La verrerie de Passavant-la-Rochère

25 février 1966
06m 07s
Réf. 03016

Notice

Résumé :

Présentation de la verrerie de Passavant-la-Rochère et des différentes étapes de la fabrication du verre.

Date de diffusion :
25 février 1966

Contexte historique

La verrerie La Rochère, située à Passavant, dans la Haute-Saône, a été fondée en 1475 par Simon de Thysac avec les encouragements des ducs de Lorraine. Elle a été installée dans un lieu riche en matières et matériaux nécessaires à la fabrication du verre, tels que le sable, le bois et la fougère. Elle s'est surtout développée au XVIIIe siècle, puis davantage encore à partir de son acquisition en 1859 par François-Xavier Fouillot. Elle est demeurée une entreprise familiale et ses descendants continuent de la diriger.

C'est aujourd'hui la plus ancienne verrerie en activité en France, qui reçoit plus de 100 000 visiteurs par an. Unique verrerie de la région Franche-Comté à produire du verre à une échelle industrielle, elle emploie près de 250 salariés contre une cinquantaine en 1835 et 185 à la fin du XIXe siècle. La verrerie de Passavant-la-Rochère fabrique actuellement trois principaux types de produits. Les premiers sont des matériaux de construction tels que des tuiles, des pavés et des briques de verres. De la verrerie de table y est aussi fabriquée, dont une partie, en verre pressé ou en cristallin soufflé mécaniquement, est destinée à la restauration, tandis que l'autre partie, en cristallin, est produite pour l'art de la table. La verrerie de Passavant-la-Rochère fabrique également des articles de décoration.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage présenté au journal télévisé régional "Franche-Comté actualités" le 25 février 1966 se veut résolument pédagogique: il vise à la fois à présenter la verrerie de Passavant-la-Rochère et à expliquer la fabrication du verre. C'est donc avant tout un sujet technique qui détaille chaque étape de ce processus, depuis la sortie des fours de la boule de verre en fusion jusqu'à la préparation de l'expédition des produits finis pour leur commercialisation. Plusieurs plans d'ouvriers au travail sont d'ailleurs sans commentaire, accompagnés seulement par de la musique: il s'agit de laisser le téléspectateur observer lui-même la fabrication du verre.

Principalement technique, ce sujet apparaît également esthétique. La boule de verre en fusion, source lumineuse au milieu de l'obscurité, est ainsi fréquemment montrée à l'écran et atteste du "merveilleux spectacle" évoqué par le journaliste. Le reportage s'emploie en outre à présenter des acteurs de la verrerie de Passavant-la-Rochère. Leurs témoignages, intégrés au milieu de la description de la fabrication du verre, sont recueillis par le biais d'interviews réalisées sur les lieux mêmes de leur travail qui insistent plus spécifiquement sur l'importance régionale de la verrerie. La directrice présente d'abord les principales caractéristiques de son usine: elle semble mal à l'aise face à la caméra et porte souvent son regard sur son bureau, sur lequel se trouvent certainement des notes qu'elle lit.

Deux ouvriers ont aussi été choisis de manière symbolique: l'un est le plus ancien de l'entreprise, l'autre est la dernière arrivée. Ce choix illustre l'idée récurrente énoncée par le journaliste tout au long du reportage, à savoir que le travail du verre s'inscrit à la fois dans un héritage très ancien et dans l'innovation.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
C'est sous l'Empire romain que les premiers feux des verreries se sont allumés en Gaule, où les forêts fournissaient le combustible, ce qui valut d'ailleurs au pays son déboisement. Si l'on en croit les textes, les souverains, inquiets de ces ravages, prirent des arrêts sévères. La Franche-Comté indépendant accueillit alors les verriers, et leur offrit ses forêts et ses sables. Des nombreuses verreries artisanales, peu franchirent le cap de l'industrialisation qui marqua le dix-neuvième siècle. Dans la verrerie de Passavant, la dernière de Franche-Comté, modernisation et mécanisation sont les mots d'ordre. Mais a t-on tiré complètement le voile sur le passé ? Ces images nous disent non. Combien sont-ils à aimer encore ce dur métier ? Écoutons la directrice de cette verrerie.
Journaliste 2
Madame Giraud, vous dirigez cette entreprise qui emploie combien de personnes ?
Elisabeth Giraud
Nous employons deux cents personnes environ. 80% du personnel est logé par l'entreprise à La Rochère même, ou à Passavant. Depuis 58, nous avons bâti vingt-huit pavillons et nous continuons d'en bâtir.
Journaliste 2
Comment sont formés les ouvriers ?
Elisabeth Giraud
Les jeunes verriers sont formés sur place par les plus compétents. Chaque verrier prend chaque jour, pendant le dernier quart d'heure de travail, la place de l'ouvrier dont la qualification professionnelle est directement supérieure à lui. Et le plus qualifié prend très gentiment la place du débutant.
Journaliste
Gestes vieux de plusieurs siècles. Dans le début de la fabrication, le verre fin se façonne toujours à la main. Il se travaille à la canne, tube de fer de deux mètres de long, un outil qui remonte aux débuts de l'ère chrétienne. Les ouvriers travaillent par équipes de trois ou quatre. Le premier est le cueilleur : il va, comme son nom l'indique, cueillir la boule de verre en fusion appelée paraison, et la transforme en une grosse bulle incandescente qu'il passera au deuxième ouvrier.
(Musique)
Journaliste 2
Monsieur Henri Floriot, vous êtes le plus vieil employé de cette verrerie, est-ce que vous êtes de la région ?
Lucien Floriot
Oui, je suis des environs et je suis venu travailler ici dès mon jeune âge, et nous avons beaucoup travaillé, et le métier me plait beaucoup, et c'est pour ça que je reste dans la région car il y a moins d'industries dans tous les environs.
Journaliste 2
Est-ce que les méthodes de fabrication étaient les mêmes à vos débuts qu'aujourd'hui ?
Lucien Floriot
Ça a beaucoup changé, ça a évolué, il y a un grand, très grand progrès, et je souhaite que ça continue de tout mon coeur.
Journaliste
Oui, le progrès a entraîné la mécanisation, pour le bien-être de chacun. Le deuxième ouvrier, le décoreur, après avoir ébauché le futur verre, va en obtenir la forme définitive grâce à ce moule.
(Silence)
Journaliste
Pendant ce temps, le spectacle autour du feu continue. Curieux spectacle que ce ballet exécuté par des cueilleurs aux gestes d'une extrême précision. Autre forme, mais mêmes gestes : sur cette estrade, ils sont deux verriers à façonner le verre, le décorateur et le chef de place. Encore un nom propre à la verrerie, et qui désigne le responsable de l'acheminement vers la forme définitive.
(Silence)
Journaliste
Dernière opération, elle consiste à couper leur rebord, et un verre sera né. Mais pour le commercialiser, il faudra le recuire pour lui donner sa résistance.
(Silence)
Journaliste 2
Bernadette Lenoble, vous êtes la plus jeune employée de cette verrerie, pourquoi y être entrée ?
Bernadette Lenoble
C'est un travail qui me plaisait beaucoup et c'est un travail pour les femmes du côté esthétique.
Journaliste 2
Comptez-vous rester dans la région ?
Bernadette Lenoble
Oui monsieur, je suis fiancée, d'abord je compte me marier et venir travailler ici avec mon mari. Puis d'abord quand on se marie ici, nous aurons plus de facilité à venir travailler tous les deux ici.
Journaliste
Lavé puis décoré, le verre est prêt à orner votre table. Avec cette boule en fusion, on joue de cent manières pour que bientôt elle prenne forme. C'est ainsi que le verre devient verre, au cours d'un merveilleux spectacle dont nous avons essayé de vous donner un reflet dans cette industrie vieille de plusieurs siècle mais cependant toujours jeune, parce que tournée vers l'avenir, vers le progrès.
(Silence)