La crise viticole du Languedoc-Roussillon

19 novembre 1987
47s
Réf. 03062

Notice

Résumé :

La crise de production qui touche les vignes du Languedoc-Roussillon entraîne dans les années 70 une succession de mouvements sociaux parfois meurtriers.

Type de média :
Date de diffusion :
19 novembre 1987
Source :

Contexte historique

Après la crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, le vignoble languedocien a été replanté pour répondre à une forte demande: il fallait fournir un produit ordinaire en grande quantité et à bas prix. Cette orientation a été conservée jusqu'à la fin des années 50. Mais à partir des années 60, la viticulture méridionale a eu des difficultés à s'adapter à l'évolution des marchés. Alors que la production augmentait sous les effets des progrès techniques (mécanisation), la demande de vin ordinaire a chuté de manière inexorable au niveau national.

A partir des années 60, le phénomène de surproduction viticole lié à la baisse de la consommation est devenu national voire européen. Différentes solutions ont donc été testées mais sont demeurées insatisfaisantes: stockage, distillation obligatoire. A partir de 1975, la Communauté européenne a mis en place une politique visant à réduire l'offre de vin de table: limitation des nouvelles plantations, prime à l'arrachage de vignes, incitations financières aux regroupements de producteurs.

Au total, en l'espace de 20 ans, la moitié du vignoble languedocien a été arraché définitivement ou renouvelé en cépages de meilleure qualité. La promotion de la qualité des vins de Languedoc passe par la labellisation: AOC (appellations d'origine contrôlée); vins de pays. Les mutations viticoles régionales sont donc spectaculaires mais ne se font pas sans heurts. Le Languedoc est surnommé "Midi rouge" en raison de la tradition de révoltes qui s'y développent. En 1953, les viticulteurs barrèrent les routes et affrontèrent la police. En 1967, ils manifestèrent contre les importations de vins d'Algérie, en 1971 également. En 1975, ils protestèrent contre l'importation de vins italiens et étaient 40 000 à Sète. L'année 1976 débuta avec une fusillade de Montredon qui fit 2 morts et 30 blessés.

Depuis, le même scénario se reproduit épisodiquement. En 2000, à Montpellier, des manifestations ont encore eu lieu pour protester contre les importations de vins de la CEE, mais la mobilisation s'essouffle (seulement 5 000 viticulteurs s'étaient rassemblés).

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le sujet apparaît sous forme de clip précédé par un jingle introductif. Cette présentation permet d'insérer au sein du journal une brève présentation rétrospective du conflit viticole languedocien. Le commentaire très saccadé de la journaliste et le thème sonore rythmé permettent d'attirer et de retenir l'attention du télespectateur.

Ce type de sujets, courts et de forme originale, permettent de gagner en efficacité et en pédagogie pour évoquer l'évolution d'un mouvement de protestation qui dure depuis plus d'une décennie. Le commentaire est très clair et organisé: fixation de quelques dates-clés, explication des causes principales de la crise, des revendications et des étapes de la négociation. En moins d'une minute, le téléspectateur dispose d'une vue générale synthétique sur les enjeux de la mobilisation sociale de l'automne 1987.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Journaliste
Deux morts dans l'Aude en 76, Montredon a marqué un tournant dans l'agitation viticole. 76 marque aussi le début de la concertation entre l'État, les viticulteurs et les négociants avec la création de l'Office du vin. Quelques manifestations suivront, la SNCF en fera les frais avec quelques recettes des impôts. Dix ans après, le problème n'est toujours pas résolu. Les viticulteurs ont fait des efforts de qualité : replanter, améliorer leur vinification, les prix du vin s'effondrent. Les importations de vins italiens ne sont plus en cause, c'est la consommation qui diminue. Les réactions viticoles prennent un autre ton, et Jean [Villier] effeuille avec humour une marguerite devant la préfecture de Montpellier. Aujourd'hui, le ton se durcit, plusieurs milliers de vignerons sont attendus cet après-midi au Zénith.