentées: conception des moteurs ( la Française de mécanique à Douvrin), usines d'assemblage (Renault), équipementiers (pneus Brigestone à Béthune).

La région Nord-Pas-de-Calais bénéficie également de sa situation de carrefour entre le marché de consommation du Nord-Ouest européen et à proximité de Paris (soit un total de 100 000 millions de consommateurs dans un rayon de 300 km). Elle attire de nombreux investisseurs étrangers. Sans tenir compte de l'arrivée de Toyota, le Nord-Pas-de Calais est déjà à la tête du classement des régions françaises bénéficiant des investissements étrangers les plus conséquents. Les secteurs industriels concernés sont nombreux: chimie, grande distribution,textile. Cette attractivité est encouragée par les pouvoirs politiques locaux, nationaux et européens. Le Programme d'action et de coopération transfrontalier européen INTERREG a mis en vigueur une série de mesures en faveur de l'implantation d'entreprises transfrontalières dans la région. L'entreprise japonaise Toyota a donc choisi le Valenciennois afin de toucher très largement le marché européen et de bénéficier d'un savoir-faire déjà existant dans la région. Valenciennes, commune de 40 000 d'habitants, connaissait avant l'arrivée du constructeur automobile un taux de chômage voisin de 20%.

Depuis le début de la construction du nouveau site en 1998, le nombre d'emplois créés ne cesse d'augmenter. L'usine productrice de Yaris emploie actuellement près de 3000 employés et devrait atteindre cette année une production journalière de 1000 voitures. Valenciennes est donc souvent citée en exemple d'une reconversion-modèle mise au crédit de l'action de son maire de l'époque, Jean-Louis Borloo. Un point reste cependant toujours en suspens: il paraît difficile pour l'Etat de faire pression sur ces investisseurs étrangers, dont les décisions demeurent avant tout conditionnées par l'état du marché. A plus long terme, les risques de délocalisation font donc peser une menace non négligeable sur l'équilibre économique local.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

A quelques jours de la sortie d'usine des premières Toyota Yaris sur le site de Valenciennes-Onnaing, le reportage retrace la genèse du projet. Le commentaire est très narratif et présente cette implantation d'usine avant tout comme une formidable aventure humaine. Les images d'archives alternent avec des interviews des principaux acteurs de terrain, inconnus du grand public. C'est ce qui fait l'originalité de ce reportage qui ne se contente pas de recueillir les points de vue des acteurs médiatiques du projet (comme Jean-Louis Borloo, maire de Valenciennes, ou les dirigeants de Toyota). Il s'intéresse davantage au rôle joué par des acteurs anonymes à chaque étape du projet: des négociations secrètes du marché à la réalisation concrète, en un délai record.

Le télespectateur a donc l'impression d'avoir accès aux coulisses de l'événement, ce qui rend le difficile exercice de la rétrospective plus attractif et pédagogique. Le ton du reportage retranscrit également l'enthousiasme véhiculé par l'implantation de l'usine japonaise à Valenciennes: la concrétisation de ce projet est présentée en conclusion comme la réalisation d'un rêve. Il ne s'agit pas seulement d'une banale implantation d'usine mais de la naissance d'un nouvel espoir pour l'économie de l'ancien pays minier longtemps sinistrée.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Toyota va t-il s'implanter à Lens ?
Journaliste 2
Mars 97, le printemps n'est pas encore arrivé, mais déjà fleurissent dans la presse des nouvelles. Elles concernent Toyota et son intention de s'implanter en France, dans le Nord Pas-de-Calais. A la chambre de commerce de Valenciennes, on est déjà au courant depuis un an, mais on garde le silence. Février 96, Béatrice [Santoxnop] est aux États-unis pour un salon automobile. Un sous-traitant américain lui dévoile les intentions de Toyota. Pour en avoir le coeur net, elle s'envole pour le Japon et rencontre la personne chargée du projet.
Béatrice Santoxnop
Elle me dit : écoutez, on est quand même étonnés que cela se dise, parce que oui, effectivement, il y a un projet, la France est considérée, mais on n'en parle pas. Et donc ça a été l'occasion pour moi de présenter le Valenciennois et la région Nord Pas-de-Calais.
Journaliste 2
Avant les autres ?
Béatrice Santoxnop
Avant les autres.
Journaliste 2
Un léger avantage que le Valenciennois gardera jusqu'au bout. Ce jour-là, c'est le petit-fils du fondateur de Toyota qui officialise la nouvelle, et ce jour-là, seule la date du lancement de la production est annoncée : janvier 2001. Car le constructeur japonais ne connaît alors ni la voiture ni le type d'usine qu'il construira à Onnaing. Mars 99, les travaux commencent. Ces deux hommes sont chargés de coordonner le chantier. Amis dans la vie, [Philippe Ebrand et Didier Van Nuys] auront l'occasion de s'accrocher durant deux ans, car il leur faut construire et équiper l'usine quasiment en même temps.
Inconnu
Des problèmes, on en a eus, des entreprises qui ne rencontraient pas leurs délais, ou des entreprises qui n'avaient plus les moyens ou les ressources, donc nous on devait se déphaser, mais de leur côté ils avaient certaines marques pour l'installation de leurs équipements, ils souhaitaient les garder, alors là ça faisait des conflits.
Inconnu 2
Parce que c'est énormément stressant de rencontrer autant de problèmes qu'il faut résoudre dans des temps très courts. Donc c'est stressant. Et à certains moments, bon ben effectivement, on en a ras la patate et on pète un peu les plombs finalement. Mais l'important c'est qu'on est toujours parvenu à revenir et à rediscuter, et à reconstruire.
Journaliste 2
Pari réussi avec six mois d'avance sur le meilleur calendrier jamais tenu par Toyota. Même phénomène pour le recrutement : ils sont mille cents salariés aujourd'hui, mille cinq cents en mai prochain avec la deuxième équipe, du rêve à la réalité.