Le rejet du nucléaire à Plogoff

14 février 1980
02m 08s
Réf. 03079

Notice

Résumé :

La ferme opposition des habitants de Plogoff au projet d’installation d’une centrale nucléaire sur le territoire de la commune relève autant de sentiments anti-nucléaires que de la défense de l’identité bretonne du village.

Type de média :
Date de diffusion :
14 février 1980
Source :
TF1 (Collection: L'événement )
Personnalité(s) :

Contexte historique

Prévue par un accord de principe entre le Conseil Régional de Bretagne et le Conseil Economique et Social en 1975, la construction d’une centrale nucléaire à Plogoff, suscite d’emblée une très forte opposition de la part de la population du Cap Sizun. Dès les premières arrivées des employés d’EDF pour des sondages sur le site en juin 1976, les habitants dressent des barricades, obligeant les techniciens à renoncer.

En septembre 1978, après la confirmation du choix de Plogoff par le CES et le Conseil Régional de Bretagne, une marche réunissant 5 000 personnes est organisée au Cap Sizun et 15 000 personnes simulent la mort dans les rues de Brest pour rendre visible leur combat anti-nucléaire. Les manifestations se poursuivent de manière régulière jusqu'au début de l'année 1980. A l'ouverture de l'enquête publique le 30 janvier 1980, Plogoff et la pointe de Bretagne s'isolent derrière des barricades et entrent en rébellion contre EDF et l'Etat.

Six semaines durant, du 31 janvier au 15 mars, alors que les mairies sont fermées, l'enquête se déroule dans des camionnettes, baptisées mairies annexes, et bombardées de pierres. La pluie de lacrymogènes, les arrestations et jugements sur-le-champ ne parviennent pas à entamer la farouche opposition des Plogoffistes . Au cours de la campagne présidentielle, François Mitterrand s'engage en cas d'élection à renoncer au projet de Plogoff. Il tient parole et abandonne le projet de Plogoff au printemps 1981.

La rébellion de Plogoff témoigne d'abord d'un important sentiment anti-nucléaire qui s'est affirmé en France depuis 1968. Il s'agit également d'une préoccupation environnementaliste de la part de la population, effrayée par le projet de 24 hectares qui ne peut que défigurer un paysage sauvage.

Julie Le Gac

Éclairage média

Le reportage, diffusé alors que le conflit n’est pas encore résolu, prend clairement partie pour les opposants au projet nucléaire de Plogoff. D’une part, il met en exergue la beauté naturelle du site, par l’intermédiaire de longs plans sur la côte sauvage, comme par l’attention portée au chant des oiseaux. D’autre part, il rend hommage au courage et à la ténacité des habitants bretons, attachés à préserver leur identité régionale et leurs traditions, contre le pouvoir central identifié à l'"envahisseur" par une pancarte juchée au sommet de l’Eglise, sur laquelle le réalisateur s’attarde.

Julie Le Gac

Transcription

(Musique)
Journaliste
C'est près de la pointe du Raz, à l'extrémité du Finistère, que l'EDF veut installer une centrale nucléaire de 1300 mégawatts. Le projet, connu depuis quatre ans, fait contre lui la quasi unanimité des habitant de la région. Une région habitée depuis des siècles par les plus acharnés des pêcheurs, les plus courageux des marins, les plus obstinés des bretons.
(Silence)
Journaliste
L'atome, à Plogoff. Une cathédrale de béton sur cette côte battue par les vents et les tempêtes qui portent des noms évocateurs : La Baie des Trépassés, Feunten-Aod, la Pointe du Diable. Le bouleversement du pays, les ingénieurs et les ouvriers étrangers, la pollution, les nuisances, les lignes à haute tension. Pour l'EDF, le site est idéal. Massif granitique solide, masse d'eau perpétuellement renouvellée par les courants, terrains incultes. Mais les habitants ne veulent rien entendre. Depuis trois semaines, Plogoff est entré en dissidence contre le pouvoir central, contre le préfet, contre les technocrates parisiens, contre les CRS qui quadrillent le pays. Plogoff est en révolution. Les esprits s'échauffent. Quatorze blessés la semaine dernière. Des bagarres presque tous les jours.
Guillou (Monsieur)
" La commune de Plogoff n'est pas assez importante pour supporter un chancre comme cette centrale. Sur les plans, on nous montre quel est le site nécessaire. Ca s'agrandit de plus en plus. De toutes façons, je suis anti nucléaire. Je sais que la Bretagne peut avoir de l'énergie sans avoir besoin de cette énergie nucléaire. Ce qu'on nous raconte pour l'industrialisation, c'est du bidon. Parce que dans l'euphorie du pétrole, il y a vingt ans, ils auraient pu industrialiser la Bretagne. Ils ne l'ont pas fait, et ils n'ont pas l'intention de le faire".
Journaliste
Dimanche dernier, 1700 des 2300 habitants de Plogoff ont défilé à la mairie pour signer une pétition demandant au préfet de retirer les forces de l'ordre.

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