Le pont de l'île de Ré

18 mai 1988
1m 54s
Réf. 03051

Notice

Résumé :

La construction du pont de l’île de Ré, prouesse technique, modifie sensiblement la vie des insulaires, et accroît la fréquentation touristique.

Date de diffusion :
18 mai 1988
Personnalité(s) :

Contexte historique

Ouvert à la circulation le 19 mai 1988, le pont de l’île de Ré bouleverse profondément la vie sur l’île de Ré, en lui ôtant, précisément, son caractère insulaire. Si l’idée de relier l’île au continent par un pont est ancienne, elle rencontre de multiples oppositions de la part des écologistes, notamment celles du Commandant Cousteau, qui freinent la réalisation du projet. La détermination des acteurs locaux, et notamment du Conseil général de Charente-Maritime, permet le début des travaux du pont reliant le port de La Pallice à la pointe de Sablanceaux, en janvier 1987. L’ouvrage d’art, long de 3 km et large de 15,50 mètres, constitué de 28 piles de 5,50 mètres de diamètre et de 24 travées de 110 mètres de long auxquelles s’ajoutent 3 travées de rive, est achevé très rapidement, en 20 mois, par l’entreprise Bouygues. La disparition du bac, et la possibilité d’accéder sur l’île en 5 minutes transforment Ré en véritable banlieue de La Rochelle.

Dès les premiers mois, les effets de l’ouvrage d’art sur la vie rétaise se font sentir. Ainsi, il facilite la vie des habitants de l’île qui travaillent fréquemment sur le continent, comme les ostréiculteurs d’Ars, qui ne sont pas contraints de dormir à La Pallice en attendant le premier bac. Les Rétais peuvent également effectuer leurs achats à La Rochelle, ce qui réjouit les clients auxquels est proposé un plus grand choix et un prix moindre, mais ce qui inquiète les commerçants de l’île de Ré, qui vivaient jusque là grâce à une clientèle captive. Par ailleurs, l’ouverture du pont accroît la fréquentation touristique de l’île. Ainsi, tandis que 49 000 véhicules pénètrent dans l’île en juillet 1987, ils sont 69 000 en juillet 1988 et plus de 308 000 en juillet 2002. Cet afflux d’automobilistes provoque des embouteillages aux principaux carrefours de l’île, tel celui de la Passe. Les dirigeants locaux trouvent une parade avec la construction de plus de 70 km de pistes cyclables, permettant la circulation, chaque été, de plus de 15 000 vélos. La hausse de la fréquentation touristique se traduit par l’augmentation sensible des constructions sur l’île et par une flambée des prix dont se plaignent actuellement les habitants de Ré. L’île accueille en effet chaque été plus de 150 000 personnes, contre 15 000 insulaires en hiver. L’île de Ré, rendue plus accessible par son pont, est actuellement victime de son succès.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage, diffusé avant l’ouverture du pont à la circulation, retrace les différentes étapes de la construction du pont, depuis la décision prise par le Conseil Régional en 1974 jusqu'à la pose de la dernière travée.Le ton est délibérément admiratif devant la rapidité de la construction et la majesté de l’ouvrage d’art. Ainsi, la multiplication des zooms arrière souligne le gigantisme de l’entreprise. Toutefois, le document se contente de présenter les aspects techniques de la construction, et demeure muet sur tous les aspects humains. Il ne revient absolument pas sur les arguments des partisans et des opposants au pont, de même qu’il ne s’interroge pas sur les conséquences de l’ouvrage d’art sur la vie des îliens.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Le pont de l'Île de Ré s'apprête à faire sa grande entrée en Charente-Maritime. Ouverture demain pour un ouvrage qui n'a pas perdu son temps, c'est le moins qu'on puisse dire.
Journaliste 2
Et oui, le pont ouvrira au public avec près de deux mois d'avance. Plus de mille personnes devraient l'emprunter quotidiennement. Michelle Faure nous rappelle tout de suite les différentes étapes de sa conception.
Michelle Faure
Selon les anciens, on parlait déjà d'un pont à Ré en 1955. Si le Conseil général en arrêta la décision en 1974, l'étude d'un pacte ne fut pourtant réalisée qu'en 1980. Une charte de protection des villes fut aussitôt élaborée, mais la Fondation Cousteau et neuf associations d'écologistes n'en ont pas moins combattu en permanence la procédure administrative sur le projet. Néanmoins, le marché a été attribué à l'entreprise Bouygues en août 86 et les travaux démarrèrent effectivement en janvier 87. On vit d'abord l'énorme plate-forme de forage qui venait du Golfe de Guinée et ses quatre barges satellites s'activaient pour creuser les fondations sous-marines des vingt huit piles espacées de cent dix mètres. On vit aussi s'élever à la Repentie une véritable usine pour la construction des sept cent quatre-vingt seize voussoirs de béton formant le tablier du pont. Chaque voussoir pesait une centaine de tonnes et on en coulait sept par jour. Puis, le 8 juillet 87, la poutre de lancement et ses deux cent quatre-vingt cinq mètres de long est entrée dans la danse, et à un sacré rythme. Tant et si bien que le 15 février dernier on posait en grande pompe le dernier voussoir. En sept mois, on avait achevé les trois kilomètres de tablier du pont. Cinq cent cinquante hommes travaillaient au démarrage du site, il n'y en avait plus qu'une centaine les derniers temps. Et le maître d'ouvrage prenait officiellement réception des travaux le 2 mai. Bouygues avait promis de construire le pont en vingt mois, gagnant ainsi un délai de huit mois sur son concurrent le mieux placé. Pari tenu, et même amélioré.