Cérémonie d'hommage à Jean Moulin à Lyon pour le quarantième anniversaire de sa mort

20 juin 1983
02m 21s
Réf. 03018

Notice

Résumé :

Le 19 juin 1983, un hommage est rendu à Jean Moulin à Lyon à l'occasion du quarantième anniversaire de son arrestation et de sa mort. Le ministre de la Défense Charles Hernu prononce un discours place Bellecour.

Date de diffusion :
20 juin 1983
Date d'événement :
19 juin 1983

Contexte historique

Préfet d'Eure-et-Loir, Jean Moulin refuse en juin 1940 de signer un document présenté par les Allemands qui accuse des tirailleurs sénégalais d'atrocités. Vichy le met en disponibilité et il gagne Londres en septembre 1941. Le général de Gaulle le nomme alors délégué pour la zone non occupée: il a pour mission de coordonner les mouvements de Résistance de la zone Sud. Parachuté en France en janvier 1942, il parvient à les rassembler au sein des Mouvements unis de la Résistance en janvier 1943 et est nommé à la présidence du Conseil national de la Résistance, qui se réunit pour la première fois le 27 mai 1943. Trahi, il est arrêté le 21 juin 1943, à Caluire, par la Gestapo. Après avoir été torturé, il meurt lors de son transfert en Allemagne.

Ses cendres furent déposées au Panthéon le 19 décembre 1964 lors d'une cérémonie présidée par le général de Gaulle et au cours de laquelle André Malraux prononça un vibrant discours. La mémoire de Jean Moulin est tout particulièrement présente à Lyon où fut notamment organisée le 19 juin 1983 une cérémonie d'hommage pour le quarantième anniversaire de sa mort, en présence du ministre de la Défense Charles Hernu et du secrétaire d'Etat aux anciens combattants Jean Laurain. Lyon a de fait été la capitale de la Résistance de 1940 à 1944. C'est là que s'installent dès la fin de 1941 les trois principaux mouvements résistants nés en zone Sud, Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur.

C'est là aussi que Jean Moulin met au point "l'Armée secrète" dirigée par le général Delestraint, et qu'il mène son action d'unification de la Résistance. S'il préside à Paris la première séance du Conseil national de la Résistance, le 27 mai 1943, il est capturé à Caluire, dans la banlieue lyonnaise. Il est ensuite interrogé par Klaus Barbie et torturé au siège de la Gestapo à Lyon, là où le Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation a symboliquement choisi de s'installer en 1992.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage commémore le quarantième anniversaire de la mort de Jean Moulin en deux séquences bien différentes. Dans un premier moment, son arrestation par la Gestapo le 21 juin 1943 et sa torture sont évoquées par des plans de la statue érigée en sa mémoire à Caluire. Les images des drapeaux français symbolisent quant à elles l'union nationale qu'a réalisée Jean Moulin en rassemblant les mouvements de la Résistance. Un extrait du discours prononcé par André Malraux le 19 décembre 1964 lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon vient en appoint de ces plans d'illustration, sans que le journaliste ne précise à aucun moment l'origine de ces paroles.

Une seconde séquence rend compte de manière très classique de la cérémonie de commémoration qui a été organisée place Bellecour, à Lyon. Le gouvernement de Pierre Mauroy avait en effet décidé de rendre un hommage exceptionnel à Jean Moulin pour le quarantième anniversaire de sa mort. Le président de la République François Mitterrand avait présidé une cérémonie à l'Arc de triomphe à Paris le 17 juin 1983, tandis que plusieurs autres avaient eu lieu en province, dont le 19 juin 1983 à Lyon, où Jean Moulin avait été torturé par Klaus Barbie. Les acteurs usuels de ce genre de célébration sont présents: le maire de la ville: Francisque Collomb, le représentant du gouvernement: le ministre de la Défense Charles Hernu, des élus et de nombreuses personnalités, ainsi que les membres des associations d'anciens combattants et de résistants derrière leurs drapeaux.

L'insertion finale d'un extrait d'une allocution officielle, prononcée par Charles Hernu, est aussi courante dans les sujets qui traitent des cérémonies commémoratives. Hernu s'appuie sur l'exemple de Jean Moulin pour évoquer des questions qui l'intéressent plus directement en tant que ministre de la Défense, à savoir l'importance de l'esprit de défense et de l'unité nationale.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Cette stèle érigée à Caluire, où Jean Moulin fut arrêté par la Gestapo en juin 43, symbolise les souffrances de celui auquel Malraux disait :
André Malraux
Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons. Elles portent le deuil de la France et le tien.
Journaliste
Témoin symbole de sombres jours ou de victoire, le veilleur de pierre était fleuri, sur cet emplacement où non loin de là la Gestapo fusillait des résistants en 1944. Fourvière émergeait hier au-dessus d'une forêt de drapeaux. Hommage solennel était rendu à l'unificateur des réseaux de résistance dont le sénateur maire de Lyon et le Ministre de la Défense, à propos de l'unité nationale, citaient la fameuse phrase : messieurs, il y a la France. Pour Monsieur Hernu, l'action intérieure d'hommes résolus de l'époque pour la liberté et la justice implique la continuité.
Charles Hernu
Le gouvernement dont je fais partie réaffirme son attachement à la démocratie et à la paix qui la conditionne. C'est pourquoi l'esprit de défense nous parait dans notre pays aujourd'hui aussi essentielle. L'armée de la France est là, l'armée qui veille, et qui, chaque jour, accomplit sa mission. Mais la paix exige la responsabilité de chaque citoyen. L'indépendance implique la volonté de défense de toutes les femmes et de tous les hommes de ce pays, des jeunes et des moins jeunes. Cette volonté ne saurait perdurer sans la conscience aiguë que nous avons de notre unité nationale. Jean Moulin, alors qu'il craignait que les rivalités de ses compagnons ne prennent le pas sur les desseins de liberté qui les avaient réunis, leur dit, simplement c'est vrai comme vient de le rappeler le sénateur maire de Lyon, il leur dit simplement : Messieurs, il y a la France.
(Silence)