Le recours aux canons à neige dans les stations de sports d'hiver des Alpes

16 janvier 1986
01m 38s
Réf. 03021

Notice

Résumé :

Une réunion de représentants de stations de sports d'hiver françaises consacrée à l'enneigement artificiel a lieu mi-janvier 1986 à Méribel. L'avantage économique des canons à neige est détaillé.

Date de diffusion :
16 janvier 1986

Contexte historique

Depuis les années 1980, les stations de sports d'hiver françaises n'ont cessé de développer leur équipement en canons à neige. Ceux-ci garantissent un enneigement minimum, quelles que soient les conditions climatiques, cette neige artificielle pouvant se fabriquer à partir de - 2 degrés Celsius. Or, le déficit d'enneigement s'est accru de manière significative dans l'ensemble des massifs à partir des années 1980 en raison du réchauffement climatique. Les canons à neige permettent d'y remédier en partie et donnent aux stations la possibilité de maîtriser les dates d'ouverture et de clôture de leur saison et d'ouvrir un maximum de pistes aux skieurs. Ils favorisent donc la préservation, voire la poursuite du développement de toute une économie montagnarde fondée sur "l'or blanc".

De plus en plus de stations de sports d'hiver ont ainsi choisi de s'équiper en canons à neige: si seules 25 en étaient pourvues au cours de la saison 1983-1984, 127 l'étaient déjà durant la saison 1993-1994 et 188 lors de la saison 2003-2004. Ce sont logiquement les Alpes du Nord, qui concentrent 56% de l'ensemble des remontées mécaniques en France et 76% de leur chiffre d'affaires, qui se sont le plus équipées pour produire de la neige de culture: en 2004-2005, 2 407 hectares étaient enneigés artificiellement dans les Alpes du Nord en 2005 contre 1 000 hectares dans les Alpes du Sud, 582 dans les Pyrénées, 112 dans le Massif central, 10 dans les Vosges et 72 dans le Jura. Pour la seule année 2002, les stations de ski françaises ont par exemple investi 46 millions d'euros dans des canons à neige. Les trois stations qui en possèdent le plus sont L'Alpe d'Huez, avec 770 canons à neige, Méribel avec 675 canons et Courchevel avec 562. La plupart des stations y ont donc désormais recours, et une station de moyenne importance comme Peisey-Vallandry, en Savoie, dispose ainsi de 71 canons à neige pour 36 kilomètres de pistes.

Ces équipements font cependant l'objet de critiques croissantes. C'est tout d'abord leur coût élevé, particulièrement pour les stations de moyenne montagne, qui est remis en cause. Surtout, ils suscitent l'opposition des associations environnementales. Celles-ci dénoncent principalement leur forte consommation d'eau, un mètre cube étant nécessaire pour 2 mètres cubes de neige fabriquée, alors que l'hiver la ressource en eau en montagne est précisément à son plus bas niveau. En outre, dans certains cas les additifs ajoutés à l'eau des canons à neige afin d'accélérer la formation du gel favorisent la pollution des sols. Enfin, la multiplication des retenues collinaires artificielles, bassins d'eau à l'air libre utilisés pour fabriquer de la neige artificielle, porte atteinte au paysage montagnard.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage de FR3 Grenoble consacré à l'enneigement artificiel a été réalisé à l'occasion de la tenue à Méribel d'un congrès sur cette question en janvier 1986. Il est uniquement axé sur l'idée que les canons à neige sont devenus un véritable impératif économique. Le journaliste met en avant cette idée tout au long du sujet, qui est également reprise par une personne interviewée. La qualité ou la fonction de cette dernière n'est du reste pas du tout précisée par le reportage: cela enlève une grande part de la valeur de ce témoignage, étant donné que le téléspectateur ne sait pas s'il s'agit d'un représentant d'une station de sports d'hiver ou bien s'il s'agit d'un membre de la société spécialisée dans l'enneigement artificiel.

Ce qui frappe le plus dans ce sujet, c'est le traitement exclusivement positif que le journaliste fait des canons à neige. Ainsi qu'en témoignent les plans de pistes blanchies alors que leurs alentours sont totalement dépourvus de neige, ou celles de canons à neige en action, l'enneigement artificiel est présenté comme un remède miracle dont les stations de ski ne peuvent désormais plus se passer. De même, les images des machines et des ordinateurs qui commandent les canons à neige visent à montrer la facilité de leur utilisation. Le commentaire n'évoque ainsi absolument pas les problèmes que posent ces canons, surtout pour l'environnement: ni leur consommation très gourmande en eau, ni celle en énergie, ni leur éventuelle pollution des sols ne sont mentionnées par le journaliste.

Cette absence de critique, qui fait quelque peu passer le sujet pour une publicité en faveur des fabricants de neige artificielle, témoigne d'un parti pris qui privilégie l'économie. Il est aussi tout à fait représentatif de l'époque de sa réalisation, à savoir le milieu des années 1980, quand les questions environnementales étaient nettement moins prises en compte. A l'inverse, les reportages du début des années 2000 consacrés à l'équipement des stations de sports d'hiver en canons à neige évoquent fréquemment leurs conséquences néfastes sur l'environnement.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Encore une fois, les fabricants de neige se frottent les mains. Le Père-Noël, en oubliant les skieurs dans sa liste de cadeaux de fin d'année, leur facilite bien les choses. La neige artificielle devient une nécessité économique. C'est du moins ce qui ressort d'une réunion tenue mardi dernier à Meribel. En France, pour l'instant, quarante stations sont équipées et les autres vont y venir tôt ou tard. Les chiffres catastrophiques du début de saison sans neige accélèrent les choses. De plus, le seul constructeur mondial de matériel capable de fabriquer de la neige sans intervention humaine est français. Il exporte sa technologie dans le monde entier, une technologie qui s'améliore d'années en années. Argument numéro un donc, l'automatisation intégrale. Le fleuron de cette technique en service à Meribel a été longuement expliqué aux spécialistes : les coûts de personnel, surtout la nuit, la nécessité de réagir au moindre changement climatologique, le besoin de rentabiliser au maximum des installations coûteuses, tous ces arguments, les responsables des stations les connaissent désormais par coeur. Et les sceptiques s'aperçoivent que sur trois saisons à l'enneigement délicat, l'installation est en bonne voie d'amortissement. La neige est garantie, le tourisme d'hiver peut fonctionner.
Inconnu
C'est vital. Si seules les stations équipées peuvent vivre l'hiver, les stations qui ne le seront pas, par la force des choses, ne seront plus économiquement viables.