Le Vendée Globe

29 octobre 2000
05m 12s
Réf. 03054

Notice

Résumé :

Tour du monde en solitaire, sans assistance et sans escale, le Vendée Globe, dont le départ est organisé tous les 4 ans des Sables d’Olonne, incarne l’esprit d’aventure propre à la navigation.

Type de média :
Date de diffusion :
29 octobre 2000
Thèmes :

Contexte historique

Tour du monde à la voile créé par Philippe Jeantot en 1989, le Vendée Globe incarne l’aventure. Les marins s’engagent en effet dans un périple de 24 000 milles, et passent au large du Cap de Bonne Espérance, du cap Leeuwin et du Cap Horn, autant de noms mythiques dans l’imaginaire des navigateurs. Il s’agit par ailleurs d’une compétition d’une rare difficulté puisque ce tour du monde sur monocoque s’effectue en solitaire, sans escale et sans assistance.

L'histoire du Vendée Globe révèle d'ailleurs tout le danger inhérent à l'épreuve. La première édition est lancée le 26 novembre 1989 : 13 marins prennent le départ des Sables d'Olonne, mais seuls 7 parviennent à terminer la course. Titouan Lamazou, en tête, boucle son tour en un peu plus de 109 jours. La 2ème édition, en 1992-1993 est endeuillée par 2 disparitions, 5 abandons et une disqualification pour escale. Sur les 16 inscrits au départ de la 3 édition, seuls 6 franchissent la ligne d'arrivée, et on déplore une nouvelle fois une disparition. En 1996, pour la 6ème édition de la course, Catherine Chabaud est la première femme à accomplir un tour du monde à la voile en solitaire. Les éditions 2000-2001 et 2004-2005 s'achèvent sans disparition et voient le record du tour nettement amélioré. Ainsi, Vincent Riou, en 2005, rejoint les Sables d'Olonne en 87 jours, 10 heures, 47 minutes et 55 secondes.

L'organisation du Vendée Globe, très critiquée pour la mise en danger de la vie des marins, demande aux constructeurs de porter une attention toute particulière à la résistance des monocoques tandis que les règles de sécurité sont renforcées. Chaque concurrent doit désormais détenir au minimum 4 balises Argos, 2 balises Sarsat et 2 téléphones par satellite, afin de pouvoir être localisé et secouru plus rapidement, si nécessaire. Parallèlement, les concurrents s'engagent à renoncer au routage météorologique et signent à cet égard une déclaration sur l'honneur. L'état d'esprit des concurrents, ce que Denis Horeau nomme "l'art de vivre de la voile" prévient grandement les risques de tricherie.

Cependant, la société Sail-Com, organisatrice du Vendée Globe est placée en liquidation judiciaire le 4 décembre 2002, tandis que son gérant, Philippe Jeantot est mis en examen pour détournement de fonds, faux et usage de faux, et fraude fiscale. En février 2004, le tribunal de commerce de La Roche sur Yon attribue la gestion de la course au Conseil Général de Vendée, via une société d'Economie Mixte. Philippe de Villiers, qui avait fortement encouragé la création de la course, reprend donc la barre du Vendée Globe dont il confie l'organisation à Denis Horeau, ex responsable de la Solitaire du Figaro. Plus que jamais, le Vendée Globe, qui attire à chaque édition des dizaines de milliers de spectateurs, constitue un faire-valoir de la Vendée.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage, diffusé avant le lancement de la 4 édition du Vendée Globe, rend hommage à ce qu’il nomme "la plus belle aventure des temps modernes" et à son créateur, Philippe Jeantot. Jacques Archambault et Philippe de Villiers, président du Conseil Général de Vendée, ne tarissent pas d’éloges sur Philippe Jeantot, et vantent son esprit d’initiative et son intelligence. La passion de Philippe Jeantot pour la navigation s’illustre dans le vocabulaire choisi par ce dernier, qui évoque même des "églises" pour qualifier ses références, dont Eric Tabarly.

La fin du reportage, quant à elle, révèle le tiraillement de l'homme, partagé entre l'organisation de la course et son désir de retrouver la mer.Parallèlement, les plans sur les monocoques des concurrents soulignent l'importance de la technologie dans ce type de compétition : si la qualité du marin joue, celle du bateau est également déterminante. Néanmoins, les enjeux financiers d'une telle course ne sont pas évoqués par le reportage. La construction de ces bateaux est très onéreuse et implique le recours à des sponsors, dont le nom est désormais associé par les médias à celui des concurrents. Ce reportage choisit donc de se concentrer sur l'aspect sportif et aventurier de la compétition, mais ces deux aspects s'avèrent aujourd'hui inséparables.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Depuis, il a abandonné la course professionnelle pour se consacrer à l'organisation de ce qui est devenu la plus belle aventure maritime des temps modernes.
Philippe Jeantot
J'habitais pas au bord de la mer, mes parents étaient pas des marins, j'avais pas un arrière-grand-père cap-hornier, et en fait j'ai découvert la mer en lisant un livre. Au cours d'une mauvaise grippe, j'étais couché, et on m'a offert un livre de Bernard Moitessier, et ça s'appelait La Longue route. Et ce livre ça a été effectivement le tournant de ma vie, puisque j'ai lu le livre deux fois dans ma nuit et que, et que le matin j'ai décidé, voilà, j'ai trouvé ma voie, je devais avoir quinze ou seize ans, et j'ai dit : Voilà, j'ai trouvé ma voie, moi aussi je ferai un jour un tour du monde en solitaire sans escale. C'était surtout un mode de vie, et moi c'est ce mode de vie sur le bateau qui m'a vraiment fait flasher tout de suite. Je me suis dit, là c'est, c'est même plus que, c'était peut-être presque une philosophie, et je me suis dit : Voilà, ça c'est vraiment ce qui me convient, j'ai envie de vivre comme ça.
Journaliste
C'est au retour du Boc challenge, en 1983, que Philippe Jeantot décide de jeter l'ancre aux Sables d'Olonne. A son actif, plusieurs records du monde et une envie : construire des bateaux. Ainsi naîtra Jeantot Marine. Aux Sables il retrouve des amis qui le resteront.
Inconnu
Parmi eux, Jacques Archambaud.
Journaliste
Patron du port, il sera le premier dans la confidence de cette course mythique.
Jacques Archambaud
Je ne pensais pas que dans nos infrastructures que nous-même étions capables d'organiser techniquement une aussi grande course. Mais comme je dis souvent à ceux qui me parlent de Philippe Jeantot, : Dans ces discussions on peut refaire le monde entre nous, la seule différence entre Philippe Jeantot et moi, vous, c'est que lui il en a fait quatre fois le tour. C'est-à-dire que quand il vous annonce quelque chose qui vous parait un peu aberrant à faire, il sait qu'il va essayer de le faire et qu'il le fera. Donc une des caractéristiques de Jeantot, c'est quand il dit qu'il va faire quelque chose, il va au bout de ses projets.
Journaliste
Et puis, il y a celui qui donna le coup de pouce avec le Conseil général de Vendée, celui qui lui fit une confiance totale.
Philippe (de) Villiers
Il est très très intelligent.
Inconnu
Vous pouvez mettre cent [thénars] qu'en face de lui, il est plus fort qu'eux. Il a une espèce de don de l'anticipation sur l'évènement, d'intuition, il a beaucoup de psychologie, il a dans le visage une placidité, mais qui cache un bouillonnement intérieur formidable.
Journaliste
Est-ce que vous êtes devenu un businessman ?
Philippe Jeantot
Non, pas du tout, parce que, parce qu'organiser une course, bon même si effectivement ça commence à, il commence à y avoir des budgets importants, c'est pas du business. C'est une organisation de course, moi je suis un marin, hein parce que quand j'organise pas le Vent des Globes et bien je retrouve ma casquette de marin et je navigue avec ma famille, on fait un tour du monde en famille sur un Privilège, donc moi je suis pas du tout un businessman. Je m'occupe du Vent des Globes, une fois tous les quatre ans, et quand je suis pas dans le Vent des Globes, je suis sur un bateau et on fait le tour du monde et je vis ma passion en fait.
Journaliste
Il y a aussi les références.
Philippe Jeantot
J'ai eu deux courants de pensée, et qui ont été je dirais les courants de pensée de toute la génération de marins d'aujourd'hui, ça a été Moitessier, donc pour ceux qui ont suivi la filière aventure, mode de vie, philosophie, et l'autre filière c'était Éric Tabarly, qui lui donc a fait naître toute une génération de marins de compétition. Et Le Vent des Globes je trouve que ça c'est intéressant, c'est que le Vent des Globes est un petit peu je dirais la réunion de ces deux Églises entre guillemets, puisque dans le Vent des Globes on y trouve et la compétition, mais aussi l'aventure.
Journaliste
L'aventure, elle guide tous les skippers réunis ici. Lorsqu'ils se rend sur les pontons, Philippe Jeantot essaie de passer inaperçu. Mais c'est toujours avec patience et gentillesse qu'il répond aux questions et signe des autographes, c'est son côté pédagogue.
Inconnu
On a une, un mât qui est tenu simplement par des haubans, alors que regardez les autres mâts, il sont tenus avec des barres de flèche.
Philippe Jeantot
Les instituteurs se sont rendus compte que le Vent des Globes avait une connotation pédagogique très importante, parce que bon il y avait plein de valeurs qui étaient importantes donc d'inculquer aux enfants, une valeur de dépassement, d'engagement, de responsabilité. Et puis en plus en matière pédagogique et bien il y a plein plein de matières que les jeunes peuvent suivre en ayant le Vent des Globes disons un petit peu comme toile de fond.
Journaliste
Vous vous attendiez à ce que ça devienne ce que c'est devenu ?
Philippe Jeantot
Pas du tout, non. Mais alors vraiment pas du tout, parce que d'abord c'était, comme je le disais, à l'origine c'était un pari, et puis jamais j'aurais imaginé qu'il y aurait une deuxième édition. Moi je l'ai créé parce que je voulais y participer, et puis le jour où j'y ai plus participé, jamais j'aurais imaginé que je me serais retrouvé derrière un bureau à tout organiser pour faire partir mes copains.
Eric Dumont
Je crois qu'il se sent proche des skippeurs, donc on a la chance justement d'avoir quelqu'un d'expérience comme lui pour organiser une course comme ça qui est vraiment tellement dure et tellement exigeante qu'il fallait un professionnel de la mer. Et de toute façon automatiquement il y a que lui qui pouvait organiser une course comme celle-là.
Philippe Jeantot
Je partage complètement leurs émotions, et c'est vrai que c'est pas sans nostalgie que je me promène sur les pontons.