La reconversion du bassin houiller de Decazeville

15 avril 1976
04m 11s
Réf. 03058

Notice

Résumé :

En 1985, Decazeville, ville-symbole de l'exploitation minière, doit faire face au ralentissement inéluctable de la production de ses mines et songer à sa reconversion.

Type de média :
Date de diffusion :
15 avril 1976
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Contexte historique

Decazeville apparaît aujourd'hui comme un symbole du destin d'une cité minière en France. Elle doit son nom à son fondateur le duc Decazes, ministre sous la Restauration. En 1828, celui-ci est à l'origine de la construction des premiers hauts fourneaux. Cette première étape mène au développement rapide d'un des principaux centres sidérurgiques français. Au début du XXe siècle, la production de houille dépasse le million de tonnes et plus de 9000 personnes travaillent en lien avec l'exploitation minière dans les cokeries, usines métallurgiques, verreries qui se développent dans la vallée.

Mais après la Seconde Guerre mondiale, les premières difficultés économiques apparaissent. Elles sont liées aux conditions d'exploitation des gisements : le charbon est difficile à extraire et de qualité médiocre. La crise atteint son apogée avec la décision prise en 1965 d'arrêter l'extraction (hormis pour la mine à ciel ouvert "La Découverte"): les employés organisent des grèves de protestation de longue durée mais ne peuvent empêcher la fermeture de plusieurs usines importantes qui survivaient grâce à l'exploitation du minerai. 4000 emplois sont alors supprimés et 200 commerces ferment boutique.

Dès le milieu des années 60, l'Etat appuie plusieurs tentatives de reconversion du bassin de Decazeville. On assiste alors au développement de secteurs sans lien avec le charbon (aciéries, usines métallurgiques). Mais les nouvelles implantations ne compensent pas les pertes d'emplois et ces entreprises connaissent elles-mêmes des difficultés. Aujourd'hui, la mine de La Découverte abandonnée ne représente plus qu'un des stigmates du passé industriel glorieux de la vallée, au sein d'un paysage encore largement marqué par la ruine de son activité principale (friches industrielles, urbanisme désordonné).

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage diffusé en avril 1976 prend la forme d'une enquête sociologique effectuée auprès des habitants de Decazeville. Le journaliste promène son micro dans les rues pour questionner les habitants sur la situation actuelle de la ville minière et ses perspectives d'avenir. Les personnes interrogées ont des profils sociologiques divers: les jeunes générations semblent optimistes face à leur avenir, les salariés évoquent l'importance de la mine sur la région et les retraités se souviennent de l'importance des mutations techniques opérées en quelques décennies sur le site.

La sérénité fataliste des habitants et de l'élu interrogé en fin de reportage semble accréditer la thèse d'une reconversion industrielle effectuée en douceur depuis le milieu des années 60. Cependant, hormis une vue générale de la commune en début de reportage, les plans filmés de la ville se résument à des vues de La Découverte, gisement minier à ciel ouvert, alors toujours exploité. L'image de ville minière colle donc toujours à la peau de Decazeville et ce reportage n'ouvre aucune perspective sur les possibilités de reconversion économique de la commune après l'arrêt de l'exploitation des mines.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
La Découverte de Decazeville, c'est l'exploitation charbonnière à ciel ouvert, un site unique en Europe.
(Silence)
Journaliste
Decazeville, chef-lieu de canton du nord-ouest de l'Aveyron, quatrième cité industrielle de Midi-Pyrénées, onze mille habitants.
Inconnu
Decazeville, c'est une ville moyenne, attrayante, je ne vois pas de...
Inconnu 2
Moi, ça me plait pas Decazeville. Je trouve que c'est pollué et tout, c'est pas. Pour les jeunes il y a pas beaucoup d'activités, encore là on a ce foyer, on a de la chance, mais...
Inconnu 3
Ben Decazeville est ville très sympathique, les gens sont très accueillants.
Inconnu 4
C'est tout pour moi, parce que je suis née à Decazeville.
Inconnu 5
Oh ben c'est La Découverte, c'est les usines, c'est le charbon.
Journaliste
Oui, le charbon. Pour beaucoup, c'est encore l'image de marque, même après l'arrêt de l'exploitation des mines souterraines en 1965. Les efforts se sont donc concentrés sur une seule partie du gisement, la mine à ciel ouvert. Production annuelle : deux cent quatre-vingt dix mille tonnes. Avant la récession, les houillères de Decazeville employaient six mille personnes, aujourd'hui un peu plus de quatre cents. C'est dire que beaucoup ont dû partir, un petit nombre a pu revenir, certains ont toujours travaillé ici.
Inconnu 6
Ça va faire trente ans.
Journaliste
Vous étiez mineur de fond au départ ?
Inconnu 6
Mineur de fond, exactement.
Journaliste
Que faisiez-vous au fond ?
Inconnu 6
J'étais à l'abattage quoi, à l'exploitation de l'époque, [INCOMPRIS] qu'on l'appelait, dans les petits chantiers. Par rapport à aujourd'hui c'était, c'était un travail manuel de force quoi, davantage qu'actuellement, vous voyez. Aujourd'hui c'est, disons c'est pénible aussi mais c'est pas le même travail.
Inconnu 7
Ben je suis revenu à La Découverte quand j'ai appris que, enfin qu'ils réinscrivaient en vue d'embauche, ben je me suis inscrit, j'ai passé les tests, ben ils m'ont repris.
Journaliste
Et le travail que vous faites, est-ce qu'il vous plait ?
Inconnu 7
Ah il me passionne monsieur, c'est une passion, c'est travail que j'ai depuis des années pratiqué, et il est rentré en moi, il fait corps avec moi, il me passionne.
Inconnu 8
Pour le moment, je suis, je suis chauffeur [INCOMPRIS] Assez, assez..
Journaliste
C'est un travail qui est pénible ? Vous êtes jeune, et vous avez été embauché récemment, comment voyez-vous votre avenir ici ?
Inconnu 8
Je sais pas encore, on est un peu dans le doute.
Journaliste
Vous êtes inquiet ?
Inconnu 8
Non, non pas du tout. Faut espérer.
Inconnu 9
Cet avenir est limité à 1982, ceci ayant été établi dans le plan que nous avons fourni au charbonnage à l'occasion de la révision qui s'est produite il y a un an environ des possibilités des différentes houillères, et que nous appelons le Plan [Blancart]. En 82, nous arrêterons essentiellement pour la raison suivante : nous n'aurons plus de gisement exploitable à ciel ouvert dans le périmètre immédiat où nous nous trouvons. Nous reconvertirons le personnel à ce moment-là, ainsi que cela se fait actuellement aux houillères de Saint Etienne et dans d'autres houillères du Centre Midi comme les Cévennes. Je pense que les choses se passeront à ce moment-là avec beaucoup plus de facilité qu'il y a malheureusement quelques années, lorsque nous avons fermé le fond de Decazeville, et nous pensons que la reconversion se fera à ce moment-là sans grosses difficultés. Le personnel à reconvertir sera relativement faible, eut égard au nombre important de personnes à reconvertir que nous avons eues à partir de 1962.