Le synchrotron de Grenoble

18 octobre 1984
01m 26s
Réf. 03020

Notice

Résumé :

En octobre 1984, la décision a été prise d'installer un synchrotron européen à Grenoble.

Date de diffusion :
18 octobre 1984
Date d'événement :
30 septembre 1994

Contexte historique

Grenoble possède le second pôle de recherche scientifique et technique de France, après Paris: 17 000 chercheurs y travaillent et quelque 60 000 étudiants fréquentent ses universités et écoles supérieures. La capitale du Dauphiné abrite en particulier de nombreux laboratoires de recherche, tels que le Centre d'Etudes Nucléaires, l'Institut Laue-Langevin, dont le réacteur à haut flux de neutrons a été mis en place en 1967, et l'Institut franco-allemand de radioastronomie. C'est également Grenoble qui est choisie en octobre 1984 par le gouvernement Fabius pour l'implantation du synchrotron européen, au détriment de Strasbourg, qui avait été initialement retenue.

Issu d'un partenariat entre la France et la République fédérale d'Allemagne amorcé en 1975, le European Synchrotron Radiation Facility (ESRF), ou Installation européenne de rayonnement synchrotron, est inauguré le 30 septembre 1994 à proximité de l'Institut Laue-Langevin. Le synchrotron est un accélérateur d'électrons. Ceux-ci sont injectés dans un anneau de 844 mètres de circonférence, dans lequel ils tournent à une vitesse proche de celle de la lumière, en émettant des rayons X de très grande intensité dans une très large bande de fréquence. Les faisceaux de rayons X sont ensuite dirigés et focalisés sur les objets à étudier. Le synchrotron permet d'améliorer les applications classiques des rayons X en physique, chimie, biologie, sciences des matériaux et médecine. Il est également utilisé pour des travaux archéologiques. 80% de l'activité de l'ESRF repose en fait sur la recherche fondamentale effectuée par des instituts scientifiques, tandis que 20% est représentée par la recherche industrielle.

Cet organisme apparaît comme un modèle de coopération scientifique européenne. Dix-sept pays européens participent en effet au financement de cette source de lumière synchrotron la plus puissante d'Europe - la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Suisse, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède, le Portugal, l'Autriche, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie -, auxquels il faut ajouter Israël. Plusieurs milliers de chercheurs de toutes nationalités viennent chaque année à Grenoble réaliser des expériences. En 2004, le synchrotron de Grenoble a ainsi procédé à 1 355 expériences conduites par 5 140 chercheurs originaires de plus de 30 pays.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet de FR3 Grenoble s'intéresse à un événement de portée régionale, mais plus largement nationale et européenne: la décision d'implanter le synchrotron dans la capitale du Dauphiné. Il ne s'agit pas d'un reportage scientifique. Il n'aborde pas le synchrotron d'un point de vue uniquement technique qui expliquerait seulement son fonctionnement.

Ce bref sujet propose plutôt un traitement complet qui envisage aussi bien l'intérêt scientifique qu'économique du synchrotron. De même, il évalue à la fois son impact local sur Grenoble et ses répercussions sur l'ensemble de la recherche française. Pédagogique, il décrit avec clarté ce qu'est un synchrotron, tout en évoquant le nombre d'emplois créés ou le budget. Il ne propose bien évidemment aucune image du synchrotron puisque la décision de l'installer à Grenoble vient alors seulement d'être prise. Il a donc recours à quelques artifices pour le rendre concret: un zoom sur une affiche qui en fait la promotion et sur laquelle on voit l'anneau sous des sommets enneigés qui symbolisent Grenoble et sa région, des plans du futur site, ainsi que des images d'archives, présentant installations de recherche et scientifiques au travail.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Quatre cents emplois, deux mille chercheurs chaque année à Grenoble, c'est cela aussi le Synchrotron, et c'est la raison pour laquelle la lutte était aussi âpre entre Grenoble et Strasbourg. Qu'est-ce que cet engin ? Toutes proportions gardées, c'est en fait un Cern à l'échelle de la France qui va être édifié sur le site de l'Institut Laue-Langevin et du CENG. Un anneau de près de huit cents mètres de long, où l'on va stocker des électrons pour les faire ensuite, en les accélérant, se percuter, et étudier ainsi les différentes particules qui en résulteront. Des particules qui ont parfois des durées de vie de l'ordre du milliardième de seconde, et qu'il faut réussir à piéger pour prouver qu'elles existent. Près d'une centaine d'expériences pourront être réalisées simultanément dans des laboratoires annexes, car le Synchrotron, ce n'est pas seulement un anneau. C'est aussi une masse d'installations techniques sur quarante mille mètres carrés pour fournir l'énergie nécessaire, pour refroidir, mais aussi pour analyser les expériences avec une batterie de trente-six ordinateurs. Voire même des installations de télécommunication par satellite pour connecter le Synchrotron avec d'autres laboratoires à l'étranger. Ce sera en tout cas une carte maîtresse pour notre pays dans l'étude des particules, et qui complètera ce que font nos chercheurs au Centre européen de Recherche nucléaire à Genève. Coût global de l'opération : huit cent quatre-vingt dix millions de francs et la promesse, pour les entreprises locales, de participer à ce formidable chantier.