Grève des dockers de Marseille contre un plan proposant des suppressions d'emplois

27 mai 1986
01m 59s
Réf. 03039

Notice

Résumé :

Les dockers du port de Marseille sont en grève contre le plan proposé au gouvernement Chirac par l'Union nationale des industries de manutention, qui prévoit la suppression de 2 500 emplois de dockers en France.

Date de diffusion :
27 mai 1986

Contexte historique

L'activité portuaire occupe une place fondamentale à Marseille depuis l'Antiquité. De ce fait, les dockers marseillais, c'est-à-dire les ouvriers qui travaillent sur les docks au chargement et au déchargement des navires, incarnent une catégorie sociale à la fois essentielle et éminemment symbolique. Leur travail a longtemps été précaire. A la fin du XIXe siècle et dans les premières décennies du XXe siècle, ils étaient souvent embauchés à la journée, voire à la demie-journée. Leurs conditions de travail étaient en outre difficiles: en 1880, la journée moyenne de travail d'un docker du port de Marseille était de 10 ou 11 heures. La création d'une Union syndicale des ouvriers de ports et docks en 1902 permet aux dockers de s'unir pour exprimer leurs revendications et organiser des grèves.

Leurs conditions de travail s'améliorent après 1945 et plus encore à partir des années 1960. Les dockers trouvent alors plus facilement un emploi en raison de l'essor du port de Marseille, premier de Méditerranée, et par lequel en 1980, 104 millions de tonnes de marchandises sont manutentionnées. Surtout, les dockers sont de moins en moins nombreux en raison du développement de la mécanisation: environ 7 000 après 1945, ils ne sont plus que 3 500 en 1970, quelque 2 300 en 1980 et un demi-millier à présent. Ils se regroupent davantage dans des syndicats, très majoritairement à la CGT. Ils mènent ainsi de fréquentes grèves pour obtenir des améliorations de leurs conditions. Ces mouvements sociaux deviennent plus fréquents à partir du milieu des années 1980, alors que le port de Marseille subit une concurrence accrue de la part d'autres ports européens comme Anvers ou Rotterdam. Le chômage des dockers s'accroît en effet notablement en raison de la mécanisation et de la perte de compétitivité du port de Marseille.

Plusieurs grèves importantes sont alors menées par les dockers marseillais. Ils font par exemple 40 jours de grève en 1987 contre le plan d'Ambroise Guellec, secrétaire d'Etat à la Mer, et parviennent finalement à obtenir un accord permettant le départ des hommes à 55 ans contre une somme de 200 000 francs. De même, ils font grève en 1992 contre le projet élaboré par le secrétaire d'Etat à la Mer Jean-Yves Le Drian qui proposait de faciliter le départ des dockers qui le souhaiteraient afin de diminuer leur nombre.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé au journal régional de FR 3 Marseille le 27 mai 1986, ce sujet traite d'un mouvement national, la grève des dockers contre un plan proposé par l'Union nationale des industries de manutention (UNIM), à partir d'un exemple local, celui du port de Marseille. Dans une première séquence, il présente des images d'archives récentes montrant la visite du secrétaire d'Etat à la Mer Ambroise Guellec une semaine auparavant et ses échanges avec des dockers sur le port de Marseille. S'il insère ensuite un extrait d'une interview du vice-président de l'UNIM qui évoque les demandes patronales de suppressions d'emploi, il ne propose pas d'entretien avec un syndicaliste. Le traitement de ce reportage n'apparaît donc pas équilibré. En outre, alors que les dockers marseillais mènent un mouvement social, aucune image de grévistes ou de manifestants n'est présentée. Ainsi, hormis ceux qui discutent avec le secrétaire d'Etat, les dockers, pourtant au centre des débats, sont absents de ce sujet. Ce dernier se contente en fait essentiellement d'illustrer le commentaire par de nombreuses images du port de Marseille, des chargements en attente sur les quais ou des navires.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Social : c'est officiel, depuis une semaine l'Union nationale des industries de manutention réclame au gouvernement deux mille cinq cents suppressions d'emplois de dockers. Au port autonome de Marseille, ils sont deux mille neuf cent vingt-huit, et tous les dockers de plus de cinquante ans seraient concernés par ces mesures. Aujourd'hui, à l'appel de la CGT, ils étaient en grève. Annie Almarcha.
Annie Almarcha
Lors de sa visite à Marseille, vendredi dernier, le secrétaire d'État à la Mer, Ambroise Guellec, savait bien qu'il lui fallait rassurer des dockers inquiets. En effet, les entrepreneurs de manutention sont catégoriques : la convention collective doit être adaptée. En clair, il faut modifier les articles concernant l'emploi des équipes de dockers afin de réduire le taux d'inemploi de 28% à 15%.
Inconnu
Nous réclamons des suppressions d'emplois, parce que nous pensons que, pour être compétitifs, il faut diminuer nos coûts, que pour diminuer nos coûts, il faut diminuer les effectifs, le nombre de dockers dans les équipes. Et que pour pouvoir diminuer le nombre de dockers dans les équipes, il faut diminuer le nombre de dockers dans les bureaux centraux de la main d'oeuvre.
Journaliste 2
Vous pensez que c'est une condition sine qua non ?
Inconnu
C'est une condition sine qua non.
Annie Almarcha
Les clients traditionnels du port autonome, notamment les pays du Maghreb et du Proche-Orient, boudent Marseille. Ils connaissent des difficultés et s'adressent à des pays européens moins chers. Cette perte de compétitivité, les entrepreneurs marseillais l'expliquent. Selon eux, leurs charges sociales sont beaucoup trop élevées. Par exemple, ils cotisent à la fois à l'Assedic et à la CAINAGOD, la Caisse nationale de garantie des ouvriers dockers. De plus, ils ont versé dix milliards de centimes d'excédent pour combler les trous d'autres caisses locales. Côté syndical, il n'y a aucune réaction publique aux demandes patronales, mais le syndicat CGT des dockers ne fait pas du tout la même analyse des problèmes. Pour la CGT, il est d'abord exclu qu'il y ait des suppressions d'emploi. Au contraire, il faut utiliser les dockers du port à la place des sous-traitants. On le voit, les négociations seront difficiles.