Behren les Forbach, une cité minière multinationale et multiculturelle

11 avril 1980
05m 17s
Réf. 03082

Notice

Résumé :

Behren les Forbach, petit bourg au coeur des Houillères du Bassin de Lorraine, compte plus de 23 nationalités. Les travailleurs immigrés en provenance du Maghreb, d’Italie ou d’Europe du Sud vivent en harmonie dans la cité fondée en 1962.

Date de diffusion :
11 avril 1980
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Avec le lancement de la "bataille du charbon" au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France a recours à de nombreux travailleurs immigrés pour augmenter le rendement de l’extraction charbonnière.

Alors qu’avant la guerre, la majeure partie des mineurs immigrés venaient de Pologne et d’Italie, les sources de l’immigration se diversifient après la guerre. Dans les années 1950, des Sarrois, attirés par le franc fort, ou encore des Italiens rejoignent les mines de Lorraine, puis les Houillères du Bassin de Lorraine font appel aux travailleurs du Maghreb. A l’initiative de Gilbert Bayle, les Charbonnages de France engagent notamment une politique de recrutement dans le sud marocain. Dès lors, la population immigrée de Lorraine augmente et se diversifie. En 1954, la Lorraine compte 130 000 immigrés, dont 60 000 Italiens, 26 000 Polonais et 20 000 personnes originaires du Benelux et d’Allemagne. En 1962, la structure de cette immigration se modifie puisque sur un total de 200 000 immigrés, figurent 100 000 Italiens, 20 000 Polonais, 2 000 Portugais et 28 000 Maghrébins.

Les Charbonnages de France organisent l’accueil de ces immigrés, en leur proposant un enseignement rudimentaire de la langue française afin de permettre le respect des consignes de sécurité, et un logement. Ainsi, en 1962, les Houillères du Bassin de Lorraine inaugurent la cité de Behren-les-Forbach, une ville-champignon de 10 000 habitants. Ce paternalisme ouvrier favorise l’intégration de ces travailleurs immigrés, accompagnés le plus souvent de leur famille.

Julie Le Gac

Éclairage média

Contrairement aux reportages plus contemporains qui ont tendance à stigmatiser les cités accueillant une population à forte proportion immigrée, ce document met en lumière l’harmonie régnant dans la cité de Behren-les-Forbach. De fait, utilisant la métaphore médicale de la greffe, il s’attache à souligner le caractère multinational et multiculturel de la cité qui accueille 23 nationalités différentes. L’interview des immigrés tout d’abord, aux accents souvent prononcés, rappelle que leur motivation de rejoindre la Lorraine réside avant tout dans la nécessité de travailler. Celle de leurs enfants, dont l’accent a disparu, est un signe d’intégration réussie.

Ce reportage, pourtant, ne s’efforce pas de gommer les difficultés qui ont pu accompagner l’intégration de ces populations immigrées, et à l’inverse souligne les efforts réalisés par chacun, les nouveaux arrivants d’une part, et les responsables locaux d’autre part.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Une greffe. Deux hypothèses : elle prend, le sang passe et offre une vie nouvelle ; elle échoue, l'amputation s'impose. A Behren les Forbach, la greffe a pour nom Malika, Rosela ou encore Hakim. Ici, au lendemain de la guerre, on est venu de loin pour extraire le charbon. Amour du travail et de la France ? Par particulièrement. Plutôt nécessité de manger pour survivre. Alors, on est resté en Lorraine. Behren les Forbach, petit village de 450 âmes en 1946 est devenue une cité-dortoir. 13 000 habitants à l'âge d'or de la houille. 12 000 aujourd'hui, dont 5 000 venus de l'étranger. Un ensemble bigarré. Un puzzle composé de 23 éléments. Les Italiens : 2680, les Algériens : 1300, les Marocains : 300, les Allemands : 290, les Turcs : 90, constituent les plus imposantes colonies. Par contre, représentation pour le moins limitée en ce qui concerne la Suisse, la Tchécoslovaquie, le Mali, le Sénégal ou encore la Tunisie. Une unité seulement. 23 ethnies à Behren les Forbach. 23 ethnies qui vivent en parfaite harmonie. Exemple : les cours communs de couture. " Pourquoi êtes-vous venu en France ? ",
Inconnu 1
" Tout de suite après la guerre, surtout, comme nous, on était là-bas, le désastre de la guerre, là-bas, chez nous. Le travail était vraiment très très limité ".
Inconnu 2
" Je suis travaillé à la mine. 1975, il a embauché. Jusqu'à maintenant, il travaille ".
Journaliste
" Vous gagnez beaucoup d'argent ? ",
Inconnu 2
" Oui, maintenant, ça va. Avant, il n'y a pas beaucoup. Maintenant, ça va. 3800 par mois ",
Journaliste
" Et vous ne pensez pas repartir au pays ? ",
Inconnu 3
" Pour le moment, non. Je vais faire ma base, moi, là. Je vais là-bas, comment ? Je ne travaille pas ".
Journaliste
" Madame Boussaïd, vous voudriez repartir ? ",
(Madame) Boussaïd
" Bien sûr, comme les Algériens veulent repartir ".
Inconnu 1
" Je me suis trouvé, ici, en France, et j'ai vécu. Ce n'était pas tellement mauvais, et je suis resté. Comme ça, j'ai aussi fait ma famille. Au début, j'essayais toujours de repartir. J'ai dit : " Je reste deux, trois ans, le temps que je retrouve quelque chose là-bas ". Après sont arrivés les gosses, et on était obligé... ".
Inconnu 3
" On ne peut pas y aller comme ça ? Comment tu irais là-bas ? Il faut avoir la maison, au moins ", " Si on a quelque chose, oui. Si on gagne le Tiercé, là ça va aller ".
Inconnu 1
" J'ai des amis, ici, comme j'en avais en Italie : des bons, des riches, des pauvres, des mauvais, n'importe quoi ".
Journaliste
" Et vous conservez vos traditions ? ",
Inconnu 3
" Ecoute, moi, je ne fais pas de différence. C'est un algérien ou c'est un français, pour moi, ils sont tous pareils ",
Inconnu 4
" On est camarades bien ensemble, quoi ".
Journaliste
" Et vous avez des points communs ? ",
Inconnu 4
" On a des points communs, oui ".
Journaliste
" Vous vous retrouvez en dehors du travail ? ",
Inconnu 4
" En dehors du travail, oui. Surtout dans les foyers ".
Enseignante
" ... qui le lui ferait plus d'usage ".
Journaliste
Intégration progressive et réussie pour les adultes, intégration beaucoup plus facile pour les enfants nés en France. Au collège Robert Schuman, 650 élèves, 60 % d'entre eux sont d'origine étrangère. Dans une seule classe de quatrième, 26 élèves, 15 sont d'origine italienne, 7 d'origine algérienne ou marocaine, 4 sont français. Et bien, tout ce petit monde s'accorde parfaitement.
Enseignante
" ... flottait au milieu de vêtements qu'il choisissait toujours trop grands dans l'illusion qu'ils lui feraient plus d'usage ".
Journaliste
" Comment t'appelles-tu ? "
Inconnu 5
" Dabia ".
Journaliste
" Tu es de quelle nationalité ? "
Inconnu 5
" Algérienne ".
Journaliste
" Algérienne ? Et tes parents sont venus en France à quelle époque ? Tu es née en France ? "
Inconnu 5
" Oui ".
Journaliste
" Tu as toujours connu la France ? ",
Inconnu 5
" Oui ".
Journaliste
" Là, donc, à l'école, est-ce que tu travailles bien ? ",
Inconnu 5
" Je peux dire moyen ",
Journaliste
" Tu es en train de faire une dictée. Tu penses qu'il y a des fautes ? " ,
Inconnu 6
" Ca se pourrait "
Journaliste
" Ca t'arrive de faire des fautes ? ",
Inconnu 6
" Oui "
Journaliste
" Et est-ce que tu parles italien ? "
Inconnu 6
" Oui ".
Inconnu 7
" Les élèves cherchent à communiquer entre eux et essaient de trouver des joints, et puis à l'intérieur de l'établissement, il n'y a pas de problème à ce niveau-là ".
Journaliste
L'arrivée massive de telles populations n'a pas été sans poser de problèmes au HBL et à la municipalité. Depuis 1956, 2700 logements ont été construits. Une tranche supplémentaire de 100 logements sera bientôt terminée. Dans la cité de Behren, chaque groupe a conservé ses traditions, ses coutumes, et a créé ses propres association culturelles ou sections sprotives. Mais ils se fondent également sans problème aucun, dans la collectivité.
Inconnu 8
" Il fallait quand même que ces gens se sentent en pleine liberté, c'est-à-dire qu'ils aient un sentiment de sympathie aussi bien avec les français et ainsi de suite. Ils arrivent à se mettre ensemble, et à discuter ensemble, et à vivre ensemble. C'était là, le problème ".
Journaliste
Au moment où l'Europe des 9 est souvent décriée, Behren les Forbach prouve qu'au-delà des frontières, des intérêts personnels, l'union et la compréhension permettent de mieux surmonter les difficultés.