Le trentième anniversaire de la maison radieuse de Rézé-les-Nantes

11 juin 1985
03m 10s
Réf. 03046

Notice

Résumé :

Deuxième des quatre unités de grandeur conforme, la Maison radieuse de Rézé-les-Nantes, construite en 1955, incarne les innovations architecturales de Le Corbusier et constitue aujourd’hui encore un modèle en matière de logement social.

Date de diffusion :
11 juin 1985

Contexte historique

A la demande de l’Office HLM, la maison radieuse de Rézé-les-Nantes est construite entre 1953 et 1955 par Le Corbusier. La deuxième des quatre unités de grandeur conforme construites en France par l’architecte, quelques années seulement après la "Maison du fada" de Marseille, est entreprise dans un climat moins conflictuel mais avec des moyens bien plus restreints. Ainsi, le bâtiment est de dimensions plus modestes (110 mètres de long, 20 mètres de large et 50 mètres de haut) et est composé de 294 appartements.

Fidèle au concept d'unité, l'immeuble, situé dans un parc boisé de 9 hectares, est conçu comme une ville verticale à rues intérieures, sur pilotis, afin de dégager tout l'espace au sol. Si le programme général est moins ambitieux que le modèle, il conserve l'école maternelle au sommet de l'immeuble et le principe de salles réservées à des clubs gérés par les habitants. En raison de la modicité du budget, les matériaux choisis sont simples et le béton prédominant, mais comme à Marseille, l'insonorisation constitue une réussite. A l'intérieur, les appartements, conçus pour Modulor, homme idéal mesurant 1,83 mètres, sont de taille moyenne et fonctionnels.

Grâce à la formule de prêt-financement, les habitants ont la possibilité d'accéder progressivement à la propriété coopérative de leur logement, les loyers étant convertis en actions. L'apport initial n'étant que de 15% de la valeur du logement (7,5% pour les allocataires de la Caisse d'Allocations Familiales), cette formule, remise en cause par la loi Chalandon en 1971, permet à des ménages à revenus limités d'accéder à la propriété et assure jusqu'aux années 1970 une très grande stabilité des occupants ainsi qu'une autogestion et une vie associative de qualité. Le bon entretien de la cité radieuse, constaté notamment à l'occasion de son trentième anniversaire, en font une référence en matière de logement social et d'habitat collectif.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage, diffusé au cours de l’édition régionale du journal télévisé de France 3, présente, à l’occasion du trentième anniversaire de la Maison Radieuse, une vision équilibrée de cette réalisation architecturale et de son évolution. Tout d’abord, de lents travellings permettent au téléspectateur de découvrir l’intérieur et l’extérieur du bâtiment. Par ailleurs, l’attention est portée à la fois sur les nouveautés architecturales, et sur la sociabilité favorisée par la construction. Il souligne à cet égard la réussite sociale de l’ensemble HLM.

Enfin, la parole est donnée successivement à des habitants amoureux du bâtiment et à d'autres critiques de la Maison Radieuse, ce qui renforce l'objectivité du document. En revanche le reportage n'explique pas les causes de la désaffection à l'égard des grands ensembles et ne souligne pas non plus la relative singularité de la Maison Radieuse, mieux conservée, et dès lors moins décriée.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
La Maison Radieuse de Rezé fête son trentième anniversaire, un anniversaire grand style avec sons et lumières, et même sauts en parachute. Cet anniversaire va donner lieu à des échanges de points de vue assez contradictoires entre anciens et nouveaux habitants de cette cité conçue par Le Corbusier, une cité construite à partir d'une belle utopie.
Journaliste 2
Peu d'écoles en France sont aussi haut perchées que celle de la Maison Radieuse de Rezé. Les enfants travaillent et jouent sur le toit de cette célèbre cité, une cité qui fête cette semaine son trentième anniversaire. Si à l'origine, ce bloc de béton était parfois décrié de l'extérieur, il était au contraire porté au nues par ses mille deux cents habitants. Le statut coopératif favorisait alors un esprit communautaire. Mais la Loi Chalandon de 71, qui obligeait à choisir entre la propriété et la location provoqua une rupture. Le renouvellement constant des locataires qui constituent la majorité provoqua une dégradation de l'état d'esprit. Mais les pionniers, trente ans après, dressent un bilan globalement positif.
Nicole Yvinec
Ben on est bien chez soi, quand on est à l'intérieur de l'appartement, il y a pas de vis-à-vis, c'est assez fonctionnel pour moi. C'est assez clair, l'intérieur des appartements sont ensoleillés et très clairs.
Journaliste 2
Comment vous avez eu l'idée de venir habiter ici ?
Nicole Yvinec
Ben j'ai commencé par venir habiter un studio, étant jeune fille.
Journaliste 2
Et pourquoi, qu'est-ce qui vous plaisait ?
Nicole Yvinec
Ben ce qui me plaisait c'était le modernisme.
Journaliste 2
Le modernisme, bien sûr, pour l'époque. Si l'idée de créer des duplex orientés de deux côtés opposés reste séduisante car favorisant l'espace et l'ensoleillement, des aspects sont parfois critiqués. Par exemple cuisines et salles de bains sont souvent jugées trop exiguës. Ce sont surtout les nouveaux locataires, plus jeunes et généralement plus exigeants, qui critiquent la conception architecturale du Corbusier, trop éloignée selon eux de la vie quotidienne. Ils sont venus parfois sans enthousiasme, attirés par le faible loyer.
Sylvie Ribreau
Ben l'inconvénient c'est, je dirais, le côté pratique, fonctionnel, pas beaucoup de placards, une petite cuisine, pas de place pour mettre le frigidaire par exemple, la machine à laver. Les plafonds qui sont assez bas ça donne une impression un peu de, de claustrophobie, quoi, bon puis...
Journaliste 2
L'état d'esprit est-il sympathique ?
Sylvie Ribreau
Ben c'est ce qui, c'est ce qui rattrape un peu le tout, quoi, c'est, il y a quand même un côté humain qu'on rencontre pas dans les autres immeubles. On voit les gens dans la rue, aux portes des ascenseurs, dans le parc, les gens se parlent quand même.
Journaliste 2
L'état d'esprit, c'est sans doute le trait le plus original de la Maison Radieuse. Il n'est plus question aujourd'hui de construire de grands ensembles comme Le Corbu, mais le vaisseau de béton de Rezé est encore solide. Occupé à 100%, il a sans doute encore un bel avenir devant lui.