La délocalisation de l'ENA à Strasbourg

04 janvier 1993
01m 54s
Réf. 03088

Notice

Résumé :

La délocalisation de l’ENA à Strasbourg, initiée en 1991 par Edith Cresson, n’est achevée que lors de la rentrée 2005. Cette mesure si décriée, symbolise à la fois la décentralisation étatique et l’ouverture de l’Ecole vers l’Europe.

Date de diffusion :
04 janvier 1993
Source :

Contexte historique

Treize ans après la décision prise par Edith Cresson en novembre 1991, l’Ecole Nationale d’Administration s’installe complètement à Strasbourg. La volonté de transférer l’ENA dans la capitale alsacienne suscite, dès l’origine, un véritable tollé parmi les hauts fonctionnaires et les premières promotions qui crient à l’ "exil forcé". Dès lors, la délocalisation qui doit pourtant être effective dès 1993, n’est que partielle. Pendant treize ans, l’école est alors coupée en deux, les élèves suivant seulement la moitié de leur scolarité à Strasbourg. Toutefois, en octobre 2003, Jean-Paul Delevoye met un terme à cette mesure d’apaisement : les 101 futurs énarques issus des concours et les 162 élèves français et étrangers des autres cycles de formation de l’ENA effectuent désormais l’intégralité de leur scolarité à Strasbourg. Seule la formation permanente de courte durée et les activités de coopération internationale restent à Paris.

Ce transfert se double d’une réforme de la scolarité en 2006 : son directeur, Antoine Durrleman estime en effet que son emplacement strasbourgeois "donne à l’ENA une chance de retrouver un ancrage territorial et [...] européen". En ce sens, le 1er janvier 2005, l’ENA fusionne avec le Centre des Etudes Européennes de Strasbourg (CEES) qui prépare aux concours européens et forme les fonctionnaires aux affaires européennes. La proximité avec le Parlement européen et le Conseil de l’Europe doit permettre à l’ENA de nouer des liens plus étroits avec les institutions européennes. Par ailleurs, jusqu’à l’arrivée du TGV en 2007, Strasbourg se situe à 4h30 de Paris, ce qui implique un renouvellement de l’encadrement pédagogique, moins parisien, et plus international.

Alors que s’accentuent les critiques de l’école de formation de la haute administration française, jugée trop déconnectée de la réalité française, le transfert à Strasbourg d’un des symboles du centralisme étatique, constitue un message important, vis-à-vis des Français, et vis-à-vis de l’Europe.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage réalisé à l’occasion de la rentrée 1993 de l’ENA, première rentrée se déroulant à Strasbourg, donne la parole aux nouveaux étudiants de l’école et permet ainsi de présenter les termes du débat entourant ce transfert. Le document présente une atmosphère plus apaisée, mais souligne la vivacité persistante des discussions. Il révèle d’une part la bonne volonté d’une partie des élèves, et d’autre part les réticences d’ordre symbolique et économique, difficilement masquées par d’autres élèves.

Si le document souligne avec humour l’obligation pour les jeunes fonctionnaires de s’incliner devant une mesure politique, il occulte le recul opéré par l’Etat qui a renoncé au transfert intégral de l’ENA à Strasbourg, et accepté un partage des études entre Paris et Strasbourg.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Il faut savoir s'incliner devant une décision politique. Les 105 élèves de la promotion 93-95 de l'ENA qui inauguraient ce matin leurs locaux flambants neufs de la Commanderie Saint Jean, ont bien retenu leur première leçon. Pas de jugement définitif sur le climat strasbourgeois, comme leurs aînés de la promotion précédente. La délocalisation est dans l'ensemble bien vécue.
Inconnue
Je la vis très bien, pour l'instant. Je vais visiter Strasbourg, je vais visiter l'Alsace, donc, c'est formidable
Inconnu 1
L'avantage d'être à Paris, c'est qu'on était plus près des ministères, plus près des administrations et plus près de nos professeurs, aussi. Enfin, à partir du moment où tout est organisé, les moyens financiers mis en oeuvre pour cela, il n'y a aucun problème.
Inconnu 2
L'année dernière, il y avait beaucoup plus d'angoisse sur, justement, le maintien ou non de la nature de l'école. Je crois que cette année, l'administration de l'école a fait la preuve qu'elle était capable de négocier un transfert progressif qui maintienne la qualité de l'école. Et c'est pour ça qu'il y a moins d'angoisse cette année et que les gens le vivent beaucoup mieux.
Journaliste
Moins d'angoisse, c'est sûr. N'empêche que certains laissent volontiers percer leur inquiétude face à une ENA dénaturée, voire leurs critiques face à une décision trop onéreuse.
Inconnu 3
Strasbourg peut être la ville la plus accueillante du monde, la plus sympathique qui soit. Si l'école doit perdre son côté école d'application qu'elle a envers les ministères, si les intervenants doivent prendre deux fois l'avion par semaine pour venir donner des cours, forcément, la nature de l'école changera.
Inconnu 4
C'est une question de logique financière, si c'est plus rentable, si le bilan avantage-coût est plus intéressant d'être à Strasbourg, tant mieux. Si ça doit coûter très cher simplement pour une espèce d'image de l'énarque, non, ce n'est pas rentable. Et à notre époque, il faut peut-être faire des économies de ce côté-là aussi.
Journaliste
Quoi qu'il en soit, ces nouveaux énarques vont maintenant passer trois semaines à Strasbourg avant de rejoindre leur stage en administration ou en entreprise. Début février, leurs aînés leur succéderont pour deux mois. La Commanderie Saint Jean servira ensuite de cadre aux séminaires de formation permanente.

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