Le Grenier de Toulouse

22 février 1964
01m 47s
Réf. 03056

Notice

Résumé :

La création de la troupe du Grenier de Toulouse est une expérience pionnière de décentralisation dans la France d'après-Guerre. En 1964, la troupe construit son propre théâtre en centre-ville.

Type de média :
Date de diffusion :
22 février 1964
Source :

Contexte historique

En 1945, Maurice Sarrazin fonde avec quelques camarades comédiens la troupe du Grenier de Toulouse. Ne bénéficiant alors d'aucune subvention publique , ils sont à l'origine d'une des premières expériences de décentralisation dramatique en France après guerre.

En 1949, le Grenier de Toulouse devient Centre dramatique national du Sud-Ouest. La troupe obtient alors des financements qui lui permettent de monter plus de 150 représentations par an. De 1945 à 1964, le Grenier de Toulouse joue plus de 2550 fois dans la région mais seulement une centaine de fois à Toulouse car il n'y bénéficie d'aucun lieu d'accueil. C'est pour remédier à ce problème qu'en 1964, Maurice Sarrazin dirige la construction de son propre théâtre qui porte le nom d'un des acteurs fondateurs de la troupe, décédé en 1962, Daniel Sorano.

Jusqu'à son éviction en 1969, Sarrazin poursuit l'oeuvre théâtrale entreprise avec sa troupe. Il fait connaître à un large public les grands classiques du répertoire mais aussi des dramaturges contemporains plus difficiles d'accès (Beckett, Ionesco). Il ouvre également son théâtre à l'opéra et aux ballets. Cet action pionnière dans le domaine de la diffusion théâtrale se généralise par la suite avec la multiplication de ce type de Centre dramatiques Nationaux et de troupes permanentes en province.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le reportage débute par une présentation très classique du nouveau théâtre accompagnée de vues d'extérieur du bâtiment (façade à l'antique en construction, environnement direct agréable).La musique d'accompagnement très enjouée est caractéristique des émissions consacrées au théâtre à cette époque.

Le journaliste se met lui-même en scène lors de l'interview de trois des membres fondateurs de la troupe du Grenier de Toulouse. Il interroge Maurice Sarrazin dans une attitude qui se veut décontractée: main dans la poche, cigarette à la main (détail caractéristique d'une époque où le fait de fumer à la télévision était un geste anodin).

Ce document audiovisuel est surtout l'occasion d'entendre Maurice Sarrazin en personne évoquer un théâtre dont il a espéré la construction depuis près de 20 ans. Ses propos permettent d'entrevoir sa vision très moderne de l'art théâtral. Les techniques architecturales les plus avancées sont ainsi mises au service de ses futures créations. En quelques mots, l'audace de la future programmation théâtrale apparaît. Le futur directeur du théâtre Daniel Sorano se contentera pas de donner à voir au public toulousain des oeuvres classiques dans des décors traditionnels. L'allusion à des oeuvres plus contemporaines et aux procédés cinématographiques montre sa volonté d'innovation. Sa collaboration avec la ville à la tête du théâtre ne durera que cinq années mais elle fait figure d'oeuvre pionnière dans le milieu théâtral toulousain.

La construction de ce premier grand théâtre populaire est une date charnière et explique en partie la richesse de la programmation dramatique de la ville de Toulouse qui compte aujourd'hui une quinzaine de lieux de représentations théâtrales.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Ce visage creusé par la fatigue, c'est celui de Daniel Sorano, le grand comédien disparu à  l'époque où il répétait les Fourberies de Scapin au Grenier de Toulouse. Aujourd'hui, c'est son nom que la municipalité a décidé de donner au nouveau théâtre dont la construction s'achève sur les allées Jules Guesde, tout près du Jardin des Plantes. Ce théâtre, qui permettra à  notre centre dramatique de trouver un point d'attache et un véritable foyer pour ses activités. Enfin vous l'avez, ce théâtre, Maurice Sarrazin, vous allez l'avoir tout au moins.
Maurice Sarrazin
Oui, nous allons l'avoir, et ce n'est pas trop tôt pour être franc, parce que nous n'avions vraiment pas d'endroit où travailler depuis dix-neuf ans, et là  nous allons enfin avoir un instrument. Comme s'il s'agissait d'un violoniste qui, pendant dix-neuf ans, aurait dû jouer sur un violon d'emprunt. Nous l'avons, et pour tout vous dire je pense que nous serons très satisfaits, parce que beaucoup de problèmes se posaient, et j'estime que Monsieur Brunerie, architecte en chef de la Ville, les a résolus. Il avait un volume assez réduit, il fallait là -dedans faire un théâtre moderne, tout à  fait moderne, et il l'a fait. Il y aura six cent quinze à  six cent cinquante spectateurs suivant l'utilisation de la salle, parce que, comme vous le voyez, nous avons ici un proscenium qui nous permet soit d'agrandir la salle, soit au contraire d'agrandir le plateau, ce proscenium est sur ascenseur. Et devant cette salle, un plateau, équipé tant sur le plan des installations scéniques, que des installations électriques, que des installations sonores, pour pouvoir monter tout ce qu'il est possible d'imaginer, depuis le théâtre de Sophocle jusqu'au théâtre le plus moderne où, vous le savez, l'influence du cinéma et du mouvement cinématographique, se fait sentir.