Le centre de recherche nucléaire de Cadarache

15 janvier 1982
03m 55s
Réf. 03036

Notice

Résumé :

Visite du centre du Commissariat à l'énergie atomique de Cadarache à l'occasion de l'ouverture au public le lendemain des laboratoires et centres de recherche scientifique dans toute la France.

Date de diffusion :
15 janvier 1982
Date d'événement :
14 octobre 1959
Source :

Contexte historique

Le centre de recherche de Cadarache a été créé le 14 octobre 1959 par le Commissariat à l'énergie atomique. Situé sur la commune de Saint-Paul-Lez-Durance, dans les Bouches-du-Rhône, à une vingtaine de kilomètres de Manosque et s'étendant sur une superficie de 1 600 hectares, il s'agit d'un des plus importants centres de recherche nucléaire en Europe, et du second en France derrière celui du Commissariat à l'énergie atomique à Saclay. Depuis sa fondation, il s'est essentiellement consacré à la recherche sur les réacteurs, en particulier ceux à neutrons rapides, à la fission et à la fusion nucléaires.

Cadarache va prochainement connaître un très important développement. Au terme d'intenses négociations, l'Union européenne, le Japon, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la Corée du Sud l'ont en effet choisi au détriment du site japonais de Rokkasho-Mura pour être le lieu de l'implantation du réacteur expérimental à fusion thermonucléaire ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), programme fondé par ces six partenaires. ITER a pour objectif de trouver un moyen de produire de l'énergie de manière quasiment illimitée. Les premiers travaux d'ITER doivent débuter au début de 2007 et la phase d'exploitation est prévue pour commencer en 2015.

Selon les estimations, l'implantation d'ITER à Cadarache pourrait créer quelque 8 000 emplois et apporter 2 milliards d'euros de retombées économiques pour l'ensemble de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Toutefois, ITER suscite également de fortes oppositions, provenant notamment des associations écologiques qui s'inquiètent du traitement des futurs déchets nucléaires.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Faisant l'ouverture du journal régional de FR 3 Marseille le 15 janvier 1982, ce sujet s'emploie à illustrer par un exemple régional l'ouverture au public, le lendemain, de nombreux centres de recherche dans toute la France: celui du centre du Commissariat à l'énergie atomique de Cadarache. Il est précédé par un long lancement qui évoque surtout une série de généralités, voire de banalités, sur le travail des scientifiques. Le reportage proprement dit a plus particulièrement pour objectif de faire pénétrer le téléspectateur au sein du centre de Cadarache, notamment dans des lieux inaccessibles au public. Les images de l'intérieur du centre, dont celles de l'atelier technologique de plutonium, visent donc à dévoiler ses installations.

D'autre part, le sujet tente d'expliquer le fonctionnement du centre de Cadarache. Pour cela, outre les éléments détaillés par le journaliste, il s'appuie sur les interviews de deux chercheurs et du directeur du centre. Elles ont été réalisées "in situ", dans différents départements du centre de Cadarache: on peut même entendre les sons émis par les installations en fonctionnement. Quant aux chercheurs interrogés, ils portent l'un une blouse blanche emblématique de sa fonction, l'autre un casque de protection, que le journaliste a également revêtu. L'interview du directeur André Junca a, elle, moins une vocation pédagogique d'explication scientifique. Elle a davantage pour objet de préciser quelques données générales sur le centre.

Christophe Gracieux

Transcription

Jean-François Jolivalt
Mademoiselle, Monsieur, bonsoir. Tous les laboratoires de recherche de France et de Navarre ouvriront leurs portes demain samedi au grand public. Une opération qui est le prolongement des Assises nationales de la Recherche qui se tiennent depuis mercredi à Paris, une opération qui vous permettra d'entrer dans ce monde des cornues et des ordinateurs d'autant plus mystérieux pour le grand public qu'il est caché. De quoi écorner aussi peut-être le mythe de Faust ou la légende de la pierre philosophale que l'imagination populaire colle encore, bien malgré eux, il faut le dire, aux savants et aux chercheurs. En fait, la réalité est plus simple : un monde de travail minutieux et obstiné et une très grande diversité. De l'étude du cancer aux expériences de résistance des métaux, du calcul de mathématiques fondamentales à la recherche atomique. Nous avons choisi pour vous ce soir ce dernier exemple, en vous montrant un secteur de Cadarache où, sécurité oblige, vous ne pourrez pas pénétrer demain. Dominique Godot.
Dominique Godot
En dehors des installations militaires qui seront interdites, le public ne pourra pas non plus visiter ce bâtiment, l'atelier technologique de plutonium déclaré zone jaune. Il n'y a aucun secret, mais il faut prendre trop de mesures de sécurité pour éviter les risques de contamination. Car ici est fabriquée une partie des éléments combustibles : des aiguilles de plutonium et d'uranium appauvri, qui formeront plus tard, sous forme d'assemblage, le coeur du réacteur nucléaire Superphénix. Le plutonium fournit l'énergie, l'uranium appauvri refabrique le plutonium. Depuis vingt ans, le Centre d'études nucléaires de Cadarache étudie, teste, et fabrique des réacteurs nucléaires, du stade de la recherche appliquée au développement industriel.
Henri Guillet
Je ne pense pas qu'être chercheur en [INCOMPRIS] aujourd'hui, ce soit tellement différent d'être chercheur tout court. Si l'on devait donner une définition particulière, je dirais que c'est être un bon chercheur, c'est-à-dire d'être un bel ingénieur, un bon technicien ou, le cas échéant, un bon savant lorsque l'on va vers la recherche fondamentale.
Dominique Godot
Il y a différents stades, il y a différents types de chercheurs ici ?
Henri Guillet
Alors il y a différents types de chercheurs. Je vous le disait tout à l'heure, on est toujours le chercheur d'un technicien, et on est toujours le technicien d'un chercheur. Et je ne sais pas très bien om je me situe, si c'est dans la recherche ou dans la fabrication. Mais vous vous trouvez ici dans un endroit où l'on est, où l'on fabrique davantage que l'on ne fait de la recherche fondamentale.
Dominique Godot
Parmi la vingtaine d'installations qui seront demain proposées au public, la plus importante est le département des réacteurs à neutrons rapides : l'avenir dans le domaine des réacteurs nucléaires. Particularité de ces réacteurs : il brûle tout d'abord l'uranium naturel jusqu'au bout, alors que les autres réacteurs, type PWR, par exemple, ne brûlent qu'1 ou 2%. Enfin, leur refroidissement se fait au sodium liquéfié et non plus à l'eau. L'avantage dans ce type de refroidissement, c'est qu'il n'y a plus de pression.
Michel Estavoyer
Pour ces réacteurs à neutrons rapides, une autre possibilité : c'est qu'au lieu d'être surgénérateurs, ils peuvent à leur tour faire disparaître le plutonium et donc ils sont, ils ont une étendue de possibilités assez grande, ou par la surgénération, n'est-ce pas, brûler jusqu'au bout l'uranium naturel, ou à un moment donné, suivant le besoin qui se présenteraient, faire brûler, brûler le plutonium qui serait disponible.
André Junca
En matière de réacteur à neutrons rapides, nous avons d'abord été liés à la réalisation d'un Rhapsodie, ensuite de Phénix, qui depuis 1973 marche à merveille à Marcoule, et depuis 1973 nous travaillons à la réalisation de Superphénix à Creys-Malville.
Dominique Godot
Aujourd'hui Cadarache, le dernier né des quatre centres d'Études nucléaires français, s'étire sur une superficie de sept cents hectares. Plus de quatre mille personnes y travaillent, dont la moitié est formée d'agents du CEA, le Commissariat à l'énergie atomique. Et l'ambition du centre, c'est de pouvoir, à l'heure où l'on parle de décentralisation, se rapprocher de la région grâce au Conseil régional.