L'usine Citroën de La Janais

30 avril 1970
04m 39s
Réf. 03041

Notice

Résumé :

L’implantation dans la banlieue de Rennes de l’usine Citroën de la Janais, constitue un symbole de la décentralisation industrielle des années 1960. L’usine, située au coeur d’un bassin de main d’oeuvre agricole, emploie environ 10 000 personnes.

Date de diffusion :
30 avril 1970
Date d'événement :
10 septembre 1960
Personnalité(s) :

Contexte historique

Inaugurée le 10 septembre 1960 par le général de Gaulle, l’usine Citroën de la Janais, à Chartres de Bretagne au sud de Rennes, constitue un symbole de décentralisation industrielle. Au coeur des Trente Glorieuses, sa création témoigne de la volonté étatique de procéder à un rééquilibrage des activités industrielles sur le territoire national. A une plus grande échelle, la localisation de l’usine est idéale : à proximité d'un noeud routier et ferroviaire, à la périphérie d’une grande ville, Rennes, et au coeur d’un bassin d’emploi rural. L’usine de la Janais fait ainsi appel à la main d’oeuvre agricole d’Ille et Vilaine, très peu qualifiée.

Cette usine est quasiment en totalité l'importation d'une industrie de produits finis, où la majeure partie des capitaux et du savoir-faire, mais également les pièces détachées, proviennent de l'extérieur. De plus, La Janais constitue, à l'origine, un modèle de taylorisation de la production. Par ailleurs, lors de sa création, l'usine ne compte qu'une cinquantaine d'ouvriers syndiqués sur 6 000. Ces derniers doivent se battre et faire intervenir l'inspection du travail pour obtenir l'organisation d'élections de représentants syndicaux en 1965, qui recueillent 76% de participation, au grand étonnement de la direction qui ne s'attendait pas à une telle mobilisation de ses ouvriers paysans.

Créée pour la fabrication de l'Ami 6, elle se lance ensuite dans celle de l'Ami 8. L'usine est progressivement modernisée et devient un modèle d'automatisation de la chaîne de production. La construction de voitures de plus en plus luxueuses lui est d'ailleurs confiée, comme en 2005, celle de la Citroën C6. En 2006, l'usine de la Janais, qui appartient désormais groupe PSA emploie 10 000 personnes, et constitue toujours le plus grand pôle industriel de l'agglomération rennaise.

Julie Le Gac

Éclairage média

Réalisé à l’occasion de la sortie du millionième exemplaire de l’Ami 8, ce document tend à souligner la réussite de l’implantation d’une industrie Citroën dans la banlieue de Rennes. Les images tournées à l’intérieur de l’usine mettent en lumière la modernité des installations tandis que les plans larges filmés à l’extérieur révèlent l’ampleur des bâtiments industriels.Très orienté, ce document ne donne la parole qu’au directeur de l’usine, dont l’interview semble minutieusement préparée, tant le journaliste lui pose des questions qui servent son propos. Le directeur de l’usine s’attache à montrer le rôle de promotion de l’emploi breton joué par l’usine de la Janais. Ce rôle est certes réel, mais le calcul du nombre de personnes "vivant des usines" semble, lui, très fantaisiste.En revanche, ce document n’accorde pas la parole aux ouvriers, dont le travail à la chaîne s’effectue dans des conditions difficiles. Ce reportage épouse dès lors la vision tayloriste de l’entreprise, qui considère les employés comme des outils de production.

Julie Le Gac

Transcription

(Silence)
Journaliste
Monsieur Decalande, la sortie de la millionième voiture coïncide, dans votre usine, à une promotion de l'emploi, je crois.
Decalande (Monsieur)
Oui, c'est un moment très important, d'abord pour notre société, puisque ceci marque le développement et l'importance de la Janais, mais je dirais aussi pour la région, puisque vous savez, comme la presse l'a annoncé, que c'est ici que nous allons monter également la nouvelle 6CV, et nous devons créer d'ici la fin de l'année trois mille emplois supplémentaires.
Journaliste
Ce qui fait au total vivre combien de, de familles d'ouvriers dans la région ?
Decalande (Monsieur)
Ce qui fait au total, au point de vue nombre d'ouvriers, douze mille ouvriers dans nos deux usines de Rennes. Si nous regardons le personnel que font vivre ces ouvriers, la moyenne nationale est à peu près quatre personnes par ouvrier, ce qui représente quarante huit mille personnes. Mais les emplois directs et indirects que nous avons créés représentent largement cinquante mille emplois supplémentaires. Ce sont donc cent mille personnes qui, ici, vivent de nos usines.
Journaliste
Quelle est l'origine de la main d'oeuvre, ici, à Rennes ?
Decalande (Monsieur)
La main d'oeuvre d'origine à Rennes, ici, est essentiellement rurale. Et nous avons en face de nous un phénomène nouveau, qui est le signe d'ailleurs d'un nouveau style de vie, ce sont des ouvriers qui, dans l'ensemble, sont restés ruraux, c'est-à-dire qu'ils ont conservé leur habitat, viennent travailler à l'usine, et un certain nombre d'entre eux, environ 18% environ, ont gardé une petite exploitation de type familial qui leur permet de rester chez eux en utilisant leurs loisirs.
Journaliste
En somme un travail à l'américaine ?
Decalande (Monsieur)
Un travail à l'américaine, certes, mais avec un aspect très français, c'est que la mobilité américaine n'existe pas ici. L'homme est accroché à son terroir, qu'il aime, et il reste chez lui.
Journaliste
Est-ce que vous pensez que l'industrie doit suivre l'habitat, ou tout au moins la fixation de l'habitat dans une région ?
Decalande (Monsieur)
Et bien je pense que l'industrie doit tenir compte de ce phénomène qui est irréversible. C'est-à-dire que c'est un devoir pour l'industriel de fournir le travail correspondant. Et c'est ce que nous venons de faire dernièrement : nous avons, de façon à maintenir la stabilité de l'emploi malgré les diminutions de crédits, de ventes à crédit qui auraient risqué de diminuer, comme la presse l'a indiqué, la vente des voitures moyennes, nous avons retransporté des fabrications de Paris à ici de façon à assurer la stabilité de l'emploi. Je pense que c'est le côté très intéressant de nos usines, c'est un travail assuré, d'une façon constante et stable.
(Musique)

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