Le Centre National d'Etudes des Télécommunications de Lannion

04 mars 1986
02m 42s
Réf. 03047

Notice

Résumé :

L’invention de la technologie des écrans à cristaux liquides témoigne du rôle moteur du CNET de Lannion en matière de télécommunications.

Date de diffusion :
04 mars 1986
Source :

Contexte historique

Créé à la Libération par l’ordonnance du 29 janvier 1945, le Centre National d’Etudes des télécommunications est en partie décentralisé à Lannion, dans le Trégor, en 1960. Ce transfert, favorisé par son directeur, le Lanionnais Pierre Marzin, s’accompagne de la construction d’une station de communications spatiales, le Radome, à Plomeur-Bodou. Ainsi, le CNET se situe bien souvent à la pointe de l’innovation en matière de télécommunications. Le 11 juillet 1962, une première mondiale est réalisée : les signaux émis par la station jumelle d’Andover aux Etats-Unis, relayés par le satellite Telstar 1, sont reçus à Plomeur-Bodou. En 1970, alors que le marché des télécommunications est dominé par les Américains, le projet "Platon" aboutit à la mise en service d’un commutateur temporel, fondé sur la technologie numérique. Sa commercialisation par l’entreprise Alcatel permet à cette dernière de devenir un leader mondial des télécommunications. Le CNET révolutionne également les technologies de l’information, avec l’invention en 1977 du Télétexte, service d’information sur les téléviseurs, et surtout du Minitel en 1980. En 1996, il assure le lancement des services en ligne d’Internet de France Telecom, sous le nom de Wanadoo.

Parallèlement, le CNET innove en optoélectronique et le projet "Clématite" fondé sur l’élaboration d’une technologie originale d’écrans à cristaux liquides à matrice active est développé de 1984 à 1986, et récompensé en 1987. Cette innovation, élaborée à l’origine pour les Minitels, est ensuite appliquée aux écrans d’ordinateurs et de télévision. Le 1er mars 2000, le CNET devient France Telecom Recherche et Développement.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage, présente une des innovations du CNET, les écrans à cristaux liquides. De manière assez pédagogique, il explique les différentes étapes de la recherche et vulgarise les implications scientifiques d’une telle invention. Les chercheurs interviewés insistent quant à eux sur les avantages de la technologie des écrans à cristaux liquides, qui par leur taille réduite, ouvrent des perspectives pour les ordinateurs portables, et confèrent dès lors au CNET une position pionnière sur le marché mondial. Le ton admiratif du document n’est d’ailleurs pas démenti par les succès futurs de la technologie.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Je vous le signalais hier : quinze chercheurs du CNET de Lannion, le Centre national d'études des télécommunications, viennent de mettre au point un nouvel écran pour minitel. Il s'agit d'un système plat à cristaux liquides. Il présente de nombreux avantages, celui d'être moins volumineux par exemple. C'est une percée technologique importante sur le plan mondial, d'autant que ce système pourra s'appliquer à d'autres écrans que ceux des minitels. Voici, avec les spécialistes, quelques explications et démonstrations.
Journaliste 2
A première vue, ça ressemble à un écran de minitel classique. Mais en y regardant de plus près, ça n'a en fait rien à voir. Cet écran extra plat, encore à l'état de prototype, n'utilise pas de tube cathodique comme sur les écrans traditionnels, minitels ou récepteurs télé. Le texte ou l'image s'inscrit sur un écran plat à cristaux liquides, grâce à quelques quatre-vingt mille mini transistors répartis à l'intérieur d'un écran de dix centimètres sur treize. Moins encombrant qu'un minitel à tube cathodique, il permet d'effectuer les même types d'opérations. De plus, en utilisant un transistor pour chaque point d'image, on obtient un contraste et un angle de vue excellents.
Inconnu
Cet écran est directement compatible avec l'ancien système minitel, il suffit presque de remplacer le tube cathodique classique par notre écran à cristaux liquides.
François Morin
Le gros avantage qu'on y voit, dans cet écran à cristaux liquides, c'est que la consommation électrique est bien moindre, et on peut imaginer à partir d'un tel écran des systèmes complètement autonomes, et donc portables.
Journaliste 2
Pour sortir ce prototype, il aura fallu plus de trois ans de recherches à l'équipe du Centre d'étude des télécommunications de Lannion, et investir entre dix et quinze millions de francs dans ce laboratoire conçu tout spécialement pour réaliser la matrice de transistors, c'est-à-dire à l'abri de toute poussière. Actuellement, l'écran fonctionne en noir et blanc, mais d'ici quelques semaines, il affichera la couleur. En outre, on pense d'ores et déjà a à étendre son application à la télévision, un domaine où il faudra aussi compter sur la concurrence japonaise.
Michel Lecontellec
Oui, c'est vrai, il y a un grand nombre de laboratoires japonais avec des forces extrêmement importantes qui travaillent sur le même projet. Ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est que les produits finaux montrés par les Japonais sont effectivement très beau, mais l'originalité de notre procédé réside dans sa simplicité. Cette simplicité introduisant un nombre de défauts beaucoup plus restreint et des rendements normalement beaucoup plus grands.
Journaliste 2
Pour protéger cette invention de portée internationale, le CNET a bien sûr déposé des brevets en France et à l'étranger. Prochaine étape : trouver des structures industrielles capables de fabriquer ce type d'écrans au rythme de dix mille par an, notamment au niveau européen. Le prix de revient d'un tel système n'a pourtant pas encore été calculé. Quoiqu'il en soit, sachez qu'il sera désormais possible, dans un avenir proche, de sortir de sa poche un écran de la taille d'un paquet de cigarettes et de jouer par exemple au Maxitel FR3.