La fermeture des Houillères du Bassin de Lorraine

20 septembre 2003
01m 44s
Réf. 03092

Notice

Résumé :

La fermeture du puits de Merlebach le 20 septembre 2003, annonce celle du puits de la Houve en avril 2004. C’est alors la fin des houillères du bassin de Lorraine, qui signifie l’arrêt définitif de l’extraction charbonnière en France.

Type de média :
Date de diffusion :
20 septembre 2003

Contexte historique

La fermeture du siège de Merlebach en septembre 2003, annonce la fin de l’extraction charbonnière en Lorraine, mais également en France.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pourtant, alors que "la bataille du charbon" est déclarée décisive, l’Etat nationalise la production de charbon, en créant, par la loi du 17 mai 1946 un organisme central, "Charbonnages de France", chargé de la coordination des différentes houillères de bassin. Le 1er juillet 1946, les compagnies lorraines de Sarre et Moselle, Petite-Rosselle et Faulquemont-Folschviller sont ainsi regroupées au sein des Houillères du Bassin de Lorraine.

S'ouvre alors une période faste. Le plan Monnet de 1946 fixe un objectif de production de 70 millions de tonnes à l'horizon 1955, et dès le 1er juillet 1946, date d'entrée en vigueur de ce plan, la production journalière lorraine atteint 20 000 tonnes. Fin 1948, les HBL emploient 43 000 personnes. A partir des années 1950, toutefois, la production française de charbon souffre de la concurrence des pays étrangers, mais également de celle du pétrole, et l'offre française de charbon devient excédentaire. Dès lors, en 1960, alors que les stocks s'élèvent à 14 millions de tonnes, le plan Jeanneney organise le premier plan de réduction de la production. Dans ce climat défavorable, les mineurs expriment leur mécontentement par la grande grève de 1963.

Avec l'accroissement de la récession, le plan Bettancourt, en 1968, réduit la production de charbon à 25 millions de tonnes. Pour le bassin lorrain, il prévoit une baisse de 20% de l'extraction, tandis que la réduction du personnel accompagne ce mouvement : le nombre d'employés passe de 30 270 en 1968 à 22 973 en 1973. Les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 provoquent une forte hausse du pétrole et redonnent au charbon une certaine attractivité. La relance de l'activité charbonnière s'accentue avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. La production des houillères du bassin de Lorraine, premier bassin d'extraction français depuis 1974, est ainsi maintenue autour de 10 millions de tonnes.

Toutefois, l’embellie est de courte durée, et la concurrence internationale condamne l’extraction charbonnière française. En 1984, l’arrêt de l’embauche annonce la fin programmée des houillères du bassin de Lorraine. Entre 1986 et 1996, la production de charbon au sein des HBL diminue de 40% alors que le rendement progresse dans le même temps de 40%. Le pacte charbonnier signé le 20 octobre 1994, proposé par le ministre de l’industrie Gérard Longuet, prend acte de la charge que constitue pour le contribuable l’endettement de 24 milliards de francs des Charbonnages de France. Il prévoit l’arrêt de l’extraction charbonnière à l’horizon 2005 et la mise en place du congé charbonnier de fin de carrière, permettant à tout agent de cesser son activité dès 45 ans et 25 ans de carrière tout en conservant 80% de son salaire et le maintien des avantages en nature. Cette mesure, accompagnée des efforts de la SOFIREM, société créée en 1967 chargée de la réindustrialisation des régions minières, et de l’Agence pour l’Expansion de la Moselle Est, créée en 2003, limite le coût humain de la fin de l’extraction charbonnière en Lorraine.

La fermeture des Houillères du Bassin de Lorraine en 2004, avec l’arrêt de la production à Merlebach puis à La Houve mettent un terme définitif à l’exercice d’un métier spécifique, celui de mineur de houille, et à toute une histoire qui a profondément marqué la Lorraine.

Julie Le Gac

Éclairage média

Réalisé à l’occasion de la cérémonie organisée pour la fermeture officielle du siège de Merlebach le 20 septembre 2003, ce reportage souligne la dimension humaine de cet événement. Tout d’abord, il s’attache à mettre en valeur la distorsion existant entre le caractère solennel de la cérémonie et sa signification réelle pour les employés des Houillères du Bassin de Lorraine. S’il rappelle que la fin des HBL est prévue depuis longtemps et que ses employés se sont résignés à cette fatalité, il insiste toutefois sur l’émotion des mineurs. Comme le montre en effet ce document, ces derniers perdent un emploi, avec l’incertitude financière que cela comporte, et un métier, caractérisé par sa grande solidarité.

Enfin, ce reportage entend donner la parole aux mineurs, qui demeurent, le plus souvent, silencieux.

Julie Le Gac

Transcription

Journaliste
Ce n'est pas vraiment un enterrement de première classe mais pas tout à fait la fête non plus. Les houillères du bassin de Lorraine ont voulu donner à cette journée un caractère solennel avec la remontée symbolique de la dernière berline. Quelques centaines de privilégiés triés sur le volet pour assister à l'événement parmi lesquels, bien entendu, les principaux concernés.
Christian Schmitt
Ce n'est pas un enterrement, puisque la profession sera encore quand même encore représentée. Mais d'un autre côté, comment vous expliquer ? On ressent quand même beaucoup de peine, enfin, de ce métier, quoi.
Journaliste
Emus, les mineurs se sont aussi montrés discrets, observant un peu de loin le cérémonial, plus habitués aux ténèbres du fond qu'aux feux de la rampe. Si la journée avait pour but de clore officiellement et dans la dignité 150 ans d'histoire du charbon en Lorraine, certains mineurs ont voulu donner toute leur place aux absents, à ceux qui ont payé un lourd tribut à la mine.
Francis Herqué
Il faut savoir que bon, la mine a tué beaucoup de personnes et puis moi je pense profondément à tous ceux qui ont disparu et puis aussi aux familles qui ont été cruellement meurtries dans tout ça. Il y a aussi des grands grands blessés, des handicapés. Et je pense qu'il faut beaucoup penser à eux dans ces moments-là. Parce que c'est bien beau de fêter des cérémonies mais c'est aussi une période de reccueillement, je pense.
Journaliste
Si la nécessité de la fermeture de la mine a fait son chemin dans les têtes des mineurs, elle génère aussi de l'inquiétude en termes d'emploi pour les enfants mais aussi en termes de lien social. Car au front de taille, le terme de " solidarité " n'était pas un vain mot. C'est cette franche camaraderie qu'ils craignent de perdre lorsque remontera vraiment le dernier morceau de charbon.
Nando Lal
Les copains de travail, ça fait longtemps qu'on travaille ensemble. On se voit tous les jours. Et après, je pense qu'on ne se verra plus tellement, quoi. Chacun continue son chemin.